CHAPITRE VI
UNB VISITE INATTENDUE
Maïs que deviennent nos colons? Ont-ils achevé leur établissement? Se sont-ils résignés au sort qui les a jetés dans le désert? Non. Les femmes qui les accompagnent n'ont pas cessé de faire preuve d'une extrême patience; mais les hommes, et surtout les Oldenbour-
yGoogk
geois, se plaignent amèrement du funeste emploi de leur capital. A la vérité, ils ne peuvent plus reprocher à leur comité de se séparer d'eux avec une apparence de dédaigneuse supériorité ; car ce comité travaille comme tous les autres membres de la colonie, il vit de la même vie, et leur mécontentement s'accroît par cela même qu'il leur serait difficile de le justifier.
Grâce à la direction et à l'activité de Wolfgang, ils ont construit assez de huttes pour pouvoir tous se loger. Ils ont commencé à défricher le terrain, c'est-à-dire à déraciner des broussailles et à couper des arbres. Par Tentremise de leur généreux ami, ils ont acheté sur les bateaux à vapeur des provisions de farine et de viande salée. Que leur manque- t-il?
Tout. Quelle fausse idée ils s'étaient faite dans leur pays de ces régions si vantées de l'Amérique ! Où sont ces riches produits, ces plantes si succulentes dont ils espéraient jouir si promptement? Hélas î c'était un rêve. La forêt vierge dont nous nous faisons à distance une image si grandiose est une place maudite quand il faut y demeurer, quand il faut, pour y construire une cabane, pour y cultiver un champ, entrer en lutte avec sa monstrueuse végétation. Nous nous créons quelquefois une image idéale de la vie du chasseur qui passe ses jours et ses nuits sous le dôme toujours vert des arbres. Nous oublions les fatigues et les privations que ce chasseur doit subir, les orages auxquels il est exposé, les torrents de pluie qui l'inondent. Avec le temps, le colon reconnaît ces inconvénients et finit peut-être par s'y habituer. Mais en trois semaines les passagers de V Espérance n'avaient pu encore acquérir tant de résignation, et il y avait trois semaines qu'ils campaient sur leur propriété.
En ce moment, ils étaient occupés à faire une palissade pour y parquer leur bétail ; M, Siebert, en sa qua-
154 AVENTURBS
lité de caissier, et M. Herbold étaient partis pour atler dans le village des Collines acheter des chevaux et des vaches. Hais il leur fallait du temps pour terminer cette affaire ; car, dans les régions de l'Ouest, les bestiaux ne sont point réunis dans une étable. Quiconque veut en acheter doit attendre qu*on aille les chercher dans des pâturages assez éloignés, et Wol^ng pensait que les deux mandataires de la colonie ne pouvaient guère être de retour avant une quinzaine de jours.
Un matin, M. de Schwanthal, qui avait décidément renoncé à la chasse, travaillait avec le pasteur, avec Bêcher et quelques Oldenbourgeois à fendre un énorme tronc d'arbre qu'on avait abattu la veille, quand tout à coup le tailleur accourut près d'eux en levant les bras et en poussant un cri de joie.
« Monsieur de Schwanthal, dit-il, hâtez-vous de prendre votre fusil, il y a là toute une bande de dindons.
— Où est-elle? demanda vivement M. de Schwanthal en jetant de côté sa hache.
— Là, près de la vache qui a péri.
— Près du cadavre de la vache?
— Oui. Mais dépêchez-vous. Pensez-vous que ces oiseaux vont tranquillement vous attendre? »
Cette nouvelle avait suffi pour réveiller dans l'âme du bon Allemand sa vieille passion de chasseur. Il se précipite dans sa cabane, arme son fusil, et, tandis que ses compagnons se réjouissaient déjà à l'idée de mettre à la broche de bonnes pièces de gibier, il se dirige vers le lieu que le tailleur lui avait indiqué.
