‹ Aventures de deux parisiennes pendant la terreurChapitre 4 sur 39 · AVENTURES DE DEUX PAIUSIENNES · texte numérisé non relu

AVENTURES DE DEUX PAIUSIENNES

€elui-ci, le bras levé^ essayait de déeliiffrer la carte qu'il tenait au bout de ce bras, h plus près possoble de la lampe fumeuse :

« Comité de Salut ptièlic. Cinquième division. Bureau des détenus. Section de la correspondance. Citoyen Charles Delabussière^ employé, » '

En lisant ce nom, le militaire se retourna vivement.

— Le citoyen La Bussîère, dit41 à mi<-v<Hx, le...

— Le bouffon, le plaisant, le Carceur.

— Excusez-moi, citoyen, je voulais dire le.*.

— Le fou, Tétourdi, le fougueux, l'impétueux, le virulmt, Técervelé, celui qui n'a jamais pu retenir une saillie, entrevoir une folie sans l'entreprendre, rêver une espièglerie, une plaisanterie, une mystification sans la réaliser. Je connais ce nègre, j'en ai surtout beaucoup entendu parler, j'ai voulu me jouer de sa crédulité qui est extrême...

— Pardonnez-moi encore, citoyen. Je n'ai rien prétendu dire de tout cela. Je n'ignore pas que lecitoy^ La Bussière est aussi aimable que bon, aussi persévérant que brave.

Chose bizarre, La Bussière, en entradant ces compliments ne put s'empêcher de trembler.

— Nous sommes perdus, munnura-t-il. On a arrar ché le masque de Brutus.

Mais il secoua le front. Il fit de nouveau ce geste insouciant de l'épaule qui était caractéristique en lui et il reprit son sourire goguenard :

— Je vois que je suis parfaitement connu. Héroïque

et enchanteur. C'est bien moi. Montons au Capitole et remercions les dieux. J'y vais de ce pas. Soyez assez bon, citoyen, pour persuader à ce nègre de ne pas arrêter l'essor de ma piété civique.

L'étranger essayait de fixer les regards sur la physionomie de La Bussiëre. Mais le réverbère ne donnait qu'une lueur indécise, et le mouvement continuel du personnage empêchait toute observation.

— Je voulais vous demander si je ne me trompais pas, si c'est bien vous qui êtes le neveu, à la mode de Bretagne, du citoyen Dubois-Joli, juge de la section du Bonnet>*Rouge, et demeurant au bout de la rue de Sèvres?

— Le vertueux Dubois I C'est lui, c'est moi.

— Le cousin de la citoyenne Lise?

— Rossignolet du bois jolil C'est elle, c'est moi.

— Non seulement le cousin, mais aussi le fiancé de cette aimable personne ? continua l'étranger, en essayant, de nouveau, de fixer ses regards sur la face de son interlocuteur.

— Heu ! Mais, par la déesse, c'est à mon tour. A qui ai-je l'honneur de parler?

— Le commandant La Raison.

La Bussière fit littéralement un bond.

— Au diable l'étiquette et la diplomatie ! Je vais perdre mon prestige aux yeux de ce nègre. Mais je ne résisterai pas à vous embrasser.

Il se précipita sur le jeune officier, car le comman-^ dant n'avait que vingt^quatre ans, le même âge que La Bussière, et il le serra sur sa poitrine.

— Le commandant La Raison, qui a été si bon, au siège de Landrecies, pour mon joli Rossignôlet et pour ma bonne tante que j'aime presque autant peut-être que ce gentil Rossignôlet! Ah! bien, j'ai dit le mot tout à Theure : hérpique et enchanteur. Mais c'est votre devise à vous, si nous en croyons la citoyenne notre tante dont vous avez conquis l'admiration. Quant à la cousine Lisette, c'est une vilaine petite ingrate. Elle ne parle plus jamais de vous.

