‹ Aventures de guerreChapitre 53 sur 62 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Décembre 1796.

Tous ceux qui ont habité les côtes de l'Océan, savent qu'au lieu de frimas ce sont des vents tempêtueux qui caractérisent l'hiver de ces contrées. À l’approche du solstice, les ouragans redoublent de violence, et la mer devient alors si grosse que les vagues surmontent les navires, démontent leur gouvernail, enlèvent les embarcations amarrées sur leur pont, ou même enfoncent leur plat-bord et brisent ses épais bordages comme le ferait un boulet de canon.

Dans certaines années, par des causes inconnues et qui seront toujours un mystère de la nature, ces ouragans s'étendent, se multiplient et grandissent leur puissance de destruction. L'automne de 4796 annonça, par les signes de l'atmosphère, qu'il y avait tout lieu de redouter l’une de ces terribles époques. La mer, même dans ses moments de calme, bruissait sourdement et s’agitait ; des oiseaux étrangers venaient chercher un abri dans les creux des rochers du rivage, et des banes de poissons, poussés par leur ins-

tinet, remontaient dans les rivières de la Bretagne pour trouver un refuge.

Il y avait alors sur la rade de Brest une escadre de trente bâtiments de guerre, ayant à bord des troupes de débarquement. La destination de cette expédition était l’objet de mille conjectures ; les uns l’envoyaient ravager les Antilles anglaises, et les autres secourir les insurgés d'Irlande. Mais on s’accordait généralement à penser qu'elle ne dèvait plus partir, attendu que, de délai en délai, on avait laissé arriver l’hiver et la domination des vents d'ouest, qui ne permettent pas aux navigateurs de franchir l'étroite sortie du goulet. Il était d’ailleurs manifeste qu'une partie de nos vaisseaux, étant vieux et mal armés, ne pouvaient tenir la mer dans cette saison redoutable sans courir les plus grands périls.

On discourait encore sur ce sujet à bord de la frégate la Coquille, dont j'étais capitaine d'armes, quand la frégate l'Immortalité, qui portait le pavillon du vice-amiral Bouvet, se couvrit de signaux et tira les coups de canon de partance. L’escadre, formée de quinze vaisseaux de ligne et d'une douzaine de frégates, fut bientôt sous voiles, poussée par un vent impétueux qui n'inspirait que peu de confiance aux marins expérimentés.

Chargés de prendre les derniers ordres qu'on attendait de Paris, nous ne pûmes appareiller que vers le soir, longtemps après avoir perdu de vue nos vaisseaux, et il était nuit close lorsque, après avoir débouqué, nous arrivâmes à Berthaume, vaste baie semi-circulaire qui forme, avec ‘ celle de Camaret, l’entrée du magnifique bassin de la rade de Brest. Un aviso, qui nous y attendait, et qui, à travers l'obscurité, avait aperçu nos fanaux, vint nous transmettre un ordre fort impréva. À la fin du jour, les frégates qui

3ANTRY. 419

devancaient l’escadre pour en éclairer la marche, avaient découvert sous l’île d'Ouessant une flotte anglaise de trente vaisseaux ou frégates, qui était prête à nous barrer le passage. Aussitôt, notre amiral, résolu d'atteindre à tout prix le but de l'expédition, avait fait signal à l'escadre, pour éviter un engagement, de sortir par le Raz, défilé périlleux ouvert à travers les rochers entre les côtes escärpées du Finistère et les écueils dont l’île de Sein est environnée. Nos vaisseaux s'étaient à l'instant précipités dans cet étroit et redoutable passage, et c'était en suivant la même route que nous allions les joindre, si nous parvenions, au milieu des ténèbres, à nous dérober aux dangers qui, de toutes paris, nous menaçalent. |

Notre capitaine était l’un de ces hommes éprouvés pour qui le devoir est une religion; il monta sur le banc de quart, prit le commandement de la frégate, et prescrivit avec un calme admirable les mesures qui pouvaient nous donner quelques chances de salut. Les embarcations furent dégagées pour être mises promptement à la mer et nous servir d'asile; — des matelots d'élite furent placés aux drisses afin d'amener les voiles aussi rapidement que l'ordre en serait proféré; — les charpentiers, armés de leurs haches, prirent poste au pied des mâts pour les couper au premier signal; — des officiers, la sonde à la main, s’établirent dans les porte-haubans pour reconnaitre la profon -

deur des eaux: — des gabiers se tinrent sur le beaupré ei sur la vergue de misène pour signaler les brisants; — des

artilleurs, le sabre à la main, gardèrent les écoutilles pour empêcher les hommes de manœuvre de quitter le pont et les hommes inutiles d’y venir. Les phares de la côte furent relevés par des opérations réitérées, afin de déterminer notre position et celle de l'entrée du Raz; la moindre erreur,