Grande fut sa surprise de voir que les dindons s'acharnaient après la chair déjà demi corrompue de la vache. Mais il se dit que probablement les dindons d'Amérique avaient d'autres goûts que ceux d'Europe. U s'approcha avec précaution de la bande vorace, visa sa
d'une colonie D*ÉMïGRANTS en AMÉRIQUE 155
proie, I&cha son coup de fusil, et un des oiseaux qu'il avait ajustés tomba sanglant à ses pieds. Hélas I Ce n'était pas un gros et succulent dindon, c'était un horrible ciseau de proie, un busard qui répandait une odeur infecte.
Au moment où il venait de faire cette triste découverte, il recula de deux pas, et un tvi de surprise s'échappa de ses lèvres. A sa rencontre s'avançait, avec le sourire le plus amical, le docteur Normann, ce même Normann tant de fois maudit par la colonie, et que les Oldenbourgeois avaient juré d'assommer si jamais il osait se présenter devant eux. Il souriait et saluait comme s'il avait droit au meilleur accueil, et s'approchant des travsnlleurs que le coup de fusil avait attirés près de Schwanthal :
« Bonjour, mes amis, dit-il, comment étes-vous ? Tous en bonne santé. C'est l'essentiel. Bonjour, monsieur le pasteur, et vous, monsieur de Schwanthal, et Schmidt, et Siebert. Vous avez tous un air de gaieté. Gela me réjouit.
— Monsieur, dit le pasteur d'un ton sévère, je ne puis vous dissimuler que nous ne nous attendions pas à vous revoir ici. Après ce qui s'est passé...
— Ah ! vous croyez que je vous fuyais. C'est vous au contraire qui m'avez fui. Le bateau est parti une demiheure plus tAt que le capitaine ne me l'avait dit.
— Qu'est-ce qui nous procure à présent l'honneur de votre visite?
— Cher pasteur, répondit Normann sans sourciller, je devine aisément la cause de votre froideur. Ce domaine n'est pas ce que nous avions pensé. Mais reviendrais-je près de vous, si je vous avais trompé ?
— Écoutez, s'écria Schmidt. Non-seulement cette terre n'est point telle que vous nous l'aviez dépeinte,
mais il ne s'y trouve rien de ce qui nous était annoncé, et vous avez menti.
— Je ne comprends pas, ajouta Bêcher, comment vous avez la hardiesse. . .
— Que signifient toutes ces paroles? s'écria un des Oldenbourgeois. Le misérable nous a horriblement trompés. Il a la sottise de revenir près de nous! il faut qu'il soit châtié comme il le mérite.
— Voulez-vous m'entendre ? dit Norraann en reculant de quelques pas et en portant la main droite à son habit comme pour y prendre une arme. Voulez-vous condamner un homme sans l'avoir entendu?
— Que peut-il dire pour se justifier? répliqua le tailleur. Nous sommes ici poqf notre malheur. Est-ce assez clair?
— Je vous prie seulement, dit Normann, de vouloir bien m'écouter quelques minutes sans m'interrompra..
— Parlez, dit le pasteur.
— Je veux vous démontrer que vous êtes injustes envers moi, que je suis incapable....
— Au fait! Au fait ! s'écria Bêcher avec impatience.
— J'y suis. Le jour même de votre départ de Cincinnati, je m'embarquai pour vous suivre sur un autre bateau qui se rendait à la Nouvelle-Orléans. Mon intention était de descendre à la Big-Halchée, mais le capitaine ne voulait pas pour un seul passager s'arrêter là. A la Nouvelle-Orléans, j'allai, sur le bateau qui vous avait conduits, demander comment s'était faite votre traversée , le pilote de ce bâtiment me donna sur ce district des renseignements qui me firent frémir. D'abord, je ne voulais pas le croire. Mais il me prouva qu'il ne connaissait que trop bien et ce domaine et ses environs. Alors, je reconnus que j'avais été indignement dupé, et je dus penser que vous aviez une triste opinion de moi. Cette
d'une colonie D'ÉMIGRANTS en AMÉRIQUE 187
idée me faisait un mal affreux, et^ pour m'en délivrer, il ne me suffisait pas de venir m'excuser près de vous, je voulais vous donner des preuves de mon innocence et de ma loyauté. Je voulais obtenir une juste indemnité pour tout ce que vous avez perdu et tout ce que vous avez souffert. Par le résultat de mes démarches, vous verrez si je méritais votre confiance. «• Permettez-moi d'abord de vous présenter un de mes amis, M. Trevor. »
En disant ces mots, il indiquait du doigt un homme à la taille élancée, qui se tenait debout, appuyé contre un chêne, la tête couverte d'un large chapeau, et qui s'inclina poliment du côté des colons.
