‹ Aventures de guerreChapitre 15 sur 62 · RUE LL D · texte numérisé non relu

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eux, pour auxiliaire, la trahison. D’après ce système, dont Montmorin et Bertrand de Molleville étaient les promoteurs, la liste civile soldait de faux gardes nationaux pour exciter des troubles, tenait à gage des clabaudeurs dans les tribunes de l’Assemblée législative, soudoyait une légion de journalistes et de pamphlétaires, achetait Mirabeau, s’efforçait de corrompre Danton, séduisait Barnave, négociait avec La Fayette, et soutenait avec l'argent du pays les émigrés de Coblentz, les chefs de la chouannerie, les bandits d'Orange et d'Avignon, et les prêtres qui prêchaient l’insurrection aux paysans de l'Ouest et aux villes du Midi. Ce n'était toutefois là que le prologue du drame. L’intrigue qui devait en développer l’action et en donner le dénoûment, était l'invasion de la France par les puissances coalisées à Pilnitz, au mois d'août 1791. Les Tuileries voyaient dans cet événement le gage certain de la restauration de la vieille monarchie, avec toute sa puissance et les antiques abus qui la caractérisaient. Mais les lenteurs de la diplomatie étrangère répondaient mal à l’impatience qui appelait sans cesse, par des vœux téméraires, ce fatal secours. Trois ans se passèrent à l’attendre, et, quand il vint, ce fut pour hâter la perte de ceux qui l'avaient provoqué. Pendant cette longue période, remplie d’espérances criminelles et de projets sanguinaires, une idée dominante prit place dans les conseils des Tuileries et dirigea leurs résolutions. On imagina qu’à défaut des armées de la coalition, en pouvait abattre la Révolution par un coup de main vigoureux, d'autant plus puissant qu'il serait plus imprévu. Il ne faut pas croire que ce dessein fût aussi insensé qu'il le paraît aujourd’hui; son exécution était assurée du concours d’un parti qui, sans doute, était fort inférieur en nombre, mais qui possédait toutes les supériorités sociales,

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à commencer par la richesse territoriale et par l’ascendant que donne une durée séculaire aux pouvoirs publics. Ce parti était maître de toutes les positions ; il occupait exclusivement les avenues du trône; il remplissait les places de Ia haute administration ; il régnait au confessionnal et au prétoire: il commandait les régiments de l’armée, la garde

nationale, les vaisseaux de la flotte; une partie des muni-

cipalités et des directoires de département étaient soumis à son influence, et Paris même en subissait les effets, par l’action légale qu’exercaient avec partialité l’un et l’autre de ces deux corps. Enfin il agissait sur les campagnes par les curés, les gardes-chasse, les régisseurs de biens nobles et les fermiers, et il dominait dans quelques villes par certaines professions vénales et turbulentes, telles que les portefaix à Marseille, les porteurs de chaises à Rennes, ei

dans plusieurs quartiers de la capitale, par la domesticité

des Tuileries, ses fournisseurs et ses émissaires. On sait que l’Autrichien Weber, le frère de lait de Marie-Antoimette et le narrateur mensonger de la journée du 40 août, s'était fait incorporer dans le bataillon des Filles-Saint-Thomas.

Il est évident que, lorsque après la clôture de l’Assemblée constituante, on eroyait la révolution terminée, on tombait dans la plus grave et la plus dangereuse erreur. On avait perdu le temps à discourir et à voter des lois, et l’on n'avait rien fait pour empêcher que la révolution ne fût étoulfée dans son berceau,

Le système des attaques de vive force auquel la couronne confiait sa fortune, fut pratiqué d’abord avec autant de prudence que d’habileté. Au lieu d'agir à Paris, où l'esprit public aurait suseilé une formidable résistance, on choisit une ville de provinee éloignée et l’on saisit une occurrence

vulgaire pour en faire inopinément un événement considé-

rable, qui ralliait les gardes nationales sous l’autonité du général en chef chargé d'exécuter la contre-révolution. Nancy fut la scène de cet événement ’. Les soldats du régiment suisse de Châteauvieux, qui étaient affectionnés à la France nouvelle, se plaignaient de la comptabilité de leurs officiers. Au lieu de prouver, par des explications, que ces plaintes n'étaient pas fondées, on éleva aussitôt une accusation d’insubordination qui, par les châtiments terribles dont elle devait être suivie, obligea le régiment à repousser la force par la force. Il s’ensuivit un combat, un massacre, des supplices; mais on obtint à ce prix l’avantage d’avoir une armée royale qui, les pieds dans le sang, avait passé le Rubicon et venait de s'engager à poursuivre de pareils exploits.

Entraînée à son insu dans ce complot ténébreux, l'armée du Nord, devenue complice de son général, aurait alors suivi toutes les impulsions qu’il aurait voulu lui donner; et, si Louis XVI, quittant Paris à cette époque, fût venu se mettre au milieu d'elle, le marquis de Bouillé aurait pu, comme un autre Monk, ramener le roi dans sa capitale, et, comme lui, signaler la restauration par des proscriptions et des gibets. Mais ce second coup de main, qu'on avait projeté, réussit mal. Les irrésolutions de Louis XVT et la confiance de la reine dans les promesses de délivrance faites par les puissances coalisées, reculèrent l’exécution de ce dessein ; et lorsque, sous la conduite du colonel suédois Fersen, la famille royale sortit de Paris, dans la nuit du 21 juin 4791, déjà le général Bouillé était soupçonné de trahison par ses soldats, et les habitants des départements du Nord veillaient avec leur admirable dévoue-

1 Le 31 août 14790,

ment à la sûreté de la France. C’est pourquoi, quand le roi fut arrêté à Varennes, aucune tentative de le délivrer ne fut faite par la cavalerie apostée ou envoyée pour protéger sa fuite, et les populations voisines armérent cent mille hommes pour l’escorter jusqu'à Paris.