dans le calcul des angles, nous devait conduire inévitablement à notre perte. Puis ayant fait venir le plus ancien contre-maître, le capitaine remit entre ses mains des pistolets d'abordage, lui ordonnant de tuer quiconque romprait le silence qu'il prescrivait pour le salut commun. Cette sévère disposition fut accueillie avec une approbation tacite, unanime, chacun étant persuadé que c’est uniquement avec un équipage discipliné qu'un bâtiment qui vogue au milieu des récifs peut avoir le bonheur d'échapper au naufrage. En ce moment, un personnage étranger à la frégate et que nous ignorions être à bord, parut sur le pont, et produisit par son aspect une impression singulière. C'était un homme de petite taille, mais dont la force athlétique était évidente quand on considérait ses épaules carrées, ses jambes musculeuses et sa poitrine velue. Je reconnus en lui l’un de ces Gaëls qui peuplaient l’Armorique entière il y a deux mille ans, et qui ont conservé, depuis Jules César, leur physionomie, leur langage et même leur cosiume. Les longs cheveux noirs de celui-ci sortaient de dessous une calotte de laine bleue, et flottaient épars au gré d’un vent impétueux. Au lieu du pantalon qui caractérise la civilisation moderne, :il portait l’énorme haut de chausse dont la forme frappa tellement les Romains qu'ils désignèrent, par le nom de cet étrange vêtement, le pays où l’on en faisait usage ‘. Il inspecta d’un air narquois la voilure de la frégate ; 1l y fit faire des changements, et fit cacher par des écrans les lumières des timoniers qui l’incommodaient. Il prit place sur le banc de quart à côté du capitaine, qui lui abandonna son autorité, ou qui plutôt ne s’en servit que pour exécuter tout ce qu'il prescrivait. Cet

1 Bracata Gallia.

homme dont les arrêts nous dominaient comme s’il eût été le destin, était un pilote bas-breton, sorte de marins qui ne savent ni lire, ni écrire, mais qui possèdent les connaissances précieuses et l'expérience transmises, de père en fils, dans chaque famille, depuis les nauioniers vénètes qui guidaient, 11 y à vingt siècles, les flottes des Romains. Une particularité qui frappa les hommes de l'équipage et qui fit naître des idées superstitieuses, c'est que ce pilote voyait à travers la nuit la plus profonde, et que pour diriger la frégate au milieu des écueils, il consultait les ténèbres les plus épaisses. En effet, ses yeux demeuraient fixés sur des points de l’horizon où l'on ne découvrait pas la moindre lueur, et il semblait y trouver les éléments de la direction de notre route. Plusieurs fois j'imaginai que quelque feu éloigné lui servait de guide; mais aucun de nous ne put rien discerner de semblable, et l'équipage en conclut que le pilote était l'un de ces hommes qui sont doués d’une seconde vue. Dans la position dangereuse où nous étions, nous avions grand besoin d’un secours surnaturel. En portant au sud, la frégate semblait courir à sa perte, car à chaque minute les horribles*rugissements de la mer devenaient plus violents et nous annonçaient que l'instant du naufrage s'approchait. Ce ne furent d’abord que des pointes de rochers isolées contre lesquelles les flots se dressaient avec fureur: mais bientôt les récifs se hèrent entre eux et formèrent une chaîne continue couverte de vagues tumultueuses, hautes et menaçantes, qui nous apparaissaient comme des montagnes d’eau près de nous engloutir. Loin de pouvoir nous éloigner de ce périlleux voisinage, 1l fallut nous en rapprocher, parce qu'une chaîne pareille se projeta sur l’autre bord à une si faible distance de la première, que des flocons d’écume venaient tomber à bord des deux

PA

côtés. Dans ce chenal creusé entre des murs de granit crénelés par la puissance de l'Océan, il suffisait pour briser le bâtiment par un seul choc que le vent sautât d’un point ou quele gouvernail fit un faux mouvement; éventualités qui se jouent des vains efforts de la prudence hurhaine.

Il y avait peu de temps, sans doute,que nous étions engagés dans ce terrible passage, quoiqu'il nous semblât qu'il se fût écoulé des heures, quand une lumière brilla soudainement au milieu de la nuit, et fut suivie presque aussitôt du bruit d’une forte détonation. C'était le coup de canon de détresse d’un vaisseau qui allait périr. Chaque autre signal semblable faisait frissonner les plus intrépides d’entre nous. La force du vent donnant à la frégate une extrême vitesse, l’'amena instantanément sur le lieu de ce désastre, et presqu'en contact avec le bâtiment naufragé. C'était Le Séduisant, vaisseau de 74%, ayant à bord douze cents hommes, marins et soldats. Un coup de mer l'avait fait dévier de sa route; et il s'était précipité sur le grand Tevennec, rocher formidable auquel il était enchaîné. Son avant, battu par les brisants, était déjà démantelé et submergé, pendant que l'arrière, où s'était réfifiié l'équipage, talonnait sur le roc, qui, à chaque soubresaut, défonçait ses bordages et ouvrait des brèches à la mer, pour pénétrer dans ses flancs. Ses fanaux de combat éclairaient cette scène de désolation. On voyait appendus à ses bas mâts, les seuls qui restassent debout, une foule d'hommes saisis de terreur par l'aspect des lames qui déferlaient sur le pont, et entraînaient chaque fois quelques malheureux dans l’abîme. Les anciens malelots qui s'étaient liés ensemble, pour mieux résister à l'impulsion des vagues, travaillaient à former avec des vergues et des mâts de hune un radeau de sauvetage dont ils espéraient leur salut. Au mo-

