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AVZNTUIŒS DE DEUX PARISIENNES

exalté, brillant d'une petite flamme qui sortait toute aiguë, comme du milieu d'un voile.

Emilie, pour prouver que ses menaces étaient sérieuses, avait si bien fait que Ton avait transféré Dubois et sa fille à la Conciergerie. Ci'était ragonie de la mort révolutionnaire. Mais la %furieuse fille avait tourné contre son but, qui était de désespérer ses trois ennemis. Elle n'avait réussi qu'avec le vertueux Dubois, qui était tombé dans un état de prostration presque complète. Bernard avait en vain essayé de secouer ce père nourrider de la République. Stupéfait, hébété, le juge de paix du Bonnet-Rouge passait tout son temps à protester de son patriotisme et à adresser les plus tendres reproches à la démocratie. Il n'avait rien compris, il était de ceux qui ne devaient jamais comprendre et qui devaient mourir Jacobins.

Ce n'était pas ce spectacle de l'imbécillité révolution naire de la bourgeoisie qui avait pu amener une joie si délicate dans l'âme de Bernard. Au bout du préau des hommes, se trouvait la grille qusiéparait ceux-ci du quartier des femmes. Là le jeune officier avait aperçu Lise. Il avait pu échanger quelques paroles avec elle.

Nous devons avouer que le pauvre La Bussière était, à ce moment, fort oublié. Lise trouvait que l'héroïsme, le grand caractère, le noble et saint amour étaient du côté de celui qui aimait mieux mourir que de sourire à une autre femme, et non du côté du pauvre et obscurément vaillant personnage qui, rusant avec les terroristes, mentant comme eux, grimaçant comme eux, contresignait œnt arrêts de mort injustes

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pour avoir le moyen de déchirer le cent et unième..

Dubarran trouva son fils aussi inflexible, mais plus tendre que jamais, et comme il ne Tavait jamais vu. Il fallut peixire toute espérance de ce côté et bientôt de tout autre côté.

Alors commença pour le commissaire de la Sûreté Générale Texpiation, l'expiation horrible, le plus effroyable supplice que l'imagination humaine puisse rêver. Il avait toujours aimé son fils, maintenant il l'adorait. 11 en avait toujours été fier, et il le mettait actuellement au-dessus de tout. Et ce fils unique, passionnément chéri, estimé à l'égal d'un homme de génie, il lui fallait le livrer lui-même ; il fallait, pour obéir à l'homme qu'il haïssait et méprisait, abandonner ce fils contre toute justice, contre toute raison, au ' nom même de toute injustice et de toute déraison. 11 était membre, membre important du gouvernement qui assassinait son enfant, et il ne pouvait le sauver, bien que ce gouvernement fût absolu et qu'il fût le maître de la vie de milliers d'hommes. 11 avait pour irrécusable mission de donner, chaque jour, en compagnie de ses collègues, l'élan à la hache qui chaque jour s'approchait, par un mouvement irrésistible, du cou de son fils.

C'est, encore une fois, qu'il était pris lui-même, comme toute la France, comme tous ses collègues, dans l'engrenage de cette Terreur qu'ils avaient faite et qu'ils paraissaient conduire. Que faire? Assassiner Robespierre et par là faire jeûner pour quelques jours les appétits croissants de l'immonde Tentâtes? Mais ce

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serait sans doute provoquer un massacre gâiéral àans les prisons.

Au moins il pouvadt quitter le Comité de Sûreté et cesser d'être plus longtemps le complice de ces crimes et de ce crime? Mais c'était impossible, impossible. Il risquerait sa vie, car la Révolution n'admettait pas qu'on fût même tiède dans son dévouement envers eDe. Il la risquerait inutilement, impolitiquement, et sans pouvoir désormais attendre une circonstance favorable qui permît ou de sauver Bernard ou de retarder son supplice pendant quelques jours.

