DUBARRAN
— Il n'y a rien à dire, La Bussière. Passe. Et toi, fichu Malgache, si tu as encore le malheur de ne pas mieux respecter le sceau du Comité de la Sûreté, il n'y a pas longtemps que le fouet t'a caressé, je te ferai refaire connaissance avec les lanières. Tu entends, le sceau du Comité I car pour la signature Dubarran, murmura^-t-il, je m'en moquer c'est un modéré.
La Bussière passa. Quand il fut hors de la vue, il se mit à courir. Il gagna le quai. Là, après avoir constaté que personne ne le surveillait, il tira de la poche de son habit une grosse boule de papier humide et changée en bouillie. Il la divisa en plusieurs parties et jeta le tout dans la Seine,
— A ton tour, citoyen militaire, avait dit brusquement le lieutenant Crassus, quand La Bussière fut parti ; as-tu aussi une passe de l'un des deux grands Comités?
— D'abord, répondit sèchement La Raison, je ne suis pas un citoyen militaire, mais un citoyen commandant.
— Ah ! ah ! la bonne parole ! 11 n'importe. Les aristocrates prisonniers et conspirateurs, qui, du fond de leur prison, tissent leurs trames contre la sainte Montagne, peuvent fort bien se déguiser en commandants pour venir assassiner les pères de la patrie.
— Moi un traître ! moi un assassin ! s'était écrié La Raison d'une voix tonnante. Moi conspirer contre la sainte Révolution, contre la République vénérable et sacrée! Misérable lieutenant, je te couperai les oreilles.
Crassus avait fait un signe. Une dizaine de soldats, que les cris de Domingo avaient rassemblés, s'étaient précipités, avaient saisi brutalement le commandant et le bourraient de coups, tandis que le nègre s'avançait, la crosse en l'air, n'attendant qu'un signe pour briser la tête du prisonnier.
— D'ailleurs, continua Crassus avec gravité, fusses-tu un vrai commandant, il n'en serait rien de plus. Robespierre, avec son génie puissant, éclairé par les flammes du patriotisme, a deviné que c'est l'ambition militaire qui tuera la République , et quand nous envoyons, chaque décade, un général à la guillotine, ce n'est pas pour respecter un commandant. As-tu une passe de l'un des Comités ? Tout est là.
— Non, répondit La Raison, qui avait recouvré son sang-froid habituel.
— Alors que faisais-tu à cette heure de la nuit, au milieu du Palais-National ?
— Je me promenais, dit le commandant, et sa voix avait repris toute sa gracieuse et imposante sérénité. Je revenais du Comité de Sûreté générale, où j'avais rendez-vous dès mon arrivée à Paris. C'est la première fois que je mets les pieds dans ce comité, l'une des citadelles augustes de la sainte Révolution. C'est la première fois aussi que je visite Paris, cette mère héroïque de la bienfaisante République. M'étant égaré quelque peu au sortir du Comité, je continuai mon chemin à l'aventure, trop heureux de parcourir solitairement ces lieux célèbres où le vertueux peuple parisien a donné tant de preuves de son patriotisme, en mainte circonstance solennelle, depuis le 10 août jusqu'au 2 juin, où la République, la paix et le patriotisme s'assirent définitivement sur les ruines de l'aristocratie des Girondins.
Crassus éclata de rire.
— Je regrette bien de ne pouvoir, au milieu de ce crépuscule obscur et de ces lanternes qui fument, voir ton visage. Mais je suis suffisamment renseigné : tu n'es pas un conspirateur, tu es mi mystificateur. Ah ! tu te promenais, en rêvant aux satellites de Capet et aux scélératesses des Fédéralistes ! Emmenezmoi ça au violon. Quand il y aura passé vingt-quatre heures, nous le recommanderons à l'examen attentif de Fouquier-Tinville.