ment où la frégate passa près du vaisseau, avec la rapidité d’une flèche, les naufragés se crurent secourus, et nous comblèrent de bénédictions ; mais, en se voyant abandonnés, ils jetèrent des cris de rage et nous maudirent. Notre impitoyable résolution était semblable à celle du grenadier qui monte à l'assaut, et qui écarte du pied le corps de son camarade, dont l'obstacle l'empêche d’escalader la brèche. Un cri de commisération se fit pourtant entendre à notre bord. Un jeune aspirant, ayant reconnu son frère parmi les naufragés, s’élança sur le bastingage, en disant qu’il voulait partager son sort; il faillit être tué par le contre-maître chargé de faire garder le silence; et il dut la vie à un officier qui, le saisissant d’un bras robuste, l'enleva comme un enfant, et l’emporta dans l'entre-pont. Deux minutes après, le terrible spectacle de cette catastrophe avait disparu à nos yeux, comme une illusion; et la frégate, poussée par la tempête, continuait sa route dans l'obscurité, sans autre guide que la lueur phosphorescente de l'écume des brisants. Enfin, nous atteignimes l'extrémité du détroit; la houle qui venait du large, et qui nous prenait en travers, nous annonça que nous allions entrer dan: l'Océan, et que nous étions sortis de ce terrible labyrinthe où, depuis deux mille ans qu'il est connu, sont restés tani d'infortunés navigateurs.

Le jour parut, mais brumeux et crépuseulaire, éclatrant un horizon sombre et borné, et nous montrant une mer

noire et clapoteuse. Une embellie du ciel nous permit, vers midi, de découvrir notre escadre désemparée et dispersée. Nous ralliâmes la division de Rochefort, commandée par l'amiral Richery : et par sa jonction, nous formâmes une flotte: de seize vaisseaux de ligne, avec une douzaine de frégates et de corvettes, et plusieurs transports. I nous

manquait encore une partie de nos forces, et nos yeux cherchaient vainement la frégate la Fraternité, qui portait le vice-amiral Morard de Galles, et son major-général Bruix, qu'on regardait comme l'âme de l'expédition. Le général Hoche, commandant l’armée de débarquement, était aussi à bord de cette frégate. Par un événement qui n'a pas son pareil dans l’histoire de la marine, la Fralernité s'égara dans la brume, et laissa l’escadre et les troupes privées d'ordre et de direction. Il était pourtant impossible d’avoir pour chefs deux hommes comparables à Hoche et à Bruix. |

Le 21 décembre, le sixième jour de notre départ de Brest, nous vimes la terre d'Irlande. C'était, je crois, la pointe de la Misaine. Bientôt, malgré un vent contraire et une mer furieuse, nous entrâmes dans la baie de Bantry, grand bassin ouvert dans la côte occidentale de l’île et qui pourrait contenir toutes: les forces navales de l’Europe. En jetant les yeux autour de nous, nous n’éprouvâmes point lajoie du marin qui, sauvé de la tempête, revoit la terre encore une fois.. Rien au monde ne peut être plus triste et plus désolé que le pays qui se développait sous nos regards. Il semblait inhabité; on n'y voyait ni clochers lointains, ni villages, ni même aucune trace de culture n1 de population. Les collines qui s’élevaient abruptement à quelque distance du rivage, étaient couvertes de broussailles ; mais la plaine était nue, offrant çà et là des nappes de neige que le vent soulevait et qu’on voyait tourbillonner dans l'air. La côte était bordée de rochers qui, en se détachant du littoral, formaient des îles ou se projetaient en hauts promontoires. Partout la mer irritée s’élançait en flots écumeux sur ces rives inhospitalières, et faisait retentir le choc des

