UNE MESSE ROYALE
En traversant, un matin, le jardin des Tuileries, je rencontrai des groupes nombreux qui se dirigeaient vers l'entrée du château ouverte sous le pavillon de l’Horloge. Les uns étaient formés de bourgeois de vieille roche, portant la culotte courte, les bas chinés, les souliers à boucles d'argent et le chapeau à trois cornes de castor fin. Les autres étaient composés de dames dont les cheveux frisés, poudrés, étagés, les rubans mordorés, les robes à queue relevées par l'ouverture des poches dataient des mœurs et coutumes du régime précédent. Je devinai que tout ce monde était attiré par quelque spectacle ‘intéressant, et je me mis à sa suite. Je fus conduit ainsi à la chapelle du palais, où la famille royale assistait, tous les jeudis, à une messe qu’on appelait, sans doute par quelque tradition de Versailles, la messe des Ambassadeurs. Il fallait bien que ce fût un nom historique, car le corps diplomatique faisait entièrement défaut, les rois
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de l'Europe considérant alors la France comme non-avenue, pour Ja punir de sa révolution. |
Je ne m'attendais pas à beaucoup de faste, et cependant je fus très-surpris de l’humble aspect de ce sanctuaire qui allait servir d’oratoire au premier roi de la chrétienté. J'avais vu dans mon enfance des chapelles féodales qui, près de celle-ci, ressemblaient à des tabernacles. Le local était suffisant quant à son étendue, mais je n'avais jamais {TOUYÉ, dans les cantons les plus sauvages de la Basse-Bretagne, église aussi délabrée que celle du successeur de saint Louis.
En voyant mon étonnement, une dame assise devant moi s’empressa d'imputer à la Révolution cet état de dégradation. Mais un vieux monsieur l'en disculpa, et déclara que parmi ses crimes on ne pouvait compter celui-là, les Tuileries étant de mémoire d'homme abandonnées aux outrages du temps. Ce témoignage de fidélité à l’histoire me prévint en faveur de mon voisin, et je lui demandai pourquoi cet oubli n'avait pas été réparé depuis le séjour da roi au château. On n’est pas d'accord, me répondit-il, sur le motif de cette négligence sans exemple dans aucune résidence en Europe. Les uns disent que la liste civile n'étant que de 25 millions, elle ne peut pourvoir à ses dépenses, et à plus forte raison en payer de nouvelles. — D'autres prétendent que la famille royale n’est ici que momentanément, et qu'il est, par conséquent, inutile de réparer le séjour qu'elle y occupe. Et il en est qui pensent, non sans raison, que le roi étant censé prisonnier dans son palais, il ne faut pas qu'il ait l'air d'y être trop agréablement.
Cette conversation instructive m'apprenait des choses dont ma province reculée n'avait pas l’idée la plus légère, et qui même étaient encore un secret pour les rues du Marais. Elle fut interrompue par un cérémonial tout nouveau pour
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