Tout cela s'était dit fort vite. Pourtant les cris du nègre avaient déjà commencé à attirer quelque monde. Des grenadiers de la Convention, des canonniers et des gardes sectionnaires accouraient. Mais Domingo empêchait d'entrer en même temps que de sortir, et, tout en dévorant de ses grands yeux blancs ébahis le groupe des deux personnages, médiocrement éclairé, il distribuait d'énergiques coups de crosse aux soldats qui approchaient trop près de la grille.

Ce spectacle parut ramener le commandant à la réalité et chasser une ombre de rêverie qui l'avait surpris depuis qu'il avait prononcé le nom de Lise.

— Mais, dit-il brusquement et en parlant plus bas encore, vous vouliez quitter le Palais-National à cette heure indue, c'est que vous n'avez pas le droit d'y être. Vous courez sans doute quelque danger?

— Oui, répondit La Bussière, après un moment d'hésitation.

— Un grand danger, un danger de mort?

— De mort, oui.

— — Il I ■ » I II III

Le commandant réfléchit un court instant.

— Voulez-vous me jurer que ce que vous êtes venu faire ici n'importe en rien au salut de la République ?

— En aucune façon, à moins que la République n'ait besoin, pour vivre, des têtes du vertueux, Dubois et du gentil Rossignolet.

— Comment? Elle ! c'est elle qui est en danger de la vie ! C'est impossible ! Ouels sont les monstres qui voudraient nuire à cet objet charmant? Du reste, citoyen, je vois à votre ton que vous n'avez pas pour la Révolution la vénération qui doit enflammer l'âme de tout citoyen.

— Parbleu! s'écria La Bussière d'un ton vif et railleur, je suis employé au Comité de Salut public ! nourri dans le sérail, citoyen !

Le commandant ne put retenir un geste d'impatience. Il resta silencieux.

— Adieu donc! dit La Bussière. L'Être suprême, qui a eu tant de mal à lutter contre Chaumette, me pardonnera de n'avoir pas pu triompher deRobespieiTO, vainqueur de Chaumette. Il pardonnera au pauvre Charles de La Bussière de n'avoir pas réussi à sauver son amie. On ne peut pas donner plus que sa vie pour ceux qu'on aime. Adieu, commandant La Raison, toujours héros, de plus en plus héros, mais moins enchanteur.

Il s'avança vers le groupe des soldats, qui devenait nombreux. Mais le commandant parut prendre une forte résolution. Il retint La Bussière par le bras. •

— Eh non ! elle vous sauve. Elle, je ne puis la laisser en danger. Passez votre main derrière votre dos. Tenez, voici le salut.

Il lui remit prestement une carte d'une autre forme et d'une couleur différente. La Bussière s'avança alors vivement vers Domingo et lui mit cette nouvelle carte sous le nez. Que se passa-t-il dans cette cer-» velle africaine? Le nègre ouvrit les yeux d'un air épouvanté, laissa tomber son fusil, et il se mettait à fuir lorsque Paul Crassus s'avança, le prit par Tune de ses immenses oreilles et le ramena près de la grille.

— Eh bien ! qu'y ar-t-il donc ? Ne voilà^t-il pas que tu quittes ton poste, triple nègre ! Domingo, gare au fouet !

— Vous pas colère, messie liétenant, bon petit maître, messie Paul. Li, sorcier! prendre papier rouge, psitt ! changer en papier jaune comme nloi changer de chapeau.

— Que le cl'devant diable emporte ces ci-devant noirs I Emilie a eu là une belle idée de faire un gre-* nadier de son domestique. Voyons, qu'y a-t-il ?

— Il y a, dit froidement La Bussière, que ce grenadier m'a voulu empêcher de sortir.

— Il a eu raison. La consigna est formelle et d'une sévérité implacable, même contre toi, citoyen La Bussière.

— Formelle I pas contre cela, lieutenant Crassus jeune.

La Bussière présenta m carte au lieutenant, qui

la prit, tandis que le nègre murmurait en se reculant ;

— li sorcier, li grand sorcier, li vrai sorcier vaudoux !

— « liberté, Égalité I Comité de Sûreté générale, lut le lieutenant. Décadi, 30 prairial, an deuxième. Laissez passer le porteur.

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