LEVÉE EN MASSE DE 1192. — GUERRE CIVILE DU MORBIHAN
« Allons, enfants de la Patrie! n
C'était au milieu de septembre 1792.
La France semblait ne pouvoir résister à ses ennemis; sa ruine, son asservissement, le partage de son territoire, étaient résolus par eux; Lille et Valenciennes étaient assiégés, et, déjà maîtres de Longwy et de Verdun, les Prussiens s’avancaient en Champagne et marchaient sur Paris.
À mon retour à Rennes, je trouvai mon digne maître, Félix Mainguy, conservant une pleine confiance dans la protection tutélaire que la divine Providence donnerait au pays. Il avait changé son titre de prieur des Dominicains contre celui de bibliothécaire de la ville, et il était chargé de rassembler les livres des communautés supprimées, et d'en empêcher la dispersion et la perte. Il m'accueillit, malgré ma longue absence, avec la même affection, et me prodigua les mêmes soins. Je passais près de lui, au mulieu de ses trésors, tout le temps que me laissait le collége, où j'avais repris mes études, sans espoir de les continuer long-
xt
temps, les plus terribles malheurs nous menaçant alors.
Un matin, lorsque je travaillais laborieusement à ma classe, un bruit de tambours, accompagné de mille voix de femmes éplorées, rompit soudainement le silence des études. Le maire de Rennes, l’élu des citoyens, suivi de la municipalité, entrait dans la grande cour du collége pour remplir, par cet acte sans exemple, un grave et triste devoir. Nous fimes un cercle autour de lui, et il nous dit ces paroles qui résonnent encore à mon oreille : « Jeunes étudiants, l'ennemi est entré en France pour étouffer nos libertés et détruire notre indépendance. Il à pénétré dans les plaines de la Champagne, et Paris est peut-être pris en ce moment. La patrie appelle à son secours tous ses enfants; déjà l’École de droit est prête à marcher. Qui de vous, braves étudiants, veut imiter ce noble exemple et partir dès demain pour l’armée? »— Tous! tous ! répondimes-nous d’une voix unanime. « Eh bien! reprit le maire, venez en signer le glorieux engagement. » Personne n’hésita; grands et petits revêtirent de leurs noms les formules qu’on nous offrit à signer ; et tout le collége, sans être arrêté par l’immense sacrifice qu’exigeait cette énergique résolution, se prépara spontanément à marcher contre les ennemis,
Que de douleurs éclatèrent ce soir-là dans le sein des familles de la ville ! Que de larmes furent versées par les mères qui avaient cru que leurs enfants fermeraient leurs yeux ! Que de regrets sur des destinées si différentes de celles préparées par tant de soins ! Combien de craintes sinistres sur le sort de ces jeunes gens dont aucun ne semblait devoir revenir ! I] fut, il est vrai, promis solennellement qu'aussitôt la campagne terminée, nous rentrerions dans nos foyers; mais jamais la vanité des desseins des hommes ne se montra plus grande; la plupart de ces étu-
diants, transformés en soldats redoutables, périrent prématurément et laissèrent leurs ossements blanchis sur tous les champs de bataille de l'Europe. Moi, que la mort épargna par le plus rare des hasards, quarante ans après je servais encore sous la même bannière sans l'avoir quittée un seul instant.
Tant d'événements s'étaient succédé, que j'avais perdu toute idée de la date du jour dont je viens de retracer le souvenir. Au mois de janvier 1848, le maire de Rennes, Emmanuel Pongérard, ayant fait explorer les archives de l'hôtel de ville, on y retrouva le regisire original des Enrôlements volontaires aux bataillons de guerre d'Ile-et-Vilaine. Mon inscription sur ce livre sépulcral est datée du 20 octobre 4792, et mon identité avec le jeune étudiant qui devint, ce jour-là, volontaire national, est attestée par deux citoyens notables contemporains, les seuls restant peut-être de cette époque lointaine. Ce furent : Barthélemi Montreuil, ancien chef du cabinet du commissaire ordonnaieur des guerres Pétiet, et François Guibert, ancien officier d’artillerie, dernier-débris de cette génération, et qui depuis longtemps ne sont plus.