Ces quelques jours gagnés, c'était sans doute le salut, car il était facile de voir qu'avec les exigences de Robespierre croissait la haine contre lui. Plus l'enthousdasme augmentait en sa faveur aux Jacobins et à la Commune, plus il démasquait ses projets, plus clairement il menaçait la vie de ses ennenùs. Il était évident pour Dubarran que ceux-ci, n'ayant plus lien à épargner, ne tarderaient pas à engager la bataille. Toutes les chances du succès étaient pour Maximilien. Hais evÊn c'était une dernière espérance.

n essaya donc d'user de son autorité sur Fouquier- Hnville, l'accusateur public près le Tribunal Révolutionnaire, pour faire remettre de jour en jour la comparution de Bernard et de ses deux complices, car c'est ce titre qu'on avait donné au citoyen Dubois et à sa fille dans l'acte d'accusation.

Fouquier-Tinville ne demandsdt pas mieux que de servir Dubarran. Il n'était pas directement l'homme de Robespierre, et il avait plus de sympathie pour le

Comité de Sûreté que pour le Comité de Salut Public. Maximilien et les membres de ce dernier comité étaient de plus grands seigneurs que les autres commissaires ; et tandis que ce.ux de la Sûreté agissaient avec Taccusateur comme envers un compagnon, les autres voyaient en lui un subalterne ; or, il est difficile d'exprimer Taltière insolence que ces adorateurs du Peuple en général déployaient en présence de chacun de leurs subalternes en particulier.

Xlhaque soir donc, quand l'accusateur Fouquier, après avoir été humblement recevoir les ordres du grand Comité, s'en allait les commenter au pavillon de Marsan, il ne dissimulait pas à Dubarran qu'il était irrité de la morgue despotique des robespierristes , mais il ne cachait pas davantage qu'il était dans l'impossibilité de ne pes obéir à Robespien'e. Il y allait de sa tête.

D'ailleurs, il n'était pas le maître, même au tribunal. Le président Dumas, le vice-président Coffmal étaient les esclaves du chef démagogue, comme aussi les jurés étaient à lui. De telle sorte que Dubarran savait la condamnation certaine si son fils paraissait devant le Jury Révolutionnaire, et il voyait chaque jour croître les difficultés à l'en éloigner plus longtemps. Car Robespierre, avec son esprit de commère hargneuse et vindicative, n'oubliait jamais, pendant un instant, l'être qui l'avait offensé dans son amourpropre. .

D'ailleurs, Emilie avait appris le dédain croissant de Bernard. A la colère qui l'avait saisie en se voyant,

elle, la première femme de la République, la plus riche, la plus belle, la mieux apparentée, méprisée par un misérable petit officier, avait succédé la haine. Elle avait porté là cette même violence furieuse qui avait caractérisé son amour et qui était l'accompagnement lo^que de tout sentiment chez cette jeune fille à qui la Révolution avait enlevé toute retenue. Elle faisait donc harceler Robespierre par Eléonore Duplay.

Jusqu'à la fin de messidor, pourtant, Dubarran put lutter. Robespierre était en délicatesse avec les autres membres du Comité.

La paix se fit ou parut se faire entre eux au commencement de thermidor. Fouquier-Tinville déclara qu'il ne pouvait reculer plus longtemps.

Le dossier passa devant la Commission Populaire. Il en revint le 7 thermidor au swr, avec un ordre de. Saint-Just d'avoir à faire passer les accusés devant le Tribunal, le lendemain.

Cette fois encore pourtant Dubarran obtint une remise, en jurant à Fouquier que Robespierre serait égorgé par Tallien le jour même.

Mais quand après la séance du 8 à la Convention, quand après l'immense succès que Robespierre eut le soir de cette niême journée aux Jacobins, Dumas, en revenant vers minuit, assura à l'accusateur que,, avant peu d'heures, les membres des deux Comités seraient décrétés d'accusation, et Robespierre dictateur; quand il lui intima, au nom de ce maître, l'ordre de faire comparaître, le lendemain 9 thermidor, les

ennemis personnels de Maximilien devant le Tribunal, Fouquier n'hésita plus.