galets dont les plages sont formées. Elle n'était pas plus ; |

propice dans la rade où nous venions de jeter l’ancre que sur les rivages où nous devions débarquer. Les lames du large rendaient difficiles et périlleuses les communications entre nos bâtiments, et l’impétuosité du vent menaçait les vaisseaux de les faire chasser sur leurs ancres et de les jeter à la côte. Une autre inquiétude nous tourmentait : l’escadre ennemie pouvait venir nous attaquer dans cette position critique, et l'absence de nos généraux paralysait nos mouvements. Le bruit courait qu’un conseil de guerre était assemblé à bord de l’Immortalité, et que le général Grouchyÿ voulait qu’on le mit à terre avec les six mille hommes de troupes qui étaient sur l’escadre. Pendant cette délibération, un signal fut fait à la Coquille de tenter une reconnaissance afin de nous mettre en rapport avec les insurgés qu'on supposait être les maîtres de cette partie de l'Irlande. Le grand canot fut armé, et l’on y embarqua une douzaine d'hommes commandés par un lieutenant. Je n'étais point appelé à cette expédition; mais le capitaine me voyant examiner curieusement la côte, me dit : Allez-y si vous voulez. Je fus si empressé à me prévaloir de cette autorisation que Je me jetai dans le canot sans autre arme que mon sabre. Ce fut un officier qui me fit envoyer des pistolets d’abordage que j’attachai à ma. ceinture.

Aussitôt que nous fûmes à terre, le commandant nous fil marcher en avant avec la même confiance que s’il s'agissait d'aller à quelque joyeux Pardon d'un village de la Basse- Bretagne. Cette confiance s'augmenta encore quand nous eûmes découvert sur un plateau situé en arrière de l'ouverture d’une vallée, des paysans irlandais qui nous faisaient des signes pour nous engager à les joindre. Ce fut là, du moins, l'interprétation que le commandant donna à leurs manifestations, qui pouvaient bien plutôt sigmiier le con-

AE Ne ESS VA M'A .OTET LS

traire, puisque ces hommes seraient tout simplement accou- | rus à nous s'il n'y avait eu là quelque obstacle caché. J'en fe faisais la remarque quand un corps de cavalerie, embusqué | derrière une colline, s’élança tout à coup dans la plaine et nous chargea au grand galop. Notre détachement surpris,

277. au lieu d'attendre l'ennemi pour tirer à bout portant, perdit RE ES

--\son feu et se rompit pour courir à notre embarcation. Je

à Fe

Ni 4 :jugeai que la distance était trop considérable pour ne pas } : e + re ‘laisser à l'ennemi le pouvoir de nous couper la retraite, ce | 227 qui nous mettrait à sa merci, dans l'alternative d’être sa- ! Abrés ou faits prisonniers. Au lieu donc d’imiter mes camabois # ‘rades en fuyant vers la mer, je courus en avant vers les pis / 7 [ montagnes, où j’espérais ne pouvoir être atteint par les ca- 4 ÿ k valiers. L'un d'eux, qui s'était attaché à me poursuivre, [En no À déchargea sur moi ses pistolets sans me toucher. Je ripostai, L à et sans doute je blessai son cheval, car il s'arrêta, et lors- AIRE ‘ que je fus en sûreté au sommet de la colline, je le vis s’en ; | retourner en marchant au pas. En portant mes regards sur la plaine, je découvris le détachement dont je m'étais si heureusement séparé, s’avançant vers l’intérieur de l’île environné par les Yeomen, qui l’'emmenaient en captivité jusqu'à Dublin, comme un trophée glorieux remporté sur la République française.

Ma position n’était certainement pas digne d'envie. J'éli Wie tais seul, abandonné, sans ressources, sur une terre ennedt mie, dans une contrée sauvage, déserte, stérile, battue par | la tempête, et qui, tout à l'heure, allait être enveloppée par l'obscurité d’une nuit d'hiver. Néanmoins, je m'’estimais heureux d’être en liberté et de pouvoir courir les champs, au lieu de coucher comme mes camarades dans une geôle, sur la paille avec des félons, ou bien d'essayer de dormir à bord dans un hamac, en entendant me crier

aux oreilles : La frégate chasse sur son ancre ; elle dérape, elle court à la côte ; nous allons toucher, nous sommes perdus! et autres propos qui disposent aussi mal au sommeil. Sans doute j'avais la perspective d'un mauvais gîte : la terre nue, rien à manger et la température glaciale du mois de décembre. Mais les insurgés qui étaient en campagne bravaient tout cela. Je pouvais bien en faire autant qu'eux, moi, Français de la Révolution, à qui les plus brillantes destinées étaient promises. Il ne me fallait que trouver nos amis les Irlandais, dont nous venions, au milieu des tegipètes, opérer la délivrance. Je me mis done à leur recherche; il était temps de s’en occuper et de reconnaître le pays, car la nuit tombait.