J'avais rêvé la gloire d’aller à la frontière du nord repousser les ennemis ; tant de bonheur ne m'était pas réservé ; mes premières armes furent de tristes et périlleux succès dans les champs clos de la Bretagne sur les insurgés du Morbihan. J’appris dans cette première campagne, par une
cruelle expérience, que la guerre civile est le plus grand.
des fléaux qui puissent frapper les peuples.
Un jour de foire à Hédé, petite ville située à une dizaine de lieues de Rennes, les paysans, rassemblés en nembre extraordinaire, trouvèrent à boire sans payer, et usèrent largement de cette bonne fortune pour s'enivrer. C'était là
A nt seu
+ ee
seulement le prologue du drame ; l’action commença bientôt. Les mauvais gars, comme on appelait les garnements de l'endroit, se ruèrent sur la maison commune, jetèrent par les fenêtres ses archives pour en faire un feu de joie; puis ils battirent le maire à outrance, pourchassèrent les bourgeois accourus pour le défendre, abattirent le drapeau tricolore, arborèrent à sa place un drapeau blanc, et sonnèrent le tocsin pour appeler les paroisses voisines à l’insurrection. Des habitants qu'ils avaient poursuivis à coups de fourche, arrivèrent à Rennes, couverts de sang, et nous racontèrent ces méfaits. Quelques heures après, une forte colonne mobile était en marche pour Hédé; on l’avait formée à l'instant des gardes nationaux et des Jeunes gens de la levée en masse. L'honneur d’avoir appartenu à la milice parisienne me fit choisir parmi beaucoup d’autres pour faire partie de cette colonne d'attaque. À notre arrivée, nous fûmes accueillis par une vive fusiliade, qui ne laissa pas douter que l'insurrection n’eût été préparée dès longtemps. Mais, en nous voyant marcher en avant, au pas de charge, les paysans lâchèrent pied; onles poursuivit de près, et, malgré les clôtures et les halliers qui favorisaient leur fuite, beau- Coup furent blessés, tués ou faits prisonniers. Ces derniers, conduits à Rennes, furent jetés dans les cachots de la Tour le Bat, cloaques infects près desquels les souterrains de la Bastille étaient le palais d’Alcine. Le lendemain, les environs de cette prison étaient jonchés des femmes et des enfants de ces malheureux, qui demandaient avec des larmes et des cris à partager leur affreux séjour. Ce spectacle douloureux me fit regretter mortellement notre triste succès.
Une femme surtout offrait l’image du désespoir. Quand ses pleurs s’arrêtaient, elle était prise d’un tremblement nerveux si violent, qu’on s'attendait à la voir expirer.
Sa fille, une enfant de, dix à douze ans, était à genoux devant elle, sans pouvoir lui donner aucun secours que la prière des agonisants. Il me fut impossible d'en tirer la moindre parole qui pût m'aider à les servir. Un vieux paysan, qui eut foi dans mon bon vouloir, me jura sur sa part du paradis que le mari de cette femme n'avait rien fait, et que personne ne savait pourquoi il était arrêté ; il m’apprit son nom, qui, en effet, ne se trouvait pas sur la liste des détenus. Ce pauvre diable était seulement l'un des otages qu'on avait amenés à Rennes; on l'avait fait monter en route dans l’une des charrettes qui transportaient les prisonniers, et il avait été confondu avec eux lors de l’arrivée du convoi. La condamnation en masse qui devait bientôt les frapper, menaçait de l'enveloyper dans la même destinée. Félix Mainguy, à qui je recourus pour prévenir ce malheur, ne resla pas un instant en repos jusqu'à ce que ce fatal quiproquo eût été éclairer, et que cet homme innocent eût été rendu à sa famille éplorée.
