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dont il était probablement l'auteur, mais qui venait d’avorter. L'année suivante, il ne fut pas plus heureux le 40 août. Trois ans après, je le retrouvai à Quiberon, fuyant devant les grenadiers réunis du général Hoche. Une de nos balles l’atteignit, et il alla mourir à bord d’un vaisseau anglais.
La présence de cet homme à la tête des spadassins qu'il dirigeait, ne laissait aucun doute sur la nature des desseins dont il voulait assurer l'exécution, et qui furent accomplis quatre mois plus tard, par la fuite du roi, suivie malheureusement de son arrestation à Varennes.
Cette journée, qui ne fut avantageuse à personne, demeura dans une obscurité mystérieuse ; et ses particularités sont restées inconnues ou douteuses, aucun témoin oculaire ne les ayant révélées jusqu’à ce jour. Elle eut pourtant des effets très-graves; elle fit éclater une guerre ouverte entre les trois partis, qui s’épiaient depuis longtemps, et elle amena la fin de l'ordre de choses qu'avait consolidé la Fédération de 1790. |
La Fayette tint loyalement la promesse qu'il avait faite au roi, d'empêcher que cette bagarre politique n’eût des suites judiciaires ou ne devint l’objet d’une polémique irritante dans les journaux. Le public, mal informé, n’y vit qu’une rixe dans un lieu qui aurait dû être mieux hanté, et d’où l’on avait chassé assez rudement des gens de mauvaise compagnie. C'était travestir en une scène de guinguette une tragédie à laquelle il ne manquait qu’un Catilina ou un Olivier Cromwell.
Le général, qui avait arrêté le sang prêt à couler, fut mal récompensé de son dévouement. La Cour le maudit pour le service qu'il lui avait rendu, et qui manifestait le pouvoir qu'il était maître d'employer contre elle. La ville le railla
d'avoir été dupe du stratagème qui l'avait envoyé à Vincennes pour se débarrasser de lui aux Tuileries.
Le roi éloigna ses meilleurs serviteurs par ses incertitudes, qui tour à tour le laissaient entraîner vers Coblentz ou le retenaient à Paris. On blâma sévèrement l'introduction dans son palais d'aventuriers qui le compromettaient sans le servir en rien.
Santerre, qui se posait comme le général de la future republique, ne fut pas épargné ; on se moqua de sa tentative d'arrêter La Fayette, et de ses manifestations, qui semblaient l’accuser de complicité avec les chevaliers du poignard, nom par lequel on désignait les malheureux enrôlés dans cet absurde complot.
Bailly, qui humiliait sa réputation de savant par sa mauvaise administration municipale, fut stigmatisé pour n'avoir rien su prévoir ni réparer, et pour avoir abandonné tout au hasard, Pendant les événements périlleux de cette journée, personne n'aurait cru que le maire de Paris était un homme de mérite et d’un beau caractère.
Quand je descendis dans la cour des Princes, je la trouvai remplie de gardes nationales qui arrivaient de toutes parts aux Tuileries. Je recueillis, en passant, mille malédictions contre ceux qui avaient délivré les prisonniers. Ces nouveaux venus en parlaient facilement, et, sans aucun doute, ils auraient agi comme nous, s’il leur avait fallu faire main basse sur des hommes qui avaient le courage de ne pas vouloir se défendre. l
J'allai trouver mon commandant qui m'avait fait demander. — Mon enfant, me dit-il, vous avez été à mes côtés pendant tous ces événements, et vous les connaissez comme moi ; pourriez-vous en faire le récit ? Sur mon affirmative, il ajouta à voix basse : M. de EaFayette vient, à tort ou à raison,
de se charger d’une lourde responsabilité; je ne suis pas disposé à la partager, et je veux remplir mes devoirs envers mes électeurs, en leur rendant compte de ce qui vient de se passer. J'allais leur faire un rapport écrit, mais je n’ai pas l'esprit assez libre, et je préfère vous envoyer au comité de la section, qui est en permanence. Vous lui direz succinciement ce qui est arrivé, et il saura ce qui lui reste à faire.
J'acceptai avec plaisir cette mission d'état-major, la première de celles que j'ai remplies pendant quarante ans. Le commandant me donna le mot d'ordre, en y joignant quelques instructions, et il me fit sortir lui-même du château, par la grille du quai. Je m’acheminai d’un pied léger vers les Minimes, où je trouvai les réverbères éteints, et la garde nationale dormant dans la plus profonde paix.
Mais le Comité veillait, et je fus introduit devant lui aussitôt qu'on lui eùt annoncé une ordonnance arrivant à l’instant des Tuileries. Après avoir prouvé l’authenticité de ma mission en donnant le mot d'ordre à Tallien qui présidait, je fis brièvement le récit des événements de la nuit. Certinement un si beau thème m'aurait valu au collége de Rennes un légitime succès ; mais, ici, mes auditeurs étaient tellement préoccupés du sujet de ma relation, qu’ils ne me tinrent aucun compte de la forme; ils m'interrompirent cent fois par des exclamations passionnées ; et le président fut obligé d'intervenir pour tâcher qu’on m’entendit d’abord, sauf à me faire ensuite toutes les questions qu'on Jugerait nécessaires. Je m'en tirai de mon mieux, sans être intimidé, et avec un mérite de discrétion qui n’était guère de mon âge.
Tallien venait de me remercier avec effusion, quand un personnage qui se chauffait debout à la cheminée, et qui
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me parut étranger au Comité, s’approcha de la table qu’environnaient les membres, et m’adressa la parole avec une autorité qui se montra, non-seulement dans son langage, mais encore dans le silence qu’on fit pour l’écouter. C'était un homme corpulent, à large figure, ayant le verbe haut et des yeux hardis et pénétrants. La garde nationale, me demanda-t-1l, était-elle résolue à tuer ces misérables? — Assurément, Monsieur, répondis-je, s'ils s'étaient défendus. — Mais, reprit-1l avec une logique impitoyable, ces gens-là n'étaient pas des ennemis sur un champ de bataille ; c’étaient des conspirateurs, par conséquent des criminels; or, la justice tue les criminels sans rémission, et ne lutte point contre eux. Je me gardai bien de faire une
réponse sérieuse à cet argument farouche. Monsieur, lui.
dis-je, si vous aviez été témoin de l'événement, vous n’auriez aucun regret que justice ne soit pas faite. Ces conspirateurs sont d’une si rare espèce, qu'un pays qui les possède doit les conserver, ne serait-ce que dans la crainte qu'il ne naquît de leurs cendres des gens plus habiles et plus courageux. — À la bonne heure, répondit-il avec un rire bruyant; mais s'ils y reviennent, je vous les recommande. Je m'inclinai en marque d’assentiment.
Quel est donc ce gentilhomme, dis-je en sortant au vainqueur de la Bastille, qui servait de planton au Comité. Comment, s’écria-t-il, vous ne le connaissez pas | c’est l'ami de M. Tallien, l'excellent M. Danton.
Lorsque enfin je fus dans la rue, je me trouvai fort heureux de pouvoir aller dormir en paix sans avoir tué personne dans ma première campagne.
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