La colline escarpée que j'avais gravie, et qui m'avait SAUVÉ de la poursuite des cavaliers, s'étendait par son revers jusqu’à un rentrant de la côte assez profond. Je la descendis dans cette direction, persuadé qu'un chemin devait suivre le rivage, et, en eflet, j'en trouvei un, parallèle aux falaises qui opposaient leur haute muraille à l'effort des flots de l'Atlantique. Ce chemin devait nécessairement conduire à quelque lieu habité : un village, des huttes de pêcheurs, la case d’un pilote. Je me réjouis de cette découverte, et Je poursuivis ma route avec toutes les précautions possibles contre les mauvaises rencontres. Je marchaï pendant pluieurs heures, éclairé uniquement dans une route sca-

breuse par la lueur blanchâtre, flottante et incertaine qui ,

c'élève dans l'air au-dessus des brisants. Aucun bruit ne se faisait entendre , autre que les sifflements aigus du vent et les mugissements des vagues. Enfin, le chemin qui couronnait la crête des rochers, s’abaissa jusqu’au niveau de la mer, et je reconnus qu'il était traversé par un ruisseau qui était guéable à l'aide de grosses pierres placées dans son

lit. Ce fut là le premier signe que je vis de l'existence des hommes dans un pays où maintenant on ne sait plus qu’en faire. Bien convaincu que j'allais trouver quelques hôtes plus où moins disposés à me recevoir, je remontai l’une des rives du ruisseau, et j’arrivai, en effet, à un hameau d’une trentaine de cabanes rangées en cercle autour d’une vallée que resserraient des escarpements élevés. Je heurtai à plusieurs portes, personne ne répondit, pas un chien n’aboya, et, quoiqu'il fût minuit, pas un coq ne se fit entendre. J'en conclus que ce village était inhabité. Fatigué comme je l'étais, je résolus de ne pas aller plus loin, du moins pour le moment, et ayant trouvé à l’écart une meule de paille, je fis un trou à son sommet et je m'y enfonçai jusqu'au cou. Un instant après, j'étais endormi du plus profond sommeil.

Je fus réveillé par les miaulements d’un chat : je crus. avoir rêvé, mais il me fallut bien en croire le témoignage de mes yeux. Une jeune fille était là, à quatre pas de moi, donnant à manger à un chat maigre et affamé. C'était une enfant de quatorze à quinze ans, grande, mince, avec desyeux bleus, dont le regard était doux et triste. Ses longs cheveux noirs retombaient sur son visage, et souvent elle les écartait par un mouvement de tête naturel et gracieux. Elle n'avait pour tout vêtement qu'une pauvre robe de toile bleue, qui laissait ses bras et son cou à découvert. Il y avait dans toute sa personne une expression de souffrance et de malheur qui me frappa d’une tendre pitié. C'était chose difficile que de me montrer sans lui causer de l’effroi, et de lier conversation avec elle lorsque chacun'de nous ne savait pas un mot du langage de l’autre. J'avoue, à la honte de mon intelligence, que je ne trouvai pas d’expédient plus ingénieux que celui de contrefaire son chat. C'était assurément bien

puéril, mais le succès justilia le moyen. Elle leva aussitôt les yeux vers moi; la surprise et la crainte se peignirent dans ses traits quand elle vit un militaire; mais lorsque, par

. une heureuse inspiration, je lui eus montré ma cocarde,

elle se prit à sourire, comme si elle eût compris de suite comment j'étais là, et d’un geste elle indiqua la position de l’escadre française pour me dire qu’elle savait bien d’où je venais.

L'adversité rapproche les humains et forme entre eux une alliance fraternelle. Cette jeune enfant, empressée de m'être utile, courut à sa maison et m'en rapporta pour mon déjeuner des pommes de terre chaudes, cuites sous la cendre comme des marrons ; elle se chargea du soin de les éplucher pendant que, pour satisfaire mon féroce appétit, je les dévorais toutes brûlantes. Je ne compris pas d'abord comment elle était seule dans ce hameau. Le récit qu’elle me fit de ses malheurs était dans un langage mélangé de gaëlic et de carthaginois tout à fait inintelligible, et qui, malgré la douceur de sa voix, me parut aussi barbare que le plus rude dialecte du Morbihan. Cependant ses gestes étaient si expressifs que je savais déjà presque toute cette

triste histoire quand j'eus d’autres moyens d’en apprendre

les particularités. Toute cette partie du Munster s'était liée avec les insurgés d'Irlande par des engagements religieux. La défection des habitants des campagnes avait été provoquée par les excès que commettaient impunément, comme en pays ennemi, des Hanovriens à la solde de l'Angleterre. Ces soldats, qui étaient un ramassis d'aventuriers recrutés sur le continent, étaient désignés par le nom de Saxons ; leur conduite barbare en avait fait le synonyme de brigands et de bourreaux. Plus occupée de pillage que de surveiller la côte, cette troupe avait laissé un brick français débar-