Le matin de ce 9 thermidor, quelque temps avant l'heure où commençait, à la Convention, cette fameuse séance qui devait écraser la puissance de Robespierre, quarante-sept accusés prenaient place sur les gradins -^ sur les échafauds, comme on disait alors — du Tribunal Révolutionnaire.

Ils étaient divisés en deux fournées. La première comprenait vingt-deux hommes et trois femmes, plus nos deux amis. Lise et Bernard.

Ils s'étaient rejoints au bas de l'escalier qui menait de la Conciei^erie aux salles du Tribunal. Ils échangèrent un regard souriant et rougissant. Ils furent poussés l'un à côté de l'autre, tout au bas de l'amphithéâtre, par les gendarmes des tribunaux qui les escortaient.

La salle était fort garnie de curieux. Outre les sansculottes des deux sexes qui s'étaient fait une douce habitude de venir chaque jour assister à ces assises de la Terreur, un grand nombre de citoyens du Bonnet- Rouge, avertis par le Comité Révolutionnaire de la section, étaient accourus. Ballière, Piget, Requain, les deux gardiens — qui racontaient, en boitillant, comment ils avaient été martyrisés par l'infâme Dubois, — la vieille Merluchon, qui se vantait d'avoir découvert les relations de l'infâme Lise avec Pitt, étaient au premier rang. On pouvait apercevoir, un peu plus loin, Paul Crassus en carmagnole, et La Bussière avec son nouvel esclave Domingo. A une petite fenêtre qui

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s'ouvrait derrière le âëge du préaident, paraissairat lafigurelivideet les yeux étincelants delà belle Emilie. Quand tous les accusés eurent pris place, une voix de Tanditoire, la y(mx du galant Requain, s'écria :

— Mais il manque le scélérat de juge de paix.

— C'est vrai, dit le président Dumas. Qu on amène au plus vite cet infâme modéré. La fête n'est pas complète sans lui.

— Citoyen président, dit le greffier, l'accosë, au moment de quitter la prison, s'est évanoui...

— Bon, bon, nous connaissons ça. Si on vo]ilait axAre ces brigands d'aristocrates, il n'y en a pas un que le remords des crimes qu'il a commis contre la majesté du peuple n'étouffât au moment de comparaître devant ce sanctuaire auguste. Qu'on amène ce sournois, vaille que vaille.

Un grand applaudissement sortit de la foule. Quelques instants après, deux geôliers parurent, portant sur une civière le vertueux Dubois inanimé.

— C'est un habile comédien, dit Dumas. Gendarme, pique-le avec ta bsaonnette. Encore. Un peu plus fort.

Mais ce fut en vain. Dubois avait été tellement effrayé qu'il était tombé en une sorte de catalepsie. Dumas était furieux. Il ne * savait évidemment que faire. Il jurait en tournant ses regards vers l'accusateur public. Msds Fouquier-Tinvifle, qui n'avût voulu se compromettre envers aucun des deux partis en lutte, s'était réservé pour la seconde fournée et avait cédé son siège à l'un des substituts.

— Ah ! s'écria une voix sonore et harmonieuse, ils

en sont arrivés à vouloir juger les cadavres et à condamner les morts à la guillotine.

Le président se tourna avec fureur du côté de Tamphithé^tre d'ofi était partie la voix. Bernard-Emile se leva et fit un grand salut.

— Toi, nous allons causer tout à l'heure. Emportez-moi cette charogne. Ressuscitez-la à tout prix, le feu, le fer chaud I Demain, son affaire sera claire. Yoyons, toi, jeune fille, qu'est-ce que tu dis pour tes raisons ?

— Citoyen président, répondit Lise...

