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porter qu'il y avait quatre pieds et demi d’eau dans le puits du vaisseau, et que les pompes étaient impuissantes pour nous affranchir. Dans cette extrémité, on appela tout le monde, jusqu'aux officiers et même aux blessés, au service des pompes. Les calfats plongèrent dans les parties accessibles de la cale pour découvrir les voies d’eau, et les boucher provisoirement avec des couvertures goudronnées, assujetties au moyen de planches clouées en croix. Les charpentiers firent en dehors les mêmes opérations, et réussirent à fermer cent cinquante trous de boulets au niveau de la mer ou au-dessous. Ces soins pénibles et périlleux furent récompensés. Le capitaine lui-même reconnut que nous avions gagné deux pieds sur la submersion des basses-œuvres du vaisseau, et qu’en persévérant dans le travail des pompes, nous avions une sorte de sécurité à moins qu’un bordage ne vint à larguer. Cette redoutable éventualité était très à craindre, les parties du bâtiment qui étaient criblées, étant en même temps fort ébranlées par la perte de leurs ferrements et surtout de leurs énormes boulons.
Il n’y avait dans toutes ces circonstances qu'une menace de mort suspendue sur notre vie, et l'habitude du danger en rendait l'impression moins vive; mais j'éprouvais un profond sentiment d’horreur que ma raison ne pouvait vaincre, à l'aspect du charnier sanglant dont la batterie hasse m'offrait l’affreux spectacle. Il avait fallu d’abord y établir les blessés qui ne trouvaient plus place dans l'hôpital du faux pont ; et ensuite, quand les eaux avaient forcé d'abandonner ce dernier lieu, on avait dû remonter avec des peines infinies, et mettre côte à côte sur deux rangs, dans la batterie, cette foule de malheureux atteints de blessures dangereuses où mortelles. Les moins à plaindre étaient ceux qui avaient un matelot, un ami, un frère attachant son devoir à leur
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donner tous les secours possibles dans notre affreux dénûment. Au moins parvenaient-ils à satisfaire leur soif, tandis que les autres faisaient entendre vainement des prières ou des imprécations sans pouvoir obtenir un peu d’eau; car il était très-difficile d’avoir à boire au milieu de la destruction de tous les approvisionnements du bord. Beaucoup, il est vrai, étaient délivrés successivement des misères de la vie, et, par leur départ, rendaient moins serrés les rangs des survivants. Je me souviens que, dans la matinée du lendemain, ayant entendu, le long du bord, un grand tumulie, dans la mer, je demandai à un quartier-maître quelle en était la cause. C’est le père Simon, répondit-il, un vieux Camarade de trente ans, que nous venons de jeter par-dessus le bord, et dont les requins se disputent et se partagent le cadavre. Ces affreux animaux nageaient en troupe autour du vaisseau, en attendant qu'on leur jetât une proie; ils y comptaient à ce point qu’ils nous accompagnèrent au retour jusque devant Ouessant.
Sans être précisément blessé, je n’en valais guère mieux ; j'avais le corps et les membres couverts de meurtrissures douloureuses et d’écorchures saignantes. Les détonations de pièces de trente-six à quelques pouces de mes oreilles m avaient rendu sourd; et j'avais les bras disloqués par le poids énorme d’un écouvillon et d'un refouloir de gros calibre qu’il m'avait fallu manier pendant le combat ; j'avais cru d’abord qu’une blessure grave m'avait été faite à la figure par les éclats d’un bordage de sapin qu'un boulet avait fait sauter près de moi. Mais j'en avais été quitte pour de nombreuses piqûres, sauf une esquille de bois, longue de quatre pouces, qui s'était logée dans ma joue droite audessous de l'œil sans pénétrer très-profondément. Quand je fus trouver le chirurgien pour me débarrasser de cet hôte
incommode, je fus fort mal édifié de le voir tirer, pour m'’exciser la face, ses couteaux sanglants et ébréchés par l’usage qu'il venait d’en faire ; je le remerciai de sa bonne intention en refusant d'en accepter les effets ; on verra tout à l’heure que c'était le meilleur parti que j'avais à prendre.
