AVENTURES DE DEUX PABISIENXES
regards assez sombres sur le Paris de la Terreur. H traversait des rues, des quartiers ob. tout était morne. Il entrait dans d'autres mes retentissantes de hurlements. Il croyait voir une de ces cités des contes arabes dont un enchantement a endormi tous les habitants, sauf ceux qui sont épilep tiques.
Il n'observait plus sur ces fa.ces si intelligentes et si ouvertes du peuple français que deux expressions : la lâcheté et l'insolence. Etait-ce donc là le dernier mot de la société révolutionnaire : une petite troupe de brutes violentes menant, à force de coups, le reste de la nation vers la bassesse, la férocité, la stupidité? Pourtant il ne se rendait pas encore. Il avait tant aimé la Révolution ! tant espéré de la démocratie ! Il se rappelait, avec cette impression de joie pure qui reste attachée aux souvenirs de l'enthousiasme juvénile, cette magique fièvre des premiers jours de 1789!
Il se dit qu'il serait aussi injuste de juger la Révolution par les folies de quelques Parisiens que de condamner toutes les jeunes républicaines en souvenir d'ÉmiUe Crassus.
Il se rappela qu'il s'était promis d'aller soumettre ses doutes et ses angoisses démocratiques au sage Dubois, qui pouvait bien passer pour l'Aristide de la République française.
Après la grande secousse qu'il venait d'éprouver, Bernard, qui dissimulait une grande sensibilité derrière sa gravité habituelle, sentait un extrême besoin de croire et d'aimer. Les idées sombres et critiques que
ses observations récentes et la conduite d'Emilie avaient mises dans son esprit gênaient son âme enthousiaste et bienveillante, comme des taches de boue désolent un homme habitué à une propreté méticuleuse.
Il voyait aussi, à côté de la digne et imposante figure de Taustère bourgeois révolutionnaire, le gracieux et riant visage de la gentille Lise ; et il hâtait le pas vers la rue de Sèvres.
Le père et la fille étaient seuls. Bernard fut reçu par le père avec l'empressement cordial qu'il n'avait cessé de lui témoigner, et par la fille avec un regard ' et un sourire qui le firent tressaillir. Il lui semblait bien, en effet, qu'il y avait dans ce sourire un peu plus de coquetterie, dans ce regard un peu plus de friponnerie mutine qu'elle ne lui en avait encore montré. Mais son imagination était tournée aux graves pensées.
— Je ne vous cacherai pas, digne et vertueux citoyen, que je viens auprès de vous comme le jeune Anacharsis se rendant auprès de l'un des sept Sages de la Grèce pour étudier la philosophie. S'il y a sept sages dans la démocratie parisienne, vous êtes l'un, le plus respecté, le plus chéri. Je me dis que la République devrait songer à vous présenter aux nations étrangères et ennemies pour les éblouir de la grandeur morale qu'elle sait créer dans les âmes, pour leur montrer quels autels et quel culte elle sait élever aux citoyens qu'elle honore. Ainsi les réduirait-elle toutes, pay l'exemple de vos vertus et de votre gloire,