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présentant du peuple, qui assistait à la parade. La réponse était difficile, car je ne voulais ni mentir, ni dire la vérité. Un bon camarade vint à mon aide, par un lazzi. « C’est D. répliqua-t-il, « un ami qu'il s’est fait, avec les os qu’on nous donne chaque jour en guise de viande. » Les volontaires qui accusaient le représentant de connivence avec les vivriers, partirent d'un bruyant éclat de rire à cette amère allusion, et dirent hautement, comme à la salle d'armes : Bien touché! Pendant ce colloque, le chien avait décampé, et il avait très-bien lait, puisque, pour le tuer en toute justice, on prétendait déjà qu’il devait servir d’espion à l'ennemi, et lui porter des avis dans son collier. Comme il n'était pas d'humeur à se laisser fouiller par la douane politique, il fallait bien évidemment commencer par lui casser la tête, pour s’assurer s’il était innocent, Il y avait alors à l’usage des hommes, des expédients judiciaires qui différaient très-peu de celui-là, et bien m’en prit de ne laisser aucun prétexte à la rancune du proconsul, pour l’affront qu'on lui avait fait publiquement, et dont j'avais été la cause.
I ne faut pas juger, par les exemples que J'ai donnés, la guerre que nous faisions. Sans doute quand l’un des deux partis avait fait preuve d'humanité, l’autre l’imitait et s’efforçait de se montrer encore plus généreux ; mais il survenait de nouveaux chefs ou des ordres plus rigoureux, et l’on retombait dans la barbarie. Nous n'avions pas un moment de sécurité, de repos, de sommeil paisible ; il ÿ avait sans cesse des alertes qui ne nous permet taient de quitter ni nos habits ni nos armes. Si vous voyiez au loin, dans la campagne, une tête d'homme pardessus les buissons, vous étiez sûr d'entendre bientôt une balle qui vous sifflait aux oreilles, trop heureux encore d'avoir eu affaire À un mauvais üreur. Les anciens gardes-
chasse ne vous en tenaient pas quittes à si bon marché.
Nous nous étions accoutumés aux dangers, mais Nous ne pouvions nous habituer à la misère, moi surtout qui n’y étais pas préparé. Notre corps, étant considéré comme une compagnie d'élite, avait été posté à l'avant-garde, dans un faubourg, et logé chez les bourgeois, ou plutôt chez les pauvres gens, tandis que les bataillons de volontaires étaient casernés en masse dans les églises, qui étaient froides, humides, et sentaient le sépulcre. Mon jeune camarade ayant déserté, dès le premier jour, par une sage prévision du sort
qui nous était réservé, je demeurai seul dans le logis qui
m'était échu. Ma vieille hôtesse, d’abord fort-revêche, me prit en affection, et m'aida de son mieux à vivoter. Elle me faisait de la soupe au beurre, avec des légumes et sans pain, car je ne pouvais me résoudre à manger de cet aliment immonde qui, par sa couleur et son odeur, ne ressemblait en rien à ce dont il portait le nom.
Enfin nous recûmes l'ordre de notre départ, après une campagne d'hiver, prolongée pendant plus de cinq mois, et qui avait été pémible, meurtrière et sans autre succès que d'avoir arrêté l'ennemi, et fait échouer le projet qu'il avait de s'emparer de la ville de Vannes. Nous nous acheminâmes tantôt par mer, tantôt par lerre vers le département du Finistère, où l’on allait former un camp pour couvrir le port de Brest, exposé à des tentatives de l'ennemi pour lui faire éprouver le sort désastreux que subirent, l’année suivante, le port de Toulon et la flotte qu’il renfermatt.