La nuit était venue, et le silence régnait sur ce champ de bataille, où six mille bouches à feu avaient tonné tout le jour. On n’entendait que le bruit des pompes et celui du marteau des calfats, qui luttaient contre la mer pour l’empêcher d’engloutir les vaincus et les vainqueurs dans ses abîmes, et de les donner indistinctement en pâture aux requins. Après avoir épuisé aux travaux des batteries le peu de force qui me restait, je m’enfuis de l’entrepont, où l'on respirait un horrible odeur de carnage, et j’allai me recommander à un vieux timonier avec qui, d'ordinaire, je parlais d'hydrographie. Ce digne homme me roula aans un pavillon, et me coucha dans un coin de la dunette, le seul endroit où je pusse être en repos La soif me dévorait les entrailles ; mais dans un vaisseau ravagé comme le nôtre, il était impossible de trouver une goutte d’eau, et mon canarade m'exhorta à la résignation. Un moment après, quelqu'un s’approcha et me dit à voix basse de me lever. C'était le capitaine, le capitaine lui-même, qui nous avait entendus et qui venait me donner à boire. Je fus si touché de cette bonté que je ne pus trouver une parole et que je me mis à pleurer. Cet homme si bienfaisant avait été l’un des héros de cette grande bataille, et moi qu'il traitait avec cette tendresse paternelle, je n'étais qu'un pauvre jeune homme qu'il avait à peine vu remplissant son devoir au milieu de la furie du combat. Il est douteux qu’un souslieutenant sorti récemment de l’école voulût maintenant descendre de sa dignité pour faire une pareille action;
mais alors la bonté était, dans tous les rangs, bien moins rare. Je me rappelle avec une douce satisfaction que, pendant le retour de l’escadre, mes camarades me voyant exténué par les rudes épreuves de la campagne, allèrent, sans m'en rien dire, demander au lieutenant de m'exempter du quart, se proposant pour le faire chaque nuit à ma place. Les officiers qui avaient relevé leur marmite, s'étant persuadés que c'était faute de nourriture que je m'affaiblissais graduellement, arrêtèrent qu’il me serait envoyé chaque jour un dîner de leur table. Je refusai inutilement; pour surmonter ma répugnance, ils prétendirent que c'était un ordre de service, et que je n'étais pas libre d'en agir à mon gré. Voilà dans la vie intime ces Français de 179% que, pendant un demi-siècle, l'Europe et même leur propre pays ont condamnés en masse comme des buveurs de sang.
Nous attendions le jour avec une impatience inexprimable : il devait nous montrer qui de nous ou de l'ennemi était resté victorieux ; il devait nous expliquer comment la nuit s'était passée sans que nous eussions eu aucune nouvelle de notre escadre. Nous fûmes cruellement désappointés quand l’aurore nous retrouva, comme avant la bataille, environnés d’un brouillard épais qui ne laissait rien voir autour de nous. Du milieu de cette brume, s’élevèrent dés cris plaintifs qui émurent nos matelots, disposés à croire que c'était une manifestation surnaturelle qu'il fallait attribuer aux âmes de nos camarades départis. Après bien des conjectures et une longue attente, on découvrit enfin à la mer un pauvre diable qui y séjournait depuis la veille, amarré à une cage à poulets. C'était un marin de l'équipage du Vengeur. Ce vaisseau, attaqué par trois vaisseaux ennemis, avait refusé de se rendre ; battu en brèche et démantelé, il avait continué de se défendre jusqu’à ce que l’eau envahit
ses batteries ; et déjà à moitié coulé, il avait maintenu son pavillon. Quand il disparut sous les flots, son équipage réfugié sur ses mâts, et déjà réduit à moitié par le combat et la mer, faisait encore entendre les cris de vive la République. Quelques hommes furent sauvés par l'ennemi ; et d’autres, comme le marin que nous recueillimes, s’en furent en dérive sur des débris, avec la chance, s'ils ne rencontraient point d'assistance dans la solitude de l’Océan, de mourir bientôt dévorés par la faim ou par les poissons avides de chair humaine.