« M. Trevor parle allemand, reprit le docteur, etil doit venir avec moi à New- York pour attester l'état de votre domaine, pour démontrer de quelle façon j'ai été trompé pas un astucieux marchand de terre. Dans un mois, j'espère vous rembourser ce que vous avez payé et de plus y joindre une assez bonne indemnité.
— Il faut donc, dit Bêcher, que les lois à cet égard soient tout autres que je ne croyais.. .
— M. Bêcher, s'écria Normann en mettant la main sur son cœur, pourquoi seraiâ-je revenu près de vous, si je n'avais l'intention et l'espoir de réparer le mal que j'ai fait? Quelle idée aurait pu me porter à visiter un lieu où je savais d'avance que je serais fort mal accueilli? »
Le pasteur regarda fixement Normann. Il se rappelait en ce moment la scène à laquelle il avait assisté sur le bateau; mais Normann, qui ne se doutait nullement que le pasteur eût entendu sa déclaration, et qui savait bien que Berthe n'en aurait rien dit, soutint avec fermeté le regard inquisiteur qui était arrêté sur lui, de telle sorte que le pasteur n'osa persister dans le soupçon qui lui était venu à l'esprit.
c Et vous croyez réellement, dit Bêcher d'un ton d'in*
crédulité, que vous ferez payer à cet homme la supercherie qu'il a commise?
— J'en suis certain, répondit Normann; j'ai par bonheur entre les mains les promesses qu'il m'avait faites par écrit. H. Trevor va constater ici le véritable état des choses, et le fourbe ne peut échapper à la punition qu'il mérite. >
Les émigrés, qui ne connaissaient point la législation des États-Unis, commencèrent à ajouter foi aux paroles de celui qu'ils avaient tant de fois maudit. Ce qui aidait encore à sa justification, c'est qu'en réalité on ne comprenait pas pourquoi il serait venu tromper une seconde fois l'espoir de la colonie. Les honnêtes Allemands avaient d'ailleurs de la peine à croire qu'un de leurs compatriotes fût capable de commettre une si indigne action. Ils reprirent une physionomie plus amicale, et en quelques instants le docteur se trouvait à son aise au milieu d'eux comme par le passé.
Il lui restait à se présenter devant les femmes et à dissiper aussi leurs préventions. Bêcher et le pasteur s'offrirent à la conduire près d'elles. Avec sa noble nature, avec son austère probité, le pasteur ne pouvait s'imaginer qu'il y eût des hommes aussi profondément pervertis que le docteur. Berthe parut cependant fort désagréablement surprise et pâlit à la vue de Normann ; mais il se montra si franc^ si expansif, si affectueux, que toutes les personnes qui l'observaient en vinrent promptement à ne plus gardar aucun fâcheux soupçon à son égard. Bientôt on eût dit qu'il n'y avait jamais eu le moindre motif d'inimitié entre le docteur et les émigrés, et qu'il méritait au contraire la plus vive reconnaissance de ses compatriotes; M""^ Hehrmann déclara qu'elle se sentait le cœur soulagé depuis qu'elle n'avait plus aucune raison de douter des vertus du docteur.
yGoogk
d'une colonie D'ÉBIIGRANTS en AMÉRIQUE 159
Son compagnon fut également parfaitement traité, et. quoiqu'il parlât l'allemand d^une façon presque incompréhensible, chacun prenait à tâche de causer avec lui pour le distraire. H. Trevor semblait surtout se complaire dans Pentretien de Berthe, qui parlait quelque peu anglais, et il lui indiquait le véritable accent des mots qu'elle prononçait Plusieurs fois le docteur essaya de le détourner de cette conversation; mais il y revenait aussitôt avec empressement, et la jeune fille semblait aussi vouloir le retenir, car elle espérait par 1^ échapper à l'obsession du docteur, qu'elle redoutait depuis sa rencontre avec lui sur le bateau à vapeur.