Je n’eus qu’à peine le temps de mettre mes armes en état, et de réfléchir amèrement sur les chances funestes de la vie humaine. Uné dépêche de Vannes annonca que cette ville était cernée par des bandes nombreuses qui venaient escarmoucher jusque dans ses faubourgs. Il fallut envoyer pour la secourir une colonne mobile, qui m’appela encore dans ses rangs. Cette fois ce ne fut plus une expédition momentance, ce fut toute une campagne. L'insurrection s'était étendue dans la plupart des paroisses du Morbihan, et des barges anglaises lui avait fourni des fusils et des munitions. Pendantquatre mois, il y eut la moitié dutemps des engagements plus ou moins sérieux. Tantôt c'était seulement une attaque nocturne sur nos sentinelles et tantôt une démonstration sur
ser FER * HE re
au
AK
{ ++ ART à me ja à AFC 129 LEVÉE EN MASSE DE 1702
quelque point important, afin de nous attirer dans une embuscade. Nous apprîmes à nos dépens à nous défendre de ces stratagèmes ; et plus d’une fois nous fimes tomber les ennemis dans les piéges qu'ils nous avaient tendus. Mais, grand Dieu! que ces victoires étaient cruelles et odieuses ! Les vaincus étaient des Francais, de braves gens, crédules,
:.#,%,cgarés, conduits à leur perte par des aventuriers politiques
qui échappaient toujours à nos balles. Au reste la pitié, la “confiance, l'humanité étaient des vertus dangereuses, impra-
Tu
7 ticables et dont il fallait se défendre sous peine de mort. Vous
vous refusiez à achever un homme tombé dans un sillon Ô pendant que vous rechargiez votre fusil, il se traînait sur vos pas et vous frappait d’un coup mortel. Dans une grange où nous devions passer la nuit, nous trouvons dans la paille un blessé qui semblait près d’expirer. Au lieu de le tuer, nous lui donnons un coup d’eau-de-vie, la seule chose que nous eussions. Aussitôt que nous sommes endormis, il met le feu à la grange et tire sur nous à double charge, au moment où nous allions le sauver de l'incendie. Mais son fusil, qu'il avait caché pour ce guet-apens, creva entre ses mains et Jui enleva la mâchoire.
Une autre fois, altéré par une course violente, j'entrai avec un autre volontaire dans une maison pour demander à boire. Un homme qui, sans doute, avait des motifs pour ne pas 5e trouver face à face avec nous, s'était embusqué derrière la porte; il me lance un coup de sabre sur la tête : au cri que je jette, mon camarade lâche son coup de feu dans l'obscurité et le tue. Mon épais chapeau de feutre était coupé de part en part, et si je n'avais pas eu le crâne fendu, ce fut grâce à mon abondante chevelure qui me défendit à ses dépens. Je ne pus empêcher les volontaires de brûler la chaumière. Un coup de sabre, un homme mort, une mai-
son incendiée, tout cela pour une écuellée d'eau! Je me reprochai amèrement ma soif.
Nous tenions tête à l'insurrection, mais pour la dompter, il aurait fallu que nous fussions dix fois plus nombreux ; et l'armée du Nord ne laissait aucun renfort à celle de l'Ouest. Depuis longtemps, les gardes nationaux de notre colonne mobile étaient rentrés dans leurs foyers et avaient été remplacés par des volontaires de la levée en masse. Le représentant du peuple étant satisfait de nos services, nous avait formés en compagnie franche, et nous avions choisi nousmêmes nos officiers, suivant l'usage de ce temps-là, qui appliquait l'élection à tout, comme la primitive Église. Assurément toutes ces troupes nouvelles feraient aujourd'hui la plus étrange figure ; elles s’alignaient fort mal, marchaient x vau-de-route, et ne mettaient pas le moindre ensemble dans le maniement des armes ; mais elles allaient à l'ennemi en chantant, etelles couraient pour l'altaquer avec un élan irrésistible ; formées comme elles l’étaient de toutes les classes de la société, elles étaient douées d’une intelligence bien supérieure à celle de la soldatesque d'autrefois. Je me suis trouvé cent fois au bivouac et au corps de garde avec des gens qui parlaient latin commie des professeurs, qui faisaient de très-jolis vers, ou qui chantaient comnfe notre compatriote Elleviou.