Au moment où le voile du brouillard se leva, nous fûmes frappés de surprise. Les deux flottes, la nôtre et celle de l'ennemi, étaient loin de nous, à une demi-lieue ou davantage ; la première sous le vent et la seconde au vent à nous; elles étaient bien ralliées et semblaient à cette distance en tolérable état. Toutefois, il manquait à une partie de leurs vaisseaux, des vergues, des mâts de hune, des cornes d’artimon ou quelque autre chose plus ou moins indispensable ; mais ce délabrement n’était rien auprès de celui des bâtiments qui étaient restés sur le champ de bataille, incapables de s’en éloigner. Il y avait là, autour de nous, quinze ou seize vaisseaux de ligne totalement désemparés et dont aucun n'avait de mâts, ni par conséquent de voiles ni d’agrès. N'ayant rien pour attacher leur pavillon, on ne savait trop s'ils étaient français ou anglais; tout examen fait, il se trouva qu’il y en avait autant des uns que des autres. Nos marins, qui connaissaient la physionomie de chaque bâtiment, signalèrent : l’Impétueux, l' Achille, le Juste, l'Amérique, le Northumberland et le Sans-Pareil, tous vaisseaux de 74, excepté le dernier qui en avait 84. On apprit, le soir, que le Jacobin avait coulé, puisqu'il n'était pas compris dans ce nombre.
Notre première idée fut que notre flotte allait venir nous chercher et ramasser les vaisseaux ennemis qui, étant hors de défense, pouvaient être amarinés, c'est-à-dire occupés sans coup férir, aussi facilement que le lendemain le furent les nôtres. Mais nous commençâmes à en douter, en considérant que notre escadre était sous le vent. Comment était-elle tombée dans cette position désavantageuse? Nous Vignorions ; et ce fut seulement plus tard qu’il nous fut dit que l'avant-garde, qui, dès le commencement des manœuvres du combat, avait montré de l’indécision, s’était trouvée affalée après la bataille, très-lom du lieu de l’action. L’amiral Villaret, qui y était resté avec nous, se vit forcé de rallier sous le vent le gros de son escadre, espérant la ramener sur le champ de bataille, et, s'il le fallait, y recommencer le combat. Ce généreux dessein ne put être réalisé. En parlant de ce triste jour, l'amiral, quinze ans après, en avait le cœur navré, et me disait qu’il ne s'en consolerait jamais.
Pour nous, qui ne savions pas ce qui se passait dans notre escadre, nous comptions sur son secours el nous anticipions la prise de sept ou huit vaisseaux anglais qui gisaient épars parmi les nôtres, attendant que l’un des deux amiraux vint les chercher. La journée se passa ainsi en espérances trompeuses et déçues et en impatience pleine d'irritation. Vers le soir, un brick léger, armé de huit canons, le Papillon vint à nous en passant toui près des vaisseaux anglais désemparés. Par bonheur, donnant au Jemmapes la préférence sur les autres bâtiments, il offrit à notre capitaine de le prendre à la remorque. Aussitôt, une drisse fut jetée à son bord; elle y conduisit ensuite un grelin, et suivant l'impulsion de ce frêle aviso, nous nous mimes en route. Une voile de fortune attachée à un mâtereau