Ce jour-là, Normann prit à tâche d'apprendre tout ce qui s'était passé, s'informant des plus petits détails, et jurant de tirer une complète vengeance du fripon qui l'avait dupé. 11 aurait voulu savoir aussi ce qui restait dans la caisse des émigrés ; mais, pour avoir à cet égard un renseignement exact, il fallait voir Siebert, et il résolut de l'attendre avant d'exécuter ses projets.
Le lendemain matin, il se mit en route avec son compagnon, sous le prétexte de faire un rigoureux examen de la propriété. Tous deux s'avancèrent dans la forêt, et le dialogue suivant s'établit entre eux.
«A quoi diable, docteur, pensez-vous? Est-ce qu') vous voulez perdre inutilement un temps précieux? Estce que nous n'en finirons pas bientôt ?
— Mous ne pouvons encore partir , répondit le docteur. Comment conduire la jeui^e fille jusqu'au fleuve, sans avoir à craindre d'être poursuivi?
— Ne dites donc pas de telles niaiseries; quel est de tous ces Allemands celui qui pourrait nous suivre à travers les bois sans s'égarer de façon à ne plus pouvoir retrouver son chemin? Non ; mon avis est que nous enlevions cette ieune fille dès que nous pourrons l'attirer
yGoogk
à quelques centaines de pas de distance de sa demeure, ce qui, j'espère, ne sera pas difficile, car je crois qu'on peut aisément éveiller sa curiosité.
— Il me semble qu'elle vous plaît?
— C'est une charmante créature.
— Turner, n'oubliez pas notre pacte, s'écria Normann avec un douloureux sentiment de défiance.
— J'y pense bien, à notre pacte, répliqua Turner en riant, mais seriez-vous Jaloux par hasard? Ah! c'est charmant; croyez-vous donc que, si je voulais avoir une jeune fille, j'aurais besoin de fah*e sept cents milles sur le Mississipi? Quelle folie ! Cette aventure m'amuse; je ne savais que faire, le reste de Tété, à Cincinnati.
— Votre Italien a-t-il payé convenablement les leçons que vous vouliez bien lui donner? Voilà dix fois que je vous adresse cette question. Pourquoi n'y répondezvous pas? vous savez bien que je ne veux point vous trahir.
— Qu*avez-vous besoin de vous occuper de cette affaire? répondit Turner d'un ton rude ; ce sont de ces choses dont il vaut mieux ne pas parler. Mais , pour en finir, j'espère qu'il se souviendra de moi. Je suis parti fort à propos ; j'avais grand'peur que le maudit bateau à voiles ne nous atteignit. Maudits soient ces chiens de bâtiments I le vent était fort, et quelques heures de plus...
— L'Ohio fait trop de détours, répliqua le docteur, pour qu'un navire à voiles puisse suivre un bateau à vapeur; mais je crois que nous ferons bien d'attendre le retour des deux Allemands qui doivent amener ici des bœufs et des chevaux. Avec un cheval nous accomplirons plus aisément notre projet; car, en vérité, il me parait difficile d'emporter deux jeunes filles sur un espace de quinze milles à travers les bois.
yGoogk
B'UNB GOLONIB D^ÉMIGRilNTS BN AMéRIQUB 16t
— Nous n*en prendrons qu*one.
— Je croyais, reprit le docteur d'un ton soupçonneux, que nous voulions les enlever toutes les deux. »
Tumer , qui voulait éviter tout ce qui pouvait éveiller la défiance du docteur y s'écria en riant : c Vous avez rdson; nous attendrons les chevaux, si jusque-là nous ne trouvons pas une occasion favorable d'entraîner les deux sœurs vers le Hississipi.
