‹ Aventures de Saturnin Fichet (volume 2)Chapitre 3 sur 8 · VI · texte numérisé non relu

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cer si aisément à l'insigne honneur de porter, ne fût-ce qu'un jour de plus, le nom de comte de Perhruck. Cela dépas^ sait de si loin la vaniteuse sottise du marquis, qu'il s'imagina qu'il y avait un motif secret aux paroles de Saturnin , et qu'il lui dit :

— Je vois ce que c'est, vous prétendez me dicter des conditions.

— Moi, dit Saturnin. Et à quel propos? pourquoi ! Non , monsieur le marquis ^ je n'ai point de conditions à vous faire. Je veux m'en aller, et je vous en préviens, non point dans mes intérêts, mais dans

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les vôtres. A trente pas d'ici, je ne suis plus le comte de Perbruck, je redeviens Saturnin Fichet. Il m'en arrivera ce qu'il plaira à Dieu, mais si je dois être pendu, je veux que ce soit pour mon compte.

— Mais c'est impossible, dit M. de Paradèze, nous avons dit partout que Saturnin Fichet était mort.

— Il ressuscitera, dit Saturnin.

— Mais on demandera ce qu'est devenu le comte de Perbruck.

— Il aura été tué par accident.

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— Mais, dit M. de Perbruck , que comptez-vous faire une fois que vous aurez repris votre vrai nom ?

— Voilà ce que je ne sais pas moimême, monsieur le marquis.

— Vous comptez sans doute, dit le marquis, aller vendre les secrets que vous nous avez surpris, et vous enrichir...

Saturnin donna sur la table un tel coup de poing , que les trois gentilshommes restèrent stupéfaits. Aussitôt il se leva.

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nassa ses mains dans ses cheveux , se promena un moment et revint.

— C'est passé encore une fois, dit il ; mais pour votre sûreté, ne recommencez pas à me dire une pareille chose.,.. Vous êtes le marquis de Perbruck, et moi un manant ; mais, sur mon âme, si cela vous arrive encore, je vous étranglerai sur place.

— On pourrait vous en empêcher, dit la Châtaigneraie.

—Vous savez que deux hommes à porter ne me font pas peur, dit Saturnin, je

VOUS préviens que je ne suis pas plus alarmé d'en avoir deux à battre, et au besoin trois.

— Vous devenez insolent pour tout le monde, dit la Châtaigneraie.

— C'est que tout le monde le devient pour moi, s'écria Saturnin ; non-seulement insolent, mais ingrat, entendezvous messieurs ?

— Allons ! allons ! fit M. de Paradèze, calmons-nous et expliquons-nous. Ainsi, monsieur Fichet, vous voulez nous quitter?

— Oui.

— Et que demandez-vous pour cela ?

— Mais rien, Monsieur, rien... Mais de quelle pâte êtes-vous donc faits que vous vous imaginez que nous autres, les gens du peuple, nous soyons à vendre au premier sou. Eh ! mon Dieu ! vous êtes nobles, restez nobles; moi je ne le suis pas et ne veux pas l'être. Est-ce que vous croyez que je ne vous comprends pas, depuis deux jours que je suis seul avec vous ? Si vous n'aviez pas besoin de moi, vous m'auriez laissé crever au coin de la première route. Vous M. de Per-

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bruck et M. de Paradèze, vous marchiez toujours devant, parlant bas et me chassant de votre conversation ; vous M. de la Châtaigneraie vous restiez quelquefois près de moi, car vous avez un fond de justice, et vous trouviez qu'on agissait mal à mon égard. Mais ça été bon une heure ou deux.... ça vous a ennuyé....

vous étiez gêné. Je ne suis pas de votre peau, vous m'avez laissé derrière comme un laquais qui suit ses maîtres.

Personne ne répondit, et Saturnin continua*

— Ce soir encore, ce brave homme de

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paysan s'est imaginé, qu'après avoir donné les bonnes places aux plus vieux, ce qui est juste, il devait honneur et bon gîte au fils de son seigneur... Vous m'avez exclu sur-le-champ de votre société.

Mais vous croyez donc que j'y tiens beaucoup ? Détrompez-vous : je ne demande qu'à vous laisser faire vos affairesvous-mêmes; seulement, je n'ai pas voulu m'en aller sans vous prévenir, sans vous avertir que vous n'avez plus de comte de Perbruck à montrer comme une bèîe curieuse qu'on renvoie à son bouge quand la représentation est finie. Sur ce, arrangez-vous en conséquence. Je ne vous demande rien, je ne veux rien de

VOUS, mais laissez-moi partir... voilà...» bonsoir.... et que Dieu vous garde...

Après ces paroles, Saturnin se retira sans attendre de réponse. M. de Para-

dèze voulut se lever pour le retenir, mais M. dePerbruckFarrêta. Les trois gentilshommes restèrent seuls .

— Savez-vous que ceci est grave ? dit M. deParadèze...

— Très grave, dit la Châtaigneraie, d'autant mieux que ce garçon a raison ; du moment qu'il prenait le nom de comte de Perbruck, il fallait le traiter comme

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tel ; mais vous l'avez repoussé avec un dédain...

— Il me semble, fit M. de Paradèze, que vous ne l'avez pas beaucoup mieux traité.

—C'est vrai, dit la Châtaigneraie ; tant

que j'ai rencontré ce garçon au milieu de

graves circonstances, son courage, sa

présence d'esprit, sa générosité, m'ont

fait illusion, et j'ai cru sentir que je

pourrais m'imaginer qu'il était mon

égal. Mais quand nous avons été seuls, je ne puis pas vous dire pourquoi, je

ne pouvais me faire à lui parler comme

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