qu'avec des peines infinies nous étions parvenus à dresser : seconda notre remorqueur et nous fit rejoindre la flotte. En la retrouvant, il nous sembla retrouver la Patrie perdue. Ün signal nous prescrivit de continuer notre navigation, et grâce à de nouvelles voiles que nous installâmes, chemin faisant, sur quatre bas mâts établis d’une manière miraculeuse , nous réussimes à suivre l’escadre pendant huit jours et à mouiller avec elle dans la baie de Berthaume, à l’entrée du goulet de Brest, le 10 juin ou 22 prairial. Sur 19 vaisseaux, 1l y en avait cinq traînés à la remorque. Réduite à cet état, la flotte réussit pourtant à atteindre le grand objet de son armement et de sa sortie ; mais il faut l'avouer humblement, ce fut bien plutôt par un coup de la fortune que par une opération conçue stratégiquement. Pour intercepter le grand convoi d'Amérique, l’amirauté anglaise avait non-seulement envoyé au-devant de lui l’escadre de 36 vaisseaux que nous avions combattue, mais encore elle avait chargé une autre escadre de 12 vaisseaux de l’attendre à son atterrage sur l’île d’Ouessant. Cette force navale avait déjà prouvé sa vigilance en obligeant à rebrousser chemin une escadre de six vaisseaux sortie de Brest pour rejoindre notre flotte. Si le convoi avait gagné seulement quatre jours sur sa traversée depuis New-York, il tombait au milieu de ces vaisseaux du blocus, et il était perdu. Le hasard voulut que les vaisseaux ennemis se fussent aventurés très-avant dans l'entrée de Berthaume, quand notre flotte parut à l'horizon. Ignorant si elle était victorieuse, et se trouvant entre elle et la terre dans une mau- -vaise position, ils firent sauve qui peut et s’enfuirent vent arrière dans la Manche. Leur retraite ouvrit un libre passage au convoi, qui vint 48 heures après au mouillage, au nombre de 200 voiles, assurant par les blés qu’il apportait la
subsistance publique. Son arrivée sans perte d’un seul navire frustra complétement les projets du ministère anglais, et fit manquer son objet au vaste armement d’une double flotte. Il est vrai que la bataille navale du 1 jum donna une grande célébrité à la marine anglaise et une belle renommée à l'amiral Howe ; mais ses avantages réels furent bien moins grands qu'ils ne le parurent, et qu'on ne l’a dit. Les vaisseaux capturés n'étaient, en exceptant le Sans- Pareil, que de vieilles carcasses bonnes seulement à faire des pontons, et l'on n'en tira pas en Angleterre un meilleur parti. Malgré une supériorité de nombre vraiment écrasante, la flotte anglaise ne put ni prendre à l’abordage, ni faire amener aucun de nos vaisseaux. Ceux qui tombèrent en son pouvoir ne furent point pris dans le combat, ils furent ramassés vingt-quatre heures après comme le sont par le premier venu les morts et les blessés abandonnés sur un champ de bataille. Une escadre mal équipée n'ayant qu'un très-petit nombre d'officiers et de matelots expérimentés, soutint intrépidement pendant tout un jour le combat acharné que lui livrait une escadre beaucoup plus forte, bien commandée et pourvue de marins d'élite. Nos jeunes équipages, qui tenaient la mer et se baitaient pour la première fois, égalèrent en courage et en persévérance la vieille marine royale d'Angleterre, et ils laissèrent l’exemple glorieux d’un vaisseau dont l'équipage aima mieux périr que d'amener son pavillon.
Il faut rendre cette justice à l'ennemi qu'il manœuvra avec une habileté supérieure qui lui assura constamment l'avantage du vent. Il fit preuve de résolution dans l'attaque de notre ligne, et d’une prudence consommée en sortant du
combat pour reprendre son ordre de bataille qui lui don- :
nait l'initiative des opérations. Ajoutons avec une égale 1m-
M: partialité, qu’il témoigna des sentiments de bienfaisance et
Ton d'humanité lorsque le Vengeur s’enfonça dans les flots, et qu'il s’eflorça de sauver les hommes qui n'avaient pas été engloutis dans le tourbillon formé par la mer quand ce vaisseau disparut.