— Bien ! Les gouvernements, même les plus sages, sont exposés à ces méprises. Mais savez-vous, lieutenant, qui sera le plus fâché de mon arrestation? Ce sera la Convention, quand, cette après-midi, elle ne
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verra point paraître à sa barre le commandant La Raison, qu'elle attend.
Ce nom avait fait tressaillir Crassus. Il s'avança vivem^t, donna un grand coup de poing dans le flanc de Domingo, qui tenait toujours son fusil d'une façon menaçante.
^^ Gomment! s'écria-t-^il, c'est vous qui êtes le commandant La Raison ? '
— Moi , commandant le &® bataillon du Nord ; moi, choisi, à cause de la belle conduite de ce bataillon, par Pichegru, général en chef de Tannée du Nord, et par Moreau^ général commandant Tarmée du siègej pour donner aujouod'hui les détails de la prise de la ville d'Ypres. Car, — et sa voix sonore retentit comme une musique de clsdron, — nous avons battu Clairfayt le 22 prairial, et nous sommes entrés dans Ypresle 29 prairial. Malgré sa nombreuse garnison et la résistance la plus vigoureuse, la ville a dû céder devant l'infatigable constance des soldats de la Liberté. La garnison, composée de 6,000 hommes, est prisonnière^ Nous avons pris plus de cent canons.
Un cri d'enthousiasme éclata sur la place, au milieu du calme de la nuit, et déjà sectionnaires, canonniers et gendarmes avaient entonné la Marseil^ laàe et commencé une farandole, quand Crassus leur imposa silence en les menaçant de la colère des Comités.
— Éloignez-vous, séparez-vous, rentrezchacun dans vos corps de garde. Je tâcherai de trouver au fond de mes culottes quelques assignats, si je n'ai pas
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tout laissé au Jardin de l'Égalité ; et cette après-midi, en desceâdaût la garde, nous boirons aux braves du &« bataillon du Nord.
II était bien difficile qu'un nouvel applaudissement tie saluât fias cette promesse ; mais chacun s'éloigna. Le lieutenant se tourtia vers La Raison :
^ Mon commandant, vous aves vingt--quatre ans, j'^ ai vingt-deux ; je suis Parisien, vous êtes étranger : c'est à moi à faire les premiers pas. Voulezvous venir me prendre à quatre heures , après la séance de la Convention? Nous irons dîner chez Venua. C'est ce qu'il y a de plus propre, en d^ors des traiteurs chers aux muscadins et à l'aristocratie. C'est là que vont dîner Barère, Saintr-Just, le grand Robespierre même. Je demeure dans un pavillon de la maison de mon oncle, le conventionnel Crassus, rue de Chartres, là, en face, aii n^ 13. Oubliez ma brusquerie.
Puis, tout spontanément, il éclata de rire :
— Voulez-vous que je vous dise ce que voua êtes venu faire à Paris ? Voils êtes venu vous marier.
Le commandant laissa échapper un geste de stupéfaction, évidemment sincère.
— Votre bonne humeur me gagne, dit-il. Je vois que vous me connaissez, bien que j'ignorasse votre existence. Je ne résiste pas aux avances de voti^ amitié, quoique en sa vivacité elle étonne un peu un homme austère et sauvage comme on m'accuse d'être. Mais je jure que j'ignore ce que vous voulez dire en parlant de mariage.
— Bien I il faut être discret. Mais vous ne me jurerez pas qu'il n'y ait quelque mystère autour de vous. Vous ne jurerez pas que vous êtes le commandant La Raison, venu tout simplement pour voir Paris, pour y passer un congé de convalescaice et pour vous montrer demain à la barre de la Convention, qui vous accordera les honneurs delà séance.
— Il est vrai qu'il y a un certain mystère, continua brusquement le commandant; mais, quoi que je sois, je ne suis pas un fiancé.
— Eh bien I mon commandant, vous le serez. Car Robespierre l'a promis, aux prières d'une jeune citoyenne à qui, — le lieutenant regarda attentivement autour de lui, — il... n'a... rien... à... refuser, Chut!