Les meilleurs sentiments étaient habituels dans tous les rangs de ces jeunes soldats, et je pourrais citer autant de leurs bonnes actions que la sultane des Mille el une Nuits fait d'histoires à son seigneur et époux. Je n'en dirai qu'une
seule :
Une belle nuit, la grand’garde, dont j'étais, fut assaillie
par une vive fusillade. Nous ripostämes en nous portant en avant: mais, le feu de l'ennemi ayant cessé, nous reprimes
nos positions. Chacun s’arrangea pour dormir, excepté moi qui fus posé en sentinelle perdue. Mon poste n’était nullement agréable. On y recevait, sans faute, au point du jour, quelque coup de fusil plus ou moins bien ajusté, et un gros chêne qui était le pivot de ma faction, portait la trace de vingt balles, destinées par les tirailleurs ennemis à mes prédécesseurs. En prêtant une oreille attentive aux bruits les plus légers, je crus discerner des gémissements étouffés. C'était peut-être quelqu'un des nôtres, blessé dans l’engasement qui avait eu lieu. Et, comme l'aurore me permettait de distinguer les objets, je m'avançai pour m'en assurer, en prenant, bien entendu, toutes les précautions d’un chasseur qui redoute de devenir lui-même un gibier. Je trouvai tout autre chose que ce que j’imaginais. Dans un fossé entouré de halliers gisait un jeune homme qui était mort ou mourant, et, à genoux près de lui, une grande belle fille qui pleurait à chaudes larmes. « Ah! Monsieur, me dit-elle, en m’apercevant, sauvez la vie de mon pauvre frère ! Il va mourir s’il n’est secouru, et je ne puis rien pour lui! — Mais, répliquai-je, le danger ne sera-t-il pas aussi grand s’il est porté dans la ville? Nous pourrions bien ne pas être les maîtres de l’en préserver. — Sans doute, repritelle; pourtant j'ai confiance en Dieu qui nous protégera : aidez-moi à tirer d'ici ce malheureux qui à perdu tout son sang, et qui va périr tout à l'heure! »
Je n’hésitai point, quoique ce fût alors l’action la plus criminelle que d’arracher un chef de chouan au couperet du bourreau. Je courus au poste, etle chef lui-même avec trois ou quatre de nos camarades vint relever le blessé, pour le transporter dans l’une des premières maisons du faubourg. Nous le coiffâmes d’un bonnet de police et nous jetâmes sur lui la capoie de l'un de nous. À la faveur de ce déguise-
ment nous le fimes passer pour l’un des nôtres, et il put franchir la ligne de nos sentinelles. L'un de nos excellents chirurgiens vint aussitôt le visiter, et reconnut que sa blessure n’était pas mortelle. L'assurance qu'il nous en donna, rendit à la vie la jeune paysanne, qui était attachée à ce lit de douleur, et qui pendant plusieurs jours ne s’en éloigna pas d’un instant. Les vêtements grossiers qu'elle portait, dissimulaient mal que leur enveloppe cachait l’une des plus belles et des premières demoiselles du pays. Sans elle, son frère serait mort dans le lieu désert où il était tombé, atteint par un coup de feu dans l’escarmouche de la nuit. Ne l’ayant pas vu revenir après le combat, elle battit tous les buissons pour le retrouver, et elle venait de le découvrir, mourant et abandonné dans un fossé, quand par un bonheur providentiel, je survins et lui donnai l’aide généreuse de mes bons camarades. Dieu sait à quel prix on nous aurait fait payer cet acte d'humanité, s’il eût été divulgué, mais le secret en fut bien gardé.
Dès que le blessé put être transporté hors de la ville sans trop de danger, on°le mit la nuit dans une barque qui le conduisit à un chasse-marée, et il put gagner l’île de Hédic, où il demeura en sûreté, et se rétablit lentement. En nous donnant de ses nouvelles, sa sœur nous annonça que, pour accomplir un vœu qu’elle avait fait à notre intention, elle était parvenue à délivrer quatre des nôtres, qui étaient prisonniers des paysans, et qui, depuis plusieurs jours couraient risque à chaque instant d’être fusillés. En effet, ces volontaires arrivèrent à Vannes, par mer, fort.étonnés que les ennemis leur eussent permis de vivre et de rejoindre leurs corps.