Lorsque nous mouillâmes sur la rade de Brest, la divi- ‘sion que nous avions trouvée à Berthaume ayant presque - rempli les vides causés par la bataille, nous avions à peu près le même nombre de vaisseaux qu'au moment du dé- ” part, mais c'était une ressemblance illusoire. Tous les bätiments qui avaient combattu étaient criblés de boulets : deux ou trois de leurs sabords n’en formaient qu'un seul, /les bordages entre eux ayant été détruits par l'artillerie. Les voiles étaient percées de plusieurs centaines de trous ; les haubans étaient rompus, les manœuvres coupées, et les mâts remplacés par tous les bois de rechange qu’on avait pu mettre en œuvre. Il n’y avait plus à bord ni poudre ni boulets, et les parcs de l'arsenal étaient épuisés. Enfin, et
c'était là notre plus cruelle détresse, il nous manquait nos meilleurs matelots et nos artilleurs les plus expérimentés la moitié de ceux qui nous restaient étaient, par leurs blessures, incapables de tout service. Pendant quatre Jours, les rues de la ville conduisant à l'hôpital Saint-Louis virent de longues files de brancards transporter nos malheureux blessés dans ce séjour qui, pour la plupart d’entre eux, devait être le dernier. La pourriture des plaies se déclara dans cet encombrement de malades, et la mortalité devint terrible. Malgré ma répugnance, il fallut bien me résoudre, en débarquant du Jemmapes, à me rendre à l'hôpital de la marine pour me faire opérer. Je me présentai à la visite du chirurgien en chef, célèbre par son habileté et ses exceniricités. Il y avait là cent personnes qui attendaient un
arrêt de sa bouche en tremblant pour l'intégrité de leur personne. Un jeune élève m'obtint un tour de faveur, sous prétexte que j'étais un cas rare. Le savant opérateur explora ma joue endommagée, et, d’un coup de pince, il réussit, presque sans douleur, à en extraire un long morceau de bois qu’il montra d’un air de triomphe aux spectateurs étonnés de sa dextérité. Vous avez bien manqué, me dit-1}, de devenir borgne ; mais, ajouta-t-il avec la licence de langage qu'il affectait, allez, mon cher enfant, n'ayez aucune crainte, vous serez toujours un miroir pour les jolies filles *. Je fus très-choqué de ce propos, malgré le pronostic qu'il renfermait; mais je n’eus pas le temps d'en rougir. Deux aides s’emparèrent de moi et me couvrirent la figure de bandelettes de compression et d’agglutination. Ainsi équipé, je fus présenté au médecin en chef, M. Billiard, qui déclara que je ne pouvais sans danger rester à l'hôpital, attendu les progrès de la contagion parmi les blessés. Je partis avec un convoi pour Pontanezen, succursale de Saint-Louis située à une demi-lieue de Brest, et réservée d'ordinaire aux convalescents. Tout y était comble ; et, faute de place, nous dûmes continuer notre route jusqu'à Lesneven, petite ville dont l’hôpital avait une heureuse renommée parmi les marins. Cependant, presqu'en y arrivant, je m’évanouis; je fus pris d’un délire sans relâche quand j'eus recouvré mes sens, et je demeurai huit jours dans un état désespéré. J'avais le typhus. Ma jeunesse, et surtout les soins habiles et affectueux du médecin de la maison, M. Després, me sauvèrent la vie. Je dus aussi beaucoup à la bonté compatissante des sœurs de la charité qui faisaient le service auprès des malades, et qui me traitèrent avec une tendresse mater-
1 À looking-glass for some whores.
nelle. J’en conservai un souvenir qui résista à toutes les vicissitudes de ma vie; et, lorsque, vingt-trois ans après, un excellent ministre de la Marine et des Colonies, M. Portal, me consulta sur les moyens de diminuer la mortalité de la Guyane, je mis au premier rang de ceux que j’indiquai, de confier le soin des hôpitaux aux sœurs de la charité. Dix d'entre elles furent, d’après ma proposition, envoyées à Cayenne, et y rendirent les meilleurs et les plus importants services. Mais une épidémie ayant éclaté, elles devinrent toutes, jusqu’à la dernière, victimes de leur pieux dévoue-. ment; et, par la plus cruelle fatalité, ma tendre reconnaissance pour elles fut la cause de leur mort.
La grande bataille navale du 13 prairial est, au jugement des vieux marins, l’action la plus sanglante et la mieux disputée dont le xvir siècle ait été témoin. Elle fut perdue, si l’on compte les vaisseaux qui tombèrent au pouvoir de l'ennemi; mais elle fut gagnée puisqu'elle atteignit son but en empêchant la flotte anglaise d’intercepter le convoi d’Amérique qui devait être le prix de la victoire, et qui entra à Brest triomphalement.