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qu'à défaut de ce soin, on fournissait une embarcation au diable, qui saisit toujours cette occasion de naviguer pour s’en servir au détriment des marins. ù
Malgré ces présages menaçanis nous appareillâmes avec une brise favorable qui nous permit de sortir rapidement du Goulet de Brest. Au point du jour nous avions déjà débouqué par l'Iroise, et nous échappions à l'escadre anglaise du blocus, qui, ayant couru la bordée du large pendant la nuit, revenait trop tard à son poste pour nous barrer le chemin. Néanmoins, pour mieux tromper sa vigilance, le capitaine nous ouvrit une route dont son expérience conjura les dangers ; il nous fit passer au milieu de cet archipel de rochers granitiques dont la côte du Finistère est bordée, quand on la contourne vers le nord; et il se servit tour à tour de leur masse et de leur ombre pour faire disparaître le bâtiment aux yeux de l'ennemi et pour lui en dérober la présence.
Nous suivimes le, littoral de la Bretagne jusqu'à notre entrée dans la Manche. Le temps était superbe, la mer douce, le vent propice; notre navigation ressemblait à un voyage de plaisance. On profita du calme pour donner au bâtiment des façons, des accessoires, une physionomie qui me parurent étranges. Je m'informai du motif de ces changements; on me répondit que e’était pour en faire un véritable cutter anglais. Je fus médiocrement édifié de cette anglomanie, qui me parut fort suspecte et me sembla cacher quelque stratagème de guerre. D'autres circonstances confirmèrent mes conjectures.
Le personnage que nous avions reçu à bord, au moment de partir, avait pleinement justifié les préventions des matelots. On ne saurait croire quelle sagacité d'observation possèdent ces hommes sous une enveloppe grossière; ils