Ce dernier mot était bien inutile. La Raison était comme hébété. Il restait muet, et, au milieu de la demi-obscurité, il essayait d'observer son compagnon et de lire dans ces yeux noirs, brillants, pétillants de finesse et de maUce.
— Où allez-vous loger? demanda celui-ci.
— Au bout de la rue de Sèvres.
— Tiens ! tout au bout, hé?
— Oui, je crois. Vous savez queje ne connais Paris que par les cartes, les récits et les gazettes. C'est presque au bout, m'a-t-on dit. Une maison peu habitée au coin d'une me de la Barouillère, non loin de l'hôpital des Incurables, en face d'un couvent qui fait le coin de la rue de Sèvres et du boulevard, et qui sert maintenant de prison à la section du Bonnet-Rouge.
— C'est bien ça. Ah ! ah ! C'est encore une curieuse rencontre.
II éclata de rire, de nouveau.
— Eh bien I si vous le voulez, je vais faire signe à mon maréchal des logis et je vais vous conduire un bout de chemin.
La Raison, fort réfléchi et assez préoccupé, suivit son compagnon à travers les cours qui séparaient la façade des Tuileries de la place du Carrousel.
— Voyez-vous, mon commandant, dit Crassus quand ils furent arrivés sur cette place, vous allez gagner, là à droite, la rue des Orties qui longe la grande galerie du Louvre, vous descendrez jusqu'au guichet de l'Infante, vous verrez le quai... Eh non ! reprit-il brusquement, j'ai tort d'être de mauvaise grâce parce que vous êtes réservé et que vous ne voulez pas dire vos secrets... Je sais que Vénus recommande à ses adorateurs d'envelopper d'un voile les mystères de son culte. Mais je vous dis que je sais tout. Toutefois, comme on prétend que je suis un écervelé, incapable de la moindre discrétion, je me tairai.
Ils firent encore une dizaine de pas silencieusement dans la direction du guichet de l'Infante. Le jeune lieutenant s'aiTêta et dit à son compagnon toujours grave :
— Vous voyez que je sais me taire et que c'est bien à tort qu'on m'accuse de ne savoir pas garder un secret. Vous pouvez bien, je vous assure, me prendre pour confident. Je vous dis que je sais tout.
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et que ce serait vraiment ridicule à moi d'en faire mystère. J'ai été élevé avec la belle Emilie Crassus, ma cousine. Je la connais comme si elle était ma sœur. Aussi fière que belle, aussi élégante que coquette, aussi impérieuse que tendre : Glorinde et Armide. , Dix-sept ans, créole, fille unique, enfant gâté, cœur sentimental, âme vertueuse, tête volcanique, ne connaissant aucun obstacle ; un teint de lis et de rose, avec une ombre enchanteresse d'ambre jaune sur ce bouquet de fleurs ; des yeux noirs à mettre le feu à tous les canons de la République ! J'avoue que tout cela m'avait ravi les sens. Puis l'oncle Crassus est un ami du vertueux Robespierre et des autres chefs du gouvernement. Et, — écoutez, que je vous le dise tout bas, — l'oncle Crassus, quoique im des plus purs amis de l'égalité, ardent Montagnard, jacobin zélé, sans-culotte dévoué, possède cent bonnes mille livres de rentes, en beaux biens au soleil. Gomme sa fille fait de ce farouche bonhomme tout ce qu'elle veut, vous comprenez que la belle Emilie était un parti sortable. Je n'eus aucun succès auprès d'elle. Vous ne connaissez pas, ce petit charbon ardent qui sert de cervelle à une créole. Ma cousine a toujours dit qu'elle n'épouserait que l'homme qui lui pladrait, fut-ce un simple grenadier ; mais que celui qu'elle aimerait, elle l'épouserait, fût-ce le Grand Mogol I Cent mille livres de rentes en dot, l'amitié, la faveur de tous les chefs du peuple, et la plus belle femme de France. Vous voyez bien que je sais tout. Vous avez vu que je sais me taire et que je suis un
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homme boutonné jusqu'au menton; vous h^etôz donc pas besoin d'user de dissimulation à mon égard.
