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Chacun se recula devant cette apparition terrible, mais déjà tous les sinistres symptômes de la mort étaient répandus sur les traits de la Rouarie.
— Dans une entreprise comme la nôtre, dit M. de Perbruck avec assurance, la prévoyance est une nécessité impérieuse.
— Suis -je donc au pouvoir de mes ennemis? suis-je donc sur les marches de Téchafaud, que cette nécessité soit si impérieuse ? s'écria le marquis.
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Malgré tous ses efforts , la Rouarie , que Thérèse portait plutôt qu'elle ne le soutenait, sentit ses genoux fléchir et il tomba sur un siège.
A ce moment, Marguerite prit la parole et dit :
— Non, vous n'êtes pas encore au pouvoir de vos ennemis, mais je crains qu'ils ne soient sur votre trace, car en route j'ai rencontré un homme que je connais pour un républicain forcené. Il était déguisé en paysan. Vous le connaissez aussi, marquis de Perbruck : c'est cet
homme qui était dans la maison de Mathurin Fichet le jour où je vous ai sauvé.
— D'où savez-vous qu'il est venu ici ?
— En sortant de la chaumière où j'ai laissé... (elle s'arrêta, essuya quelques larmes, et reprit :) où j'ai laissé celui qui n'est plus, j'ai passé près de la brigade de gendarmerie qui est à Liffré. Un gendarme était à cheval. Le paysan lui disait :
« — Il faut que Morillon soit ici aujourd'hui-même.
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« — La Rouarie est donc à la Guyomarais? a répondu le gendarme.
« — Oui, a répondu Guillaume Poiré, il y est, et bon nombre de ses complices avec lui. »
— Le gendarme est parti, et moi je suis accourue pour vous prévenir.
Cette nouvelle jeta un moment de stupeur dans l'assemblée.
— Mais qui peut nous avoir trahis ? dit Thérèse.
— Ah! s'écria Fontevieux, c'est sans doute ce misérable jardinier que j'ai vu hier ici ; il faut que je le sache.
Fontevieux courut chez Périn.
— Le nom de l'homme que tu avais pris à ton service ?
— Guillaume Poiré.
— Il est ici?
— Dame ! non , repartit niaisement le paysan. Après la course qu'il a vue cette nuit , il a prétendu comme ça qu'il ne
pouvait rester dans une maison où il revient..
— Et il est parti ?
— De la nuit passée.
Fontevieux jeta une exclamation de fureur et rentra dans la salle.
— Messieurs , il n'en faut plus douter, notre retraite est découverte ; il faut en chercher une autre.
Pendant tout ce temps , la Rouarie , enveloppé d'une longue robe de cham-
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bre [ était resté sur le fauteuil où il était tombé. Tuffin son neveu , Tinteniac , Thérèse , lui faisaient respirer des vinaigres puissants , mais c'est à peine s'ils obtenaient quelques tressaillements de ce corps inerte.
Ce que n'avaient pu les astringents les plus puissants , la nouvelle apportée par Fontevieux l'opéra. La Rouarie se leva tout-à-coup.
— Eh bien, messieurs, puisqu'il faut fuir encore, dit-il, suivez