— Assez, assez, tu es la fille de ce scélérat dont la culpabilité est certaine et s'est démontrée encore par son épouvante. Tu es sa fille chérie, donc tu es sa complice. Qu'est-ce que tu as à répondre à cela? Rien. Assieds-toi. L'affaire est entendue.

— Citoyen président, dit Lise, je vous jure qu'on calomnie mon vertueux père. Il n'y eut jamais un citoyen plus dévoué à la République, à la démocratie...

— Ils disent tous ça, pauvre niaise. Tu n'es pas maligne, va. Quand la République n'était pas forte, ils clabaudaient contre elle. Maintenant, ils tremblent, et les infâmes hypocrites l'embrassent, mais c'est pour l'étouffer. Assez. Et toi, citoyen, qui a le caquet si haut, qui es-tu, là, hein?

Bemard-Émile s'était levé. Au moment même, il recevait sur le visage une boulette de papier mâché et gluant que Yilate, Tun des jurés, lui envoyait en éclatant de rire. Quelques-uns de ses collègues l'imi-

tèreat, tandis que d'autres fronçaient le sourcil. Dubarran, en effet, était parvenu à en séduire un certain nombre et il comptsdt sur Facquittement de son fils.

— On me nomme Bemard-Émile La Raison, chef de bataillon à Tannée du Nord, en mission auprès de la Convention nationale, pour raconter aui Pères de la Patrie les exploits des braves qui ont versé leur sang pour la défendre.

— Ah ! bien. Mais ça ne prendra pas. Ce n'est pas de lâcheté que tu es accusé, ton complice Dubois a tout pris en fait de cette denrée-là. Quant à la bravoure, ça ne prouve rien. Nous avons condamné des centaines d'aristocrates qui étaient aussi braves que toi. C'est le civisme qu'il faut à la République et non la bravoure.

— Elle lui est inutile, répUqua Bernard ; je m'en doutais, en vous regardant, toi et ces citoyens.

Il indiqua Vilate et ses voisins .Dumas se mit en fureur.

— Dis-moi, au moins, citoyen président, de quel crime je suis accusé?

— De tous les crimes, scélérat? et notamment d'avoir voulu avilir la Convention nationale. Et qu'estce que tu réponds à ça, brigand ?

— Rien, sinon que tu n'en crois pas un mot. Mads je suis content de quitter cette terre, gouvernée par des drôles comme toi et où l'on voit des coquins comme tes jurés représenter la justice.

— La guillotine ne suffit plus pom' punir des scélérats si affreux, il faut rétablir la torture.

C'était le doux Piget qui parlait ainsi, le doux Piget,

un peu compromis par son amitié pour le vertueux Dubois.

— C'est bon, dit le président en ricanant, assiedstoi. Dans quelques heures, tes vœux seront satisfaits ; tu auras quitté ce monde où régnent les coquins.

— Mais ils n'y sont pas étemels ! s'écria Bernard- Emile d'une voix retentissante. C'est la justice qui est immortelle et non l'iniquité. Tu sais aussi bien que moi ce qui se passe. Ecoute, président de l'assassinat, écoute là-bas — et il tourna le bras d'un geste solennel dans la direction des Tuileries, — c'est peutêtre ta condamnation qui se signe.

Dumas pâlit, puis il s'écria :

— Gendarmes, bâillonnez ce méprisable contrerévolutionnaire.

Il continua sa sinistre besogne.

Bernard, Lise et vingt-quatre sur vingt-cinq de leurs coaccusés, et vingt-un sur vingt-deux de l'autre salle furent condamnés à mort, comme convaincus de s'être rendus les ennemis du peuple^ sans autre explication.

On les ramena à la Conciergerie. On leur fit la toilette.

A trois heures, comme à l'ordinaire, les charrettes s'approchèrent du bas de l'escalier par où les condamnés sortaient de la Conciergerie.

