‹ Aventures de guerreChapitre 35 sur 62 · RIDE · texte numérisé non relu

RIDE

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trémité de la presqu’ile contre un ennemi venant de la mer, et l'on s’en servit pour armer les retranchements destinés à repousser les attaques du côté de la terre. Cette position était extrêmement forte et pouvait passer pour imprenable, car elle était flanquée à sa droite par une flotülle de chaloupes canonnières ennemies, et à sa gauche par les bâtiments de l’escadre anglaise, qui d’ailleurs communiquaient perpétuellement avec les petits ports de la presqu'île.

Néanmoins et malgré ces avantages, c'était une opération militaire vraiment stupide que d'entreprendre une invasion pour venir claquemurer dans une forteresse la meilleure partie de ses troupes, au lieu de leur faire prendre l'offensive sur-le-champ.

Au moment de l'apparition de l’ennemi, l’armée de l'Ouest était disséminée dans toute la Bretagne, pour comprimer l'insurrection des campagnes prête à éclater ; elle était d’ailleurs fort peu nombreuse; mais elle avait pour chef le général Hoche, l’un des meilleurs hommes et des plus grands capitaines qu'ait eus la France pendant la Révolution, période qui fut pourtant si féconde en génies militaires. La Convention, instruite par le télégraphe da débarquement des émigrés, ne perdit pas un instant à soutenir par son omnipotence révolutionnaire le pouvoir du général en chef: elle fit partir à la minute deux de ses membres : Blad et Tallien, qui arrivèrent à Vannes dès le 4° juillet. Ces représentants purent voir de la côte du Morbihan les mouvements de l'ennemi et chacune de ses entreprises, depuis la pointe de Saint-Gildas, où gisent les ruines du couvent habité par Abeïlard, jusqu'aux mille pierres de Karnac où le camp de César était, dit-on, situé il y a deux mille ans. Dans l'immense bassin de Quiberon, compris entre ces points extrêmes, la flotte anglaise était à l’ancre et lançait

dans toutes les directions ses transports et ses chaloupes chargées de troupes, d'artillerie, de vivres et de munitions, destinés à soutenir et fomenter la guerre civile dans nos malheureuses provinces.

Aussitôt que nos troupes furent ralliées, Hoche se mit à leur tête et se porta sur la ville d’Auray, qui fut prise de vive force. Karnac et Landevan furent évacués par l’ennemi, qui abandonna pareillement le village de Sainte- Barbe, position essentielle à l'entrée de la presqu'île de Quiberon et qui commande ses communications avec le littoral. Le général en chef en reconnut les avantages, avec ce coup d'œil d’aigle qui le caractérisait. Il venait de donner l’ordre de s’y retrancher, quand les grenadiers réunis, à qui j'étais attaché, arrivèrent sur le terrain. Des cinq redoutes qui durent être construites, celle du flanc droit nous échut. Elle fermait un chemin qui, prolongeant le rivage septentrional de la presqu'île, conduisait au fort Penthièvre, dont on découvrait à la distance d'une lieue et demie le rocher couvert de forüfications. Le pavillon blanc y remplaçait le pavillon tricolore.

Le capitaine me confia l’exécution de la redoute, qu’un officier du génie nous avait seulement tracée. Nous mîmes tant de diligence à la faire que le soir elle était terminée, malgré un obstacle fort grand: c'était le défaut de terre et de gazon. Tout autour de nous n’était que du sable de mer qui séboulait quand on essayait de l’entasser pour construire un terre-plein. L'idée me vint d’y mêler du fumier . pour empêcher le sable de glisser ; et cette sorte de matériaux étant en abondance dans tous les villages de la Basse- Bretagne, je réussis à élever et à consolider les revêtements de notre redoute. Sans cette invention il nous aurait fallu prendre de la terre dans les seuls endroits où il y en avait,

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