L'abandon de la capitale pour passer à l'étranger et rentrer en France sous les drapeaux des armées étrangères, devait, dans l'opinion commune, entraîner la déchéance. Ce n’est point à dire que le peuple songeät alors à substituer la république à la monarchie. Il voulait uniquement un gouvernement qui, quel qu'il fût, défendit la Révolution et ne pactisät point avec ses ennemis implacables. D'autres idées l'emportèrent dahs lesprit de quelques hommes investis du pouvoir; il fut résolu de confier encore une fois à Louis XVI les rênes de l’État, et, pour comprimer toute opposition par la terreur, on se servit de la loi martiale, qui permit de massacrer au Champ de Mars, sous un prétexte futile, une population inoffensive et désarmée ‘.

La royauté constitutionnelle de Louis XVI, inaugurée sous ces tristes auspices, fut, comme l'avaient prévu tous les hommes de quelque sagacité, une continuation des complots subversifs de 1789, rendus plus bardis par l’appui de la légalité et plus habiles par les épreuves de l’expérience. En moins d'un an, la discorde et la trahison avaient creusé partout sous nos pas des abimes. Nos soldats se débandèrent le jour même qu'ils entrèrent en Campagne ; l'Assemblée législative fut paralysée par Îles veto multipliés du roi: les prêtres qui refusaient le serment civique, allumèrent, en fanatisant les campagnes, les feux dévorants d’une guerre religieuse ; les ministres qui avaient la con-

1 17 juillet 1791.

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fiance publique furent chassés; la loi pour former un camp “hors Paris, afin de défendre la capitale, fut repoussée par Louis XVI; deux milliards d’assignats furent créés, sans autre fruit que d'alimenter les conspirations de la liste civile et de stipendier les émigrés rassemblés à Coblentz : le Maire et le procureur syndic de la municipalité, Pétion et Manuel, furent privés de leurs fonctions sans aucun ju- #2 gement; enfin, il fut constaté que la garde constitutionnelle ne 2- “du roi avait été formée avec des intentions manifestement | SE L'hgressives, à l'instar des quarante-cing de Henri I. Le comte ne se SA Hervilly, qui la commandait, l'avait composée de tous IT es maîtres d’ armes des régiments, et lui-même étant un spadassin très-expert, il ne les avait admis qu’en s’assu-

7 rant, par un assaut, de leur adresse meurtrière.

L'imminence du péril ranima l'esprit publie et rallia les citoyens. Un cri s’éleva et fut répété à Lille, à Brest, à Marseille. Puisqu’il n’y a point de salut, disait-on, pour nos hbertés avec ce gouvernement, qu'il soit renversé ; nous voulons la déchéance. Le 47 juillet, les fédérés, accourus des extrémités de la France, en entendant le canon d'alarme qui proclamait la Patrie en danger, se présentèrent à l’Assemblée législative et demandèrent la suspension du Pouvoir exécutif. Le 95, les sections de Paris se déclarérent en permanence. Le 3 août, le Maire, à la tête de la municipalité, vint, à la barre de l'Assemblée, réclamer. au nom de la population parisienne, un décret qui prononcà la déchéance. La section Mauconseil, ne voyant aucune apparence à l’accomplissement de son vœu, prit l'initiative de l'exécution, et arrêta, le 4 août, qu'elle ne reconnaissait plus Louis XVI pour roi des E Français.

Les témoignages irrécusables de ces événements prouvent que la révolution du 40 août ne fut point enfantée,

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coïnme on l’a dit et répété, par un complot projeté dans des conciliabules mystérieux. Ce ne fut point une conspiration, ce fut un soulèvement populaire qui n’avait aucun besoin de l'obscurité, puisque, un mois avant qu'il éclatât, ses desseins étaient révélés hautement à la tribune, sur la place publique et par les cent voix des journaux. Le combat de cette journée fut un duel, un duel à mort proposé et accepté, ce ne fut ni une surprise ni un guet apens, comme on l’a prétendu, Les préparatifs de la défense se firent ouvertement, comme les dispositions de l'attaque, et quoique les historiens du temps les aient passés sous Silence, ils sont de toute notoriété publique.

Dès le mois de mai, la garde donnée au roi par la nouvelle constitution avait été organisée dans l'expectative de la guerre civile. La Cour, dérogeant tout à coup à ses habitudes aristocratiques, l'avait formée, non de jeunes gentilshommes, comme les Gardes du corps, mais bien d'hommes d'exécution, choisis dans les troupes de ligne parmi Îles bataillons éprouvés. Leur nombre avait été fixé par la loi à dix-huit cents. Un écrivain royaliste, Montgaillard, affirme qu’il fut doublé, et un historien du même parti, Ferrières, dit qu’il fut porté à près de six mille ”. L'Assemblée législative, s’apercevant un peu tard de sa faute, rendit un décret le 29 mai pour licencier ces troupes; mais elle n’avait aucun moyen pour en assurer l'ellet; et les Gardes, changeant leurs habits bleus contre les habits rouges des Suisses, continuèrent de rester à Paris à la disposition de la cour. Leurs chefs venaient tous les jours prendre l’ordre aux Tuileries, et ce furent eux qui dirigérent les opérations militaires du 40 août.

! Montgaillard, t. Eli, p. 88. — Ferrières, t. VI, p. 67.

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