Les charrettes les attendaient dans la cour, séparée de la rue par une grille, qui était close. Depuis quinze jours, en effet, le Comité de Sûreté Générale avait envié aux condamnés les regards d'adieux qu'ils

échangesûent avec ceux de leurs amis qui avaient le courage de s'approcher de l'attelage funèbre. On avait donc interdit au public l'entrée de cette cour. La foule se pressait contre la grille, en attendant la sortie des charrettes.

L'assistance était là, moins nombreuse que d'habitude. Voici pourquoi.

Il y avait alors à Paris, une classe de citoyens qui se donndent tout entiers à la chose publique. Us étaient, hommes et femmes, les successeurs malpropres des enthousiastes de 89, les représentants suprêmes et typiques du civisme, la grande, l'unique vertu républicaine. Le plus grand des devoirs que leur amour de la Révolution leur avait imposés était d'escorter journellement les charrettes mortuaires, en chantant, en dansant, en injuriant les condanmés. Puis ils assistaient, les pieds dans le sang' dont la place du Trône-Renversé était inondée, aux exécutions; ils applaudissaient à chaque coup de guillotine. Aux grands jours, ils dessinaient des farandoles autour de l'échafaud et ils s'en revenaient en louant la République de sa grandeur et de ses bienfaits.

Mais ces premiers nés de la Révolution avaient encore d'autres devoirs à remplir. Ils représentaient le peuple souverain, dans les manifestations, dans les tribunes.

En un jour, comme le 9 thermidor, où la séance de la Convention était solennelle, où la Commune, depuis huit heures du matin, appelait le peuple aux armes, où les assemblées de Sections commençaient à s'agi-

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ter, ces hommes et ces femmes avaient fort affaire, leur curiosité était attirée de bien des côtés à la fois, ils avaient à figurer le Peuple en bien des endroits en même temps,

Ils étaient donc en plus petit nombre ce jour-là aux abords du Palais de Justice. Par contre, on y voyait certaines physionomies qu'on n'avait pas l'habitude d'y apercevoir : à côté des deux gardiens de scellés et de la marchande de merluche qui étaient des habitués, Piget et Ballière, à qui leurs occupations sectîonnales ne permettaient pas d'assister aussi souvent qu'ils l'eussent souhaité à ce noble spectacle ; plus loin, La Bussière, Paul Crassus et Domingo, et, tout près de la grille, Emilie, verte de teint, l'œil égaré, la physionomie renversée, qui s'appuyait, sans trop savoir ce qu'elle faisait, sur le bras de Requain.

Il y avait six charrettes, d'où le public concluait qu'il y aurait plus de quarante victimes, car chaque voiture contenait ordinairement huit condamnés. C'était une bonne fournée et les habitués ne se plaignaient pas de cela. Ils hurlaient pourtant.

C'est que les condamnés n'arrivaient pas.

Il y avait déjà près d'une heure que les bières ambulantes, comme on les surnommait, attendaient ; les portes qui ouvraient de l'escalier sur la cour restaient fermées ; rien ne venait de la Conciergerie. Les clameurs, les injures, les imprécations augmentaient.

Un bruit sinistre commençait même à se répandre qui affirmait qu'il n'y aurait pas d'exécution ce jour-là. On racontait — et c'était exact — que Robespierre

avait été décrété d'accusation à la ConventioD. C'était Didier, Tun des gardes du corps de Maximilien, qui venait de le dire, en appelant le peuple aux armes pour venger un si grand crime.

A la Commune, Payan, TAgent national, venait d'être ssdâ et conduit à la Force. Enfin on savait que Dumas, le président du Tribunal révolutionnaire, avait été arrêté sur son siège même, avant la fin de l'audience.

Quelques amis des condamnés étaient allés trouver Fouquier-Tinville et lui avaient fait valoir toutes ces circonstances, en lui disant qu'on ignorait comment tout cela tournerait et qu'il agirait peut-être habilement en retardant l'exécution des condamnés du jour.