quer près de Bantry des armes et des munitions qui furent portées dans l’intérieur et disparurent comme par enchantement. Dans les perquisitions qui furent faites à ce sujet, on découvrit que le frère de la jeune Mary avait sauvé un matelot français tombé à la mer. On en conclut sa complicité ; 1l fut condamné prévôtalement et fusillé sur la place. Les autres habitants, menacés du même sort, prirent à l'instant leur parti; les hommes allèrent rejoindre les insurgés, les femmes et les enfants furent à Cork demander laumône. Le village demeura abandonné. Mary seule y resta pour soigner sa grand’mère qui était paralytique. | | Quoique je ne connusse alors que par divination quel- : ques-unes de ces circonstances, j'étais bien persuadé que ma petite hôtesse savait le lieu où je pouvais trouver les insurgés. Quand je le lui demandai, elle feignit de ne pas me comprendre et prit l'air sérieux d’un personnage qui possède un secret d'État. Je crus, avec raison, qu'elle était contrainte de se taire par un serment qui engageait son salut. Je lui dis alors que j'étais résolu à partir de suite pour chercher le camp des Irlandais-Unis. Elle s’effraya de ce. projet, et fit tous ses efforts pour me le faire abandonner en me remontrant que ceux des habitants qui pouvaient me guider ne le voudraient pas, et que, d’ailleurs, c'était courir à la mort que d'entreprendre de parcourir le pays en plein jour lorsque les patrouilles hanovriennes battaient la campagne. Elle m’offrit de venir à sa chaumière passer la journée pendant une absence qu’elle était obligée de faire. Elle me fit comprendre qu’elle reviendrait avant la nuit et qu'alors elle pourrait peut-être m'apporter quelque utile avis. Je me laissai guider par cette enfant, non sans m’étonner de la maturité de jugement que lui avaient donnée les épreuves

= mn

du malheur. Après s'être assurée que nous n’étions pas espionnés, elle me conduisit à sa cabane; la porte en avait été barricadée, et pour y pénétrer il fallait suivre entre des palissades un couloir long et cireuiteux, coupé par des barrières. Quand mes yeux se furent accoutumés à l'obscurité de ce triste logis, je découvris, étendue sur un lit, une femme âgée qu'on aurait crue morte, tant ses yeux étaient éteints et sa figure décolorée. Sa fille se mit à genoux devant elle et lui parla. Alors il sortit une voix de ce corps inanimé. Ce fut, je crois, une prière à Dieu en ma faveur et une adjuration pour la délivrance de l'Irlande. Sur un ordre de la malade, Mary alla chercher et remit entre ses mains une veste de laine bleue, criblée de trous, que ses doigts paralysés s’efforcèrent de trouver. C'était le vêtement que portait son fils lorsqu'il avait été fusillé. Les bourreaux l'avaient vendu à cette malheureuse mère, qui tous les jours se le faisait apporter et le mouillait de ses larmes.

Avant de partir, Mary m'établit dans le grenier de Ja chaumière, où l’on montait par une échelle facile à retirer. Une lucarne qui donnait sur le toit, offrait une sortie pour gagner la campagne. La berme de rochers à laquelle le village était adossé, laissait entre elle et la maison un espace d'une dizaine de pieds qui formait une sorte de fossé. Une planche, jetée en travers, servait de pont volant et permettait une prompte retraite dans les marais voisins dont l'accès et le passage étaient fort difficiles.

Fidèle à mes habitudes militaires, qui me défendaient de

. m'établir dans un lieu sans en explorer les environs, je fus

en reconnaissance pendant le voyage de ma petite hôtesse, espérant que j'en tirerais profit pour notre expédition après le prochain débarquement des troupes. Cet événement, sur lequel je comptais, me parut encore reculé lorsqu’en me

au dE rapprochant du rivage j'eus considéré notre escadre. La tempête, qui se prolongeait avec des redoublements, avait tellement tourmenté nos vaisseaux qu'ils s'étaient éloignés

de la côte, et avaient amené leurs vergues et leurs mâts. Il y en avait de nouvellement arrivés ; mais en revanche, je 14 crus que d’autres étaient partis. Il était évident qu'aucune

4 Hi tentative de mettre les troupes à terre n’aurait lieu qu'après | il un changement de temps que rien ne laissait prévoir; Je on pouvais donc aller rejoindre les insurgés, et j'en avais le ro loisir. Quoique mes regards embrassassent une grande HA étendue de pays, je ne vis personne autre qu’une vingtaine JApa de soldats ou de douaniers en habits verts; ils disparurent | dans une direction opposée, et je n’en pris aucun souci. l'as Lorsque Mary revint de son excursion, elle m'apprit, fil nu ji comme je m'y attendais, qu'elle était autorisée à me cenfs duire au camp des insurgés. Ses rapports avec eux me firent AURA | songer que peut-être elle pourrait me procurer quelques tn cartouches pour mes pistolets; la précipitation de mon détape part de la frégate ne m’ayant pas permis d’en prendre, et le | cavalier qui m'avait poursuivi m'ayant fait tirer les deux 114) seuls coups que j'eusse pour ma défense. La jeune enfant 41 : pourvut de suite à ce besoin urgent avec la même intelii ligence dont elle m'avait donné déjà tant de preuves. En sortant du grenier de la maison par le pont volant, qui nous fit atteindre la crête des rochers, nous contournâmes une partie du hameau et nous parvinmes à une chapelle délabrée qui s'élevait au centre. On avait muré la porte de cet édifice sacré pour en empêcher la profanation par les soldats paiens,.et pour y pénétrer, nous dûmes passer par une fenêtre. Mary se jeta à genoux en y entrant et dit une fervente prière. Son dessein ne s’expliqua que lorsqu’en passant derrière l'autel elle eut ouvert la porte d’un caveau