Il s’en fallait bien que toutes nos aventures eussent ce caractère héroïque ; le plus souvent elles ne dépassaient pas
les plus vulgaires occurrences, sans pourtant être moins pé-. rilleuses. Au retour d’une battue à travers les landes, les
genêts et les broussailles, nous rentrons à la ville harassés
et affamés. Quel fut notre désappointement quand nous ap-
primes que les arrivages de vivres étant suspendus, il n'y avait point eu de distribution, et que nous devions jeuner jusqu'à nouvel ordre ! Le lendemain il en fut encore ainsi.
Ilest vrai qu’on enleva, pour nous le donner, tout le pain
des boulangers, qu'attendaient à leur porte de longues
queues d'habitants; mais il y en eut à peine assez pour
fournir à chacun de nous une bouchée. Une demi-douzaine
de mes jeunes camarades, inspirés par un appétit féroce,
résolurent une expédition de maraude, et me proposèrent
d'en faire partie. J'acceptai à la condition qu'on n’userait pas de violence.
Une heure après, nous étions dans un village qui semblait inhabité. Auprès d'une église en ruines s'élevait une maison dont l'aspect flatta nos espérances. En entrant dans la cour, notre vue fit fuir tout en pleurs une vieille femme, el amena sur un perron un homme de bonne mine, qui nous demanda si nous venions l'arrêter. Je répondis que nous ne faisions pas un si vilain métier, quoique le nôtre ne fût pas des meilleurs, puisqu'il nous laissait depuis deux jours sans manger. « C’est pourquoi, ajoutai-je, nous sommes venus vous demander du pain, en vous croyant plus heureux que nous, qui sommes assez étonnés d'en être réduits à cette indigence. — Bien volontiers, répliqua-t-il, et avee plaisir. Entrez. » Charmés de ces bonnes paroles, nous le suivimes, en laissant toutefois une sentinelle sur le perron pour surveiller le dehors. L’honnête curé, car c'était luimême, vêtu en paysan, nous fit servir un repas abondant. auquel il joignit plusieurs pichers d’excellent cidre. Nous
mangions comme des ogres lorsque le cri aux armes, poussé par notre vedette, nous fit nous lever de table brusquement. , Suivant l'usage du temps et du pays, nous avions gardé chaeun notre fusil entre nos jambes; aussi étions-nous à la mInute en bataille sur le perron du presbytère, prèts à ri-
poster à une douzaine de gars bien armés qui venaient
d'entrer dans la cour. « Ce n’est rien de sérieux, nous dit le curé en se mettant au-devant de nous. Mes paroissiens, qui me sont fort attachés, m'ont cru en danger en vous voyant entrer ici, et ils accourent à mon aide. Je vais les congédier par un seul mot. » L'effet suivit aussitôt la promesse ; il n'eut pas plutôt prononcé quelques paroles en gaëlique, que Îles paysans se retirèrent, mais non pas avant d’avoir reçu sa bénédiction, et de lui avoir témoigné leur respect et leur affection.
La nuit étant venue, notre hôte ne voulut point nous laisser partir sans nous accompagner jusqu’à nos avantpostes. Fl savait probablement que la route n’était pas sans danger pour nous. Pour se faire reconnaître, il se fit devancer par son chien, qui portait dans sa gueule un bâton auquel étaient suspendues deux lanternes. C'était ainsi qu'il éelairait son maître, quand celui-ci devait aller visiter pendant la nuit des malades ou des affligés. Par un instinct qui ne commettait jamais d'erreur, ce chien aboyait aux bleus et choyait les blancs. Il fallut que notre hôte lui expliquât qu'il devait m'aimer malgré la couleur de mon habit. Le sagace animal ne s’en rappela que trop bien. Un jour, à la parade, un chien énorme entra dans le carré des troupes, et le nez au vent, accourut droit à moi me faire mille caresses comme à une vieille et intime connaissance. Mais, s’écria-t-on, autour de moi, c’est le dogue des chouans. Eh! comment le connaissez-vous? me dit d’une voix rude levre-