Fouquier connaissait les ressources de la Commune, son intention formelle de résister à la Convention et les chances qu'elle avait de triompher. Il s'était déjà compromis suffisamment en s'abstenant de prendre la parole contre Bernard. Il répondit rudement que tout cela ne le regardait pas ; que ces scélérats, ayant été condamnés, devaient, selon la loi, être exécutés dans les vingt-quatre heures, et que, d'ailleurs, quel que fût le vainqueur dans le conflit engagé, ce vainqueur serait toujours un révolutioimsdre, c'est-à-dire un homme ou un parti qui ne pardonnerait pas d'avoir épargné la vie de quarante-cinq ennemis de la Révolution. Après tout, les Comités étaient les madtres de lui donner un ordre contraire et tout ce qu'il pouvait faire c'était d'attendre quelque temps avant d'expédier les aristocrates.

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Là-dessus, le pauvre Dubarran se remuait, en désespéré, pour obtenir ce sursis de ses collègues. Mais tous ces commissaires se méprisaient ou se détestaient, et Dubarran, passant pour médiocrement sanguinaire, n'avait aucune autorité. La situation générale était assez dangereuse pour que la vie d'un ou de quarante-cinq individus fussent de nulle importance. Mais surtout Ton fit valoir que si Ton montrait de rjiumanité, les modérés en profiteraient pour relever la tête, et les gens de la Commune pour démontrer que les .Comités étaient composés d'indulgents, animés d'idées anti-révolutionnaires.

Pendant ce temps, une partie des curieux, qui attendaient dans la rue se lassa de ne voir rien venir. La chaleur était étouffante, l'atmosphère d'une lourdeur accablante, quoique de gros nuages, d'un gris cendreux et. sinistre, eussent éteint les rayons du soleil. Des grondements sourds se faisaient entendre, et l'orage n'allait pas tarder à éclater.

Vere quatre heures, après une heure d'attente, quelques individus commençaient à s'éloigner, lorsqu'un cri féminin, un cri âpre et joyeux comme celui d'une bête fauve qui voit sa proie approcher, retentit, bientôt suivi d'applaudissements. Emilie avait donné le signal, et la foule démocratique bénissait le génie de la liberté qui lui réservait les grâces de son massacre habituel.

Huit condamnés descendaient l'escalier ; ils remplirent la première charrette. Emilie s'approcha de la grille. Elle ne vit ni Bernard ni Lise. Quatre nouvelles

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charrettes se remplirent. Ni Bernard ni Lise n'y étaient. Emilie trépignait de rage, et elle grinçait des dents avec une fureur sî égarée qu'elle étonnadt ses voisins, bien habitués pourtant à toutes les manifestations de Tenthousiasme révolutionnaire.

En ce moment l'austère Cévenole s'approcha du groupe formé pai* La Bussière, Paul et le nègre. Elle était haletante, de grosses gouttes de sueur coulaient, sur son front, de la racine de ses cheveux gris ; son visage avait garda toute sa sombre ri^dité :

— Je viens du pavillon de la Liberté, dit-elle à mi-voix. . . Il n'y a plus d'espoir. Ce chef de la Révolution ne peut rien pour sauver la vie à son fils. Mais toute la ville est en émeutes. Est-ce qu'on ne pourrait pas en profiter pour les sauver? Pour moi, continua-t-elle, tandis que son œil dur s'emplissait de sérénité, mon parti est pris. Si Bernard meurt, on parlera de Judith demain dans Paris, de Debora et de Cisara. Ah ! les voilà !

Les cinq condamnés descendaient l'escalier. Bernard et Lise venaient les derniers. Ils marchaient l'un à côté de l'autre, les mains liées derrière les reins. On les hissa dans la voiture, on les assit sur la dernière planche. Ils tournaient le dos au cheval et à leurs trois 'Compagnons, qui regardaient le devant do la voiture, tandis qu'eux faisaient face à la foule.

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