BANTRY. sy

sépulcral où étaient cachées des munitions de guerre : plusieurs barils de poudre et une caisse de cartouches restant d’un débarquement fait par un bâtiment français, et que les insurgés n'avaient pu emporter entièrement. En sortant de l'église, la jeune enfant me fit remarquer un ormeau planté devant sa porte. C'était le seul arbre de cette côte désolée; et dans des temps moins funestes, on venait danser sous

son ombrage. Bien d’autres souvenirs devaient être attachés

à cet arbre maudit.

Après un frugal repas, j'embrassai tendrement cette excellente petite fille, et j'allai, plein d'espérance, me coucher sur la paille de mon grenier.

Plusieurs heures avant le jour, mon jeune guide vint me réveiller, et je fus prêt à partir aussi promptement que si j'eusse couché au bivouac. Nous sortimes de la chaumière par le pont volant qui fut retiré soigneusement après notre pâssage. Après avoir traversé, par d’étroits sentiers, un immense marais, nous suivimes longtemps la crête de hautes collines arides, et nous arrivâmes à une rivière encaissée et bordée de roseaux. Nous la traversâmes à gué. Ici, le pays changea de face et se hérissa d’épais fourrés formés de plantes épineuses. Cette contrée d’embuscades, qui me rappelait la Bretagne, devait être le quartier général des insurgés ; et, en effet, la petite Mary ayant fait des signaux, 1l sortit tout à coup d’un hallier deux grands gaïllards armés jusqu'aux dents, mais déguenillés à un point qu'on ne saurait dire. Ils nous accueillirent de leur mieux, et nous introduisirent dans leur place forte. C'était, autant que je puis me le figurer, un camp retranché semblable à celui du roi Alfred, dans les marais de l’Avon. Le vaste terrain qu'il embrassait dans ses fortifications naturelles, formait un archipel dont les îles couvertes de bruyères, d’ajones, de

genêts, étaient séparées par des Bogs profonds, bourbeux ou inondés. On ne pouvait franchir ces canaux que sur certains points difficiles à reconnaître, et gardés par des postes vigilants. Dans beaucoup d’endroits, le passage n'était même possible qu’en se servant de ponts de fascines, qui étaient enlevés aussitôt. r

Quand nous eûmes passé ainsi plusieurs fois d’un îlot à l’autre, j'arrivai à celui occupé par l'état-major, et qui ne contenait qu'une demi-douzaine de baraques. Le commandant qui vint à ma rencontre, était un beau jeune homme de 25 à 28 ans, d’une taille élevée, d’une figure noble et gracieuse et de manières distinguées, 1l parlait français parfaitement, et une partie de ses officiers, qui avaient appartenu au collége de Saint-Omer, conversèrent avec moi, en se servant de la même langue, sans plus de difficultés que s'ils avaient toute leur vie habité Paris.

Un déjeuner abondant fut suivi d’un conseil de guerre auquel j’assistai ; on y arrêta les dernières dispositions d’une entreprise hardie, projetée depuis plusieurs jours, et qui avait pour but de remporter quelque avantage signalé en profitant de l’effroi qu'avait répandu l'apparition de l’escadre française. On se proposait aussi d'empêcher les troupes anglaises de se porter vers la côte, en les inquiétant sur la possession des points qu'elles devaient garder. J'insistai pour faire partie de cette expédition ; et le commandant en chef, qu'on nommait simplement : le Laird ou le Lord, m'annonça avec beaucoup de courtoisie que je l'accompagnerais. Il ajouta en me donnant un joli fusil à deux coups, qu'il était bien sûr que j'en ferais un usage utile et glorieux pour Ja bonne cause. |

Le départ s’effectua dans la soirée, par détachements et par des routes différentes ; le camp était entièrement désert

quand nous le quittämes. Des chevaux nous attendaient à peu de distance, et des éclaireurs étaient postés sur notre route. Longtemps avant la fin de la nuït, nous fimes halte dans un vieux manoir, où nous nous établimes pour toute la journée. Nous le quittèmes à la brune, avec l’espoir d’être à minuit en présence de l’ennemi. Les insurgés étaient tout à fait maîtres du pays. |