— Je suis naturellement réservé, je l'avoue, dit gravement La Raison, et presque aussi discret que vous, continua-t>-il avec un demi-sourire. Toutefois, je m'abandonne volontiers à mon instinct, qui est bienveillant et porté à l'amitié. Je sens en vous une franchise, je vois en vous un élan de jeunesse qui me plaisent. Je n'ai à craindre aucune indiscrétion, puisque, vous êtes muet comme une tombe et que, Qntre ces murailles de la grande galerie du Louvre et le port Nicolas, c'est-à-dire dans la position où nous nous trouvons, nous n'apercevons âme qui vive; eh bieni je vais tout vous dévoiler.
Le lieutenant Ci*assus se rapprocha,
—^ Citoyen lieutenant, dit froidement La Raison, vous êtes un mystificateur de l'école du citoyen La Bussière. Voilà tout le secret.
— Moi, un mystificateur ! dit le jeune homme en éclatant de rire. Décidément, commandant, vous êtes un diplomate de belle force. Mais La Bussière, je ne le connais pas intimement, et si je pouvais détester quelqu'un, je le haïrais, puisqu'il est le fiancé de la Lise que je suis tenté d'adorer,
— Vous voulez parler de la citoyenne Lise Dubois- Joli ? demanda la Raison qui tressaillit,
— C'est vous qui me l'avez dit. Mais vous pourrez témoigner de ma discrétion, car je m'étais bien gardé de la nommer. Halte ! ce n'est pas de cela qu'il s'a-
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git. Mystificateur! Mais c'est de reffronterie, commandant, le diable m'emporte, si je ne le dis pas ! Comment ! vous n'étiez pas, en germinal dernier, il y a environ trois mois, à Landrecies? Vous n'étiez pas logé chez une riche et vieille bourgeoise qui s'est prise pour vous d'admiration et de tendresse maternelle, et qui est justement la tante de la citoyenne Lisette ?
— Cela est parfaitement vrai. J'ajouterai, pour vous prouver que je ne fais pas profession d'être aussi boutonné que vous, lieutenant, que le 4 avril, ou plutôt le 15 geiminal, je vis amver à Landrecies, chez ma respectable hôtesse, deux de ses nièces, les citoyennes Lise Dubois et Emilie Crassus, qui s'y réfugiaient. Il paraît que quelques jeunes républicaines, aussi folles qu'héroïques, avaient décidé d'accompagner Saint-Justà l'armée du Nord, alors abattue par une série de revers, afin de relever le courage des Français par la vue de la beauté. Les deux belles citoyennes avaient bientôt compris que c'était une idée plus romaine que réalisable, et, après beaucoup de fatigues et de déceptions, elles venaient se réfugier auprès de leur tante. La ville fut investie le 6 avril, je veux dire le 17 germinal. Tout mon désir fut d'é\dter à ces charmantes et vaillantes républicaines les dangers du siège, du bombardement. Enfin, quand je prévis la prise de Landrecies par les soldats des tyrans coalisés, je travaillai à leur faire quitter la ville pour ne pas les laisser exposées aux ennuis que vous devinez. J'y parvins justement le 29 germinal,
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c'est-à-dire la veille de la reddition de Landrecies, Je regagnai mon bataillon au siège d'Ypres. J'y fis de mon mieux. Aussitôt après la prise de cettei ville, les représentants du peuple près Tarmée du Nord, Richard et Choudieu, prétendirent que les fatigues du siège avaient retardé ma guérison. Ils m'envoyèrent à Paris avec la mission que je vous ai dite et un congé de convalescence de deux mois. Voilà tout ce que je sais.
— Parbleu ! le représentant Choudieu est un ami particulier de mon oncle Crassus et un des admirateurs du grand Maxîmilien ! Vous voyez bien, ô discret troubadour, que vous laissez apercevoir le bout de Toreille.
