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CHAPITRE VIII

PORT D'ESPAGNE. —— TRINITAD.

Septembre 1798,

Jusqu'alors les fléaux dont j'avais été témoin et qui Lio à avaient mis la force de mon âme à de si rudes épreuves, poil étaient nés de la violence des passions humaines, et la | | nature n'y était pour rien. Quand, le 10 août, le sang ruis- EME selait entre les pavés du Carrousel et sur les dalles des Tuil- | leries, le ciel était radieux ; — quand soixante vaisseaux de ligne français et anglais précipitaient à la mer les COrps encore palpitants des hommes tombés dans la bataille du a 13 prairial, l'Océan développait des ondes tranquilles; — He ce fut enfin par une nuit stellaire, comme le Midi seul en qe connaît, que l'horizon fut éclairé par l’effroyable incendie du port et de la flotte de Toulon. Mais c'était, au contraire, la nature qui venait de réunir toutes ses forces dévastatrices pour ravager la malheureuse île de Saint-Vincent, et réduire au désespoir sa population. Il ne restait plus aucun vestige de ses cultures : l'ouragan avait tout balayé : ses carbets étaient renversés, et lorsque je descendis de la

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montagne, je trouvai couchées sur la terre inondée, sans aliments et sans espoir d'en avoir, toutes ces familles caraïbes qui, la veille, étaient dans l'abondance et la prospérité.

Les chefs étaient rassemblés et assis en cercle sur la place où quelques heures avant s'élevait la grande case du conseil, ornée des trophées de la victoire. Pakiri, leur cacique, comme disaient les Haïtiens, m’appela près de lui,

et me demanda par quelle inspiration de l'esprit supérieur

des Blancs pouvait être secouru contre la famine ce peuple désolé.

J'écrivis aussitôt au crayon, sur une feuille déchirée de mon carnet, une lettre au général Hugues, pour le sup-

plier d'envoyer, à l'instant, des subsistances aux Caraïbes

affamés ; sans quoi, malgré leur haine contre les Anglais, ils n’auraient point d'autre ressource que de se jeter dans leurs bras. J'étais si sûr de l'effet que produirait cette expectative menaçante sur le proconsul, que je n’hésitai pas à promettre au conseil un prompi SECOUS, si cette lettre parvenait de suite à la Guadeloupe. La pirogue la plus rapide fut expédiée sur-le-champ avec un chef chargé de

remettre lui-même cette lettre au général, partout où il

pourrait le trouver.

Il ne fallait pas moins qu’une espérance aussi vive pour faire supporter la triste nouvelle que Sainte-Lucie, dévastée pareillement, ne pouvait rien faire en faveur de Saint- Vincent, et qu'au moment où des secours lui avaient été demandés, ses habitants allaient en réclamer pour euxmêmes. |

Au milieu de ce désastre,on tira quelque assistance d’une particularité de l’organisation de deux plantes alimentaires. Toutes les moissons exposées à la violence de l'ouragan

avaient péri, et il ne restait aucun vestige des champs de maïs et des plantations de bananiers. Mais les racines féculifères : le manioc et l’igname avaient échappé dans la terre à la destruction, quoique leurs tiges eussent été coupées par le vent au ras du sol. On les retrouva sous les alluvions apportées des montagnes par les torrents, et la population put du moins attendre, en les recueillant, une subsistance plus assurée et moins insuffisante. - Un projet, qui me parut judicieux, fut proposé par Pakiri au conseil, dont il reçut l’approbation. A une époque éloignée, que ne pouvaient exprimer les chiffres de la langue caraibe, un galion espagnol vint, à son retour du Mexique, se briser sur les rochers de Saint-Vincent. Il en fut retiré, avec des objets utiles, des barils remplis d’or monnayé. Les sauvages habitants de l’île, n'ayant que faire de ce trésor, l’enfouirent dans une caverne des Mornes, et le secret de cet endroit n'était connu que par la tradition qu'en conservait le grand chef. Il fut décidé qu'on prendrait sur ce trésor l’argent nécessaire pour acheter des subsistances à la Trinitad, île espagnole qui, touchant au continent de l'Amérique, était pourvue abondamment, et à bas prix, de toutes les sortes de vivres dont Saint-Vincent avait un st pressant besoin. Une pirogue de guerre, armée de soixante rameurs, fut équipée aussitôt, et Pakiri lui-même se chargea de conduire cette importante expédition. Il me pressa, ainsi que les autres chefs, d'y prendre part, afin de l'aider à surmonter les obstacles qui pourraient se présenter, et d'employer, s’il le fallait, pour réussir, le nom redouté du général dont j'étais commissionné près d’un allié de la France, le plus fidèle qu’elle eut jamais, puisqu'il le fut jusqu’à la mort. , La vie incertaine de l’homme de mer et du soldat leur

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