— Pourvu qu'on ne découvre pas notre bateau ! Ce serait un grand malheur.
— Sans doute , et un malheur qui pourrait avoir des conséquences terribles. Hais je l'ai bien caché ; je ne pense pas que l'on puisse l'apercevoir, et mon nègre est là. Au reste, c'est, je crois, un Allemand qui demeure à l'embouchure de l'Halchée; nous n'avons rien à craindre de lui.
— N'ayez pas une si petite opinion des Allemands; il y en a parmi eux qui sont tout aussi alertes et aussi ha< biles que les meilleurs habitants des bois.
— Écoutez, dit tout à coup Tumer en regardant la petite rivière près de laquelle ils se trouvaient; j'imagine que nous pourrions amener notre embarcation jusqu'ici, après quoi notre entreprise ne serait plus qu'un jeu d'enfant.
— Pas si aisé que vous vous le figurez. La Big-Halchée fait d'innombrables détours; en la coupant en ligne droite, on arriverait par terre plus tAt que nous sur les bords du Mississipi.
— Oui, mais d'abord il faudrait qu'on sût quelle voie nous avons prise; c'est seulement depuis hier que la Big-Halchée est devenue navigable. Songez que nous pouvons encore attendre les chevaux dix ou quinze jours; c'est par trop ennuyeux, et je n'ai pas tant de temps à ma disposition. Ainsi restez ici; dites que je suis allé à
la chasse, je vais redescendre jusqu'au Mississipi. Si, comme je le pense ^ rHalchëe est navigable, je serai de retour demain soir, peut-être plus tôt, et alors rien ne 8*oppose à notre fuite, et alors il faut mettre en œuvre la ruse et la force. Si la rivière n'est pas navigable, j'amènerai du moins l'embarcation aussi haut que possible, afin d'épargner quelques lieues de chemin par terre. »
Isormann accueillit avec empressement cette combinaison, qui facilitdt son projet et éloignait son complice du voisinage de la jeune fille.
Tumer disparut dans le bois avec sa carabine sur l'épaule, et le docteur revint pensif vers les colons. Il lui fut aisé d'expliquer l'absence de son compagnon. Gomme il avait vécu longtemps dans les bois , il passa plusieurs heures à révéler aux émigrés une quantité de ressources matérielles qu'il avait, disait-il, appris à connaître (Jans son existence solitaire. Plusieurs Allemands étaient atteints delà fièvre : Normann leur prescrivit un excellent régime, et leur indiqua plusieurs plantes dont ils pouvaient faire un très-bon usage. Enfin il se montra si attentionné pour tout le monde, si poli, si aimable, que Berthe commença à se trouver plus à son aise près de lui,, d'autant qu'elle le croyait guéri de sa passion pour elle et désireux, par-dessus tout, d*alléger la situation de ceux qu'il avait fait venir dans une si triste contrée. Il se montrait particulièrement affectueux envers la jeune sœur de Berthe , et, dans ces rapports de bienveillance réciproque, deux jours s'écoulèrent rapidement.
Le second jour, la plupart des émigrants étaient réunis devant le principal édifice de leur établissement, autour d*un bûcher qu'ils allumaient pour écarter les moustiques, et le docteur venait de raconter de quelle façons on capturait les chevaux sauvages dans les prairies
de rOttest, quand un coup de fusil retentit, et au même instant apparut son compagnon, portant sur les épaules un jeune cerf qu'il déposa aux pieds de Berthe.
Normann cherchait à deviner sur sa physionomie si son entreprise avait réussi ; mais l'Américain était trop prudent pour faire un signe qui pût le compromettre. Il répondit trës-explicitement à toutes les questions de Schveanthal, raconta une quantité d'anecdotes de chasse, fit une foule de plaisanteries et ne s'occupa nullement du docteur. Hais le soir, lorsqu'il se trouva seul avec lui, il lui murmura à l'oreille : < La barque est cachée à cinq cents pas d'ici, et demain les jeunes] filles doivent être i nous. »