— J'eus toujours la renommée d'être un homme de flegme, répondit le commandant avec un redoublement de gravité. Je vous répète que si vous n'aviez pas invoqué tout à l'heure le nom vénéré du sage Robespierre, je croirais à une méchante plaisanterie. Si vous le voulez, citoyen lieutenant, nous conclurons qu'il y a quelque en^eur de fait ou de personne et nous en resterons là.
— Que je sois accusé de modérantisme, s'écria vivement le jeune homme, si je n'ai entendu la belle Emilie, parlant à son amie intime, Eléonore Duplay (la fiancée, l'épouse peut-être du vertueux Maximilien), dire que vous joigniez la grâce à l'héroïsme ! Mais je n'en dis pas plus, puisque je suis un homme discret. A ce soir, à quatre heures, me de Chartres. Voici le pont ; vous suivrez la rue du Bac. L'aurore
aux doigts moins roses que ceux de la belle Lise, va bientôt ouvrir les portes de TOrient. Brrou ! La nuit est fraîche, quoique les journées soient brûlantes. Vous avez un manteau de voyage sur le bras. Si j'étais de vous, je le mettrais. Le conseil est d'une âme tendre. Quand vous verrez la jolie Lisette, voulez-vous le lui dire?
Il s'arrêta un instant, puis courut vers le commandant qui s'engageait sur le pont.
— Si vous n'étiez pas le commandant La Raison, si vous étiez un aristocrate, hé! je pourrais dire : Adieu, paniers, vendanges sont faites. On m'accuserait de complicité. Il paraît qu'il y a quelque traître qui vient, la nuit, dans les bureaux du Comité de Salut public prendre les dénonciations, les rapports, les pièces concernant les accusés et les suspects, si bien que Robespierre et Saint-Just, qui dirigent le bureau de police dans la cinquième division, et Fouquier-Tinville, l'accusateur public, et Trinchard, le président de la Commission Populaire, sont furieux et ne savent à qui s'en prendre. C'est pourquoi l'on a fait fermer aujourd'hui toutes les portes du Palais- National'. Moi, s'il ne s'agissait que de Trinchard, j'en rirais, car c'est un menuisier bossu et insolent qui a des principes, comme il dit, contre le militarisme. Mais aider des aristocrates et des suspects à échapper au glaive de la République, jamais I Adieu. Imitez ma discrétion ; ne dites rien de tout cela, de crainte d'éclairer les traîtres et les modérés.
Il s'en retourna à son poste en chantonnant cette
variante, alors à la mode, de Thymne des Marseillais, dont le texte primitif était regardé comme entaché de modérantisme :
Chassons les rois, poursuivons les tyrans,
* Marchons, marchons Sur les débris de leurs trônes sanglans.
Les dernières paroles du lieutenant avaient apporté un nouvel élément de trouble dans l'imagination, déjà fort émue, du commandant.
Il parcourut la rue du Bac en songeant à la fois à La Bussière, à la jolie lise, à la belle Emilie, à ce qu'il y avait de mystérieux dans la position du premier, aux dangers que pouvait courir la seconde, et aux bizaiTes malentendus qui avaient pu pousser l'aimable et écervelé grenadier-gendarme à voir dans le commandant La Raison le futur époux d'une jeune fille à qui il n'avait jamais songé.
Il s'ensevelit si bien dans ces pensées qu'il s'égara, et le jour paraissait quand, après maint détour, il se trouva au caiTefour de la ci-devant Croix-Rouge et actuellement du Bonnet>-Rouge.
— Hél là-bas! aristocrate en manteau, avance ici, si tu ne veux pas que je te fasse goûter de ma pique. Il faudra qne tu aies une carte de civisme bien en règle pour te faire pardonner l'insolence de tes vêtements de muscadin. Allons, approche. Est-ce que tu te moques de moi et du commissaire que tu vois là?
Le commandant se retourna. Le corps de garde et le Comité Révolutionnaire de la section occupaient la