Notre expédition avait pour objet la ville de Cork. Sans doute, il n’était pas en notre pouvoir de l’atiaquer sérieusement, mais il avait été résolu d’insulter la place, d’intimider la garnison, d'encourager les partisans de l'insurrection, et enfin de faire une reconnaissance militaire, qui frayerait le chemin aux troupes françaises aussitôt qu’elles seraient débarquées. En conséquence, deux fausses attaques avaient été préparées afin de détourner ou partager l'attention de l'ennemi pendant qu’on ‘essayerait d'enlever de vive force l'un de ses postes principaux. C’était une caserne fortifiée, qui couvrait un faubourg, et qui était défendue par un corps d'infanterie qu’on accusait d’avoir, dans plusieurs rencontres, tué les prisonniers tombés en son pouvoir. Les approches de ce poste avaient été découvertes pour prévenir toute surprise, et des sentinelles avancées formaient un cordon au pied du glacis. Cependant les nôtres, guidés habilement, * étaient parvenus, en profitant des accidents du terrain, à s’'embusquer presque à brûle-pourpoint des factionnaires, et à moins de deux cents pas de la caserne. Nos premiers pelotons étaient arrivés là en rampant; etils y restaient tapis, ventre à terre, dans l'attente du signal de l'attaque. Le commandant, ses aides de camp et moi nous fûmes conduits sur la ligne par un jeune homme qui montrait une intelligence et une intrépidité remarquables ; il se nommait Sheill. Nous fûmes postés par lui dans l'intervalle

de deux sentinelles ennemies, qui nous auraient entendus si le vent de la tempête n’eût continuellement mugi. De cette avant-scène, rien n’échappait à notre observation. Les lumières qui éclairaient l’intérieur de la caserne, nous permettaient d’en distinguer l'entrée et même les meurtrières -ouvertes dans ses flancs. C'était là le sujet de mon anxiété ja is proposé, dans le conseil, de pétarder la porte, qui à apport de nos espions, était solide et bien défendue ; jS il avait fallu renoncer à ce dessein, parce que nous fanquions de tout ce qui était nécessaire pour l’exécuter. I avait fallu revenir au moyen plus simple, mais plus aventureux, d’enfoncer la porte à coups de hache : et des volontaires avaient été choisis parmi ceux qui s'étaient présentés pour remplir ce service périlleux.

Déjà des estafettes qui circulaient à pied d’une colonne à l’autre avec une prodigieuse agilité, avaient informé le commandant que tout était prêt pour l'attaque, et il levait le bras pour tirer le coup de pistolet qui devait en être le signal, lorsque la porte de la caserne s’ouvrit pour donner passage à une ronde destinée à surveiller les sentinelles. Le fanal que portait le tambour, répandait une vive lumière en avant, mais il laissait complétement dans l'obscurité l'officier qui marchait en arrière. Nous pûmes cependant estimer la distance à laquelle il était quand il répondit au qui vive d’un factionnaire. La ligne qu’il suivait, le conduisait droit à nous, et il ne pouvait manquer de nous découvrir et de donner l'alarme, si nous tardions un seul instant à l'arrêter. « À vous, Messieurs! » nous dit le commandant; et aussitôt un coup de fusil abattit l'officier. Un reflet de la lumière sur son hausse-col avait marqué sa place et dirigé la balle dont il fut frappé. Un hourra furieux sortit soudain de tous les halliers, et, comme un immense rugisse-

ment de bêtes féroces, domina la voix de la tempête. En reconnaissant le cri de guerre de l'Irlande, les sentinelles, les hommes de ronde se précipitèrent vers la caserne pour y chercher un refuge. Mais nous étions sur leurs pas ei nous y arrivâmes avec eux. La porte ouverte pour les recevoir ne put-se refermer, car déjà elle était encombrée de cadavres. Les insurgés, sans répondre alla fusillade, s’élancèrent dans l’intérieur, et en quelques minutes la garnison fut égorgée jusqu'au dernier homme. L'édifice, livré aux flammes, fut renversé de fond en comble par les explosions des munitions de guerre qu'il renfermait.

Pendant cette sanglante opération, des tirailleurs s'étaient portés sur deux points opposés de l'enceinte de la ville et avaient tenu la garnison en échec. Ils nous facilitèrent ainsi une reconnaissance qui ne laissa aucun doute sur la possibilité d'enlever la place aussitôt que des troupes françaises donneraient leur appui à l'insurrection.

Nous venions de remonter à cheval lorsqu'une scène étrange attira mon attention. D'un enclos adjacent au faubourg partaient les cris d’une multitude d'animaux qui répondaient à des cris humains non moins rauques el discordants. Ceux-ci étaient un appel, une excitation ; ceux-là manilestaient le désir, l'impatience, la colère d’une immense quantité de chevaux, de bœufs, de taureaux, frappant la terre de leurs pieds ou heurtani de toute la puiscance de leurs cornes la clôture qui les tenait renfermés. Une partie de ces animaux avaient été saisis pour solder des impôts arriérés ; d’autres, pour acquitter le loyer des plus misérables chaumières; le plus grand nombre, pour payer la dime à l'Église anglicane. Ils avaient été parqués hors la

ville afin d’être vendus à l’encan le lendemain. Leur enlèvement était entré dans le projet de notre expéditon noc-

Page 1