‹ Aventures de deux parisiennes pendant la terreurChapitre 20 sur 39 · AVTNTUBES DE DEUX PARISIENNES · texte numérisé non relu

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de civisme, choisît les deux plus purs de la troupe, et la bande de sectionnaires quitta la maison.

Lise, après Teffort qu'elle avait fait pour cacher de son mieux ses angoisses, sentit que ses forces étaient à bout. Les deux gardiens étaient allés visiter la cuisine et la cave. Elle se sauva dans le jardin, comme si elle eût voulu demander conseil et consolation à ces lieux tout remplis de ses chansons, à ce brillant soleil, à cette ombre fraîche, à ces fleurs, à ces oiseaux, les compagnons habituels de ses heures joyeuses. Mais tout était devenu obscur dans son esprit. Elle ne pouvait croire à une telle injustice. Elle ne parvenait pas à trouver une cause pour un si brusque et inexplicable malheur.

Elle se rappela douloureusement de quelle haine, de quelle solitude étaient punis tous ceux que la justice révolutionnaire touchait, et par cela seul qu'elle les touchait. L'enthousiasme des uns, la lâcheté des autres, la férocité et l'imbécillité générales les traitaient, dès l'heure de* l'arrestation, comme des lépreux et des excommuniés. Ces amies sur lesquelles elle avait compté, voudraient-elles l'aider, voudraientelles même la recevoir ?

Un grand bruit qui se fit à la porte la réveilla de la toi-peur où la jetaient ces désolantes idées. Bientôt le bruit se fit tumulte. Mille clameurs d'injure et de malédictions contre. son père s'élevèrent. Les pierres commencèrent à voler dans le jardin - au-dessus de la muraille de la rue. De temps en temps on entendait la voix aiguë de la vieille marchande de mer-

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luche qui demandait qu'on mît le feu à la maison pour y faire rôtir la mijaurée d'aristocrate.

Lise vit bientôt paraître sur la crête du petit mur la tête d'un homme qui sauta dans le jardin. Elle reconnut Paul Crassus, qui courut vers elle,

— J'ai su l'accident, dit-il vivement. Je me doutais qu'on voudrait vous faire du mal. Ces gueux-là deviennent vraiment trop insolents. Mon uniforpie ne m'a pas protégé quand j'ai essayé de les haranguer. Voyez, ils m'ont mis en loques. Heureusement mon sabre est intact. Ma foi, je dauberais sur les sansculottes avec une satisfaction que je n'eusse pas soupçonnée. Venez nous enfermer dans la maison. Nous y tiendrons quelque temps contre le peuple souverain.

Mais, tout subitement, le silence s'était fait. Un autre individu s'était hissé sur le mur de la rue. C'était Requain, orné de son cordon de commissaire.

— Citoyens et citoyennes ! cria-t-il en s'asseyant au milieu d'une brèche... Allons, toi, vieille coqliiae, je te connais bien ; si tu ne te tais, je t'envoie en prison. Je te dis que tu es une vieille aristocrate qui vaîds de la merluche pourrie pour obéir à Pitt et Cobourg et affaiblir le sang pur des braves et pauvres sans-culottes. Je vous dis à tous : Allez-vous-en au au diable ! ou bien je vous fais traiter révolutionnairemetit. Qu'est-ce qui m'a bâti des scélérats pareils, qui cherchent à détruire les biens de la nation? Ah ! mais. Est-ce que ce vil aristocrate de Dubois n'est pas aiTêté par ordre du Comité? Avez-vous

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jamais vu un scélérat, arrêté par ordre du Comité, échapper au rasoir national? Alors, qu'est-ce qui arrive? C'est que la nation hérite des contre-révolutionnaires qu'elle a punis. Vous comprenez. Cette maison va appartenir à la Patrie, d'ici à trois ou quatre jours. Par ainsi, le premier qui y touche et qui jette une pierre contre elle, est un conspirateur et un. traître. Détalez plus vite que ça. Je vous inspecte, au nom de la nation.

Au bout de quelques instants, le calme était revenu. Requain disparut. Lise regarda Paul Crassus.

— Vous l'avez entendu, dit-elle d'une voix étranglée. Ils regardent mon pauvre père comme déjà condamné. N'est-ce pas effroyable !

— Par le bonnet de la Liberté ! c'est vrai. Les sans-culottes vont un peu vite en besogne. Et c'est d'autant plus désagréable, que quand on voit traquef du gibier comme ce grave et sincère patriote, on ne trouve réellement aucune raison pour échapper soimême ! Mais, où allez-vous donc?

— Je vais voir votre oncle, votre cousine, les Duplay, Robespien'e, que sais-je ! Vous comprenez bien que c'est impossible, que c'est un horrible malentendu. C'est la jalousie de ces vilaines gens. C'est une trame des aristocrates qui ont surpris la signature des augustes chefs du Gouvernement. Oui, c'est cela, conclut-elle en bondissant ; que je suis sotte de n'y avoir point pensé !

Les yeux du jeune officier prirent une expression attristée, si différente de la joyeuse insouciance qui

lui était habituelle, que Lise s'arrêta bnjsquement.

— Que voulez-vous me dire? demanda- t-elle.

— Ne m'interrogez pas, mais croyez-moi. Je ne vous ai jamais trop fait la cour, mais je vous aime bien, et surtout je vous respecte fort. N'allez voir ni mon oncle, ni ma cousine, ni les Duplay, ni Robespierre* Ne m'en demandez pas plus.

Lise fixa sur lui un regard effrayé.

— Et si vous voulez garder quelque espoir, un espoir bien vague, de faire sortir votre père de prison^ croyez-moi, ah ! croyez-moi, ne revoyez jamais le commandant La Raison.

Une vive rougeur envahit les joues de la jeune fille, car c'est à lui qu'elle songeait en ce moment. même, comme à l'homme intelligent, fort et dévoué à qui .elle voudrait demander le salut de son père. Elle laissa tomber de nouveau son front entre ses mains, et Paul vit les larmes glisser le long de ses jolis doigts. Il était aussi bon qu'étourdi, il se sentit vivement touché.

— ' Du diable, si je ne suis pas prêt à aller tordre le cou à Robespierre et à tous ces gueux-là ! Ils sont vraiment trop tyranniques et il n'y a pas moyen de vivre dans un tel esclavage. Car, voyez, dit-il tout haut avec un juron, je suis prêt à donner ma vie pour sécher vos larmes. Et je ne puis rien, rien ! C'est un état intolérable. Laissez-moi le temps de la réflexion. Mais, en attendant que je trouve le moyen d'assassiner toute la Convention, — sauf mon oncle, — car je vois que c'est le seul moyen de sortir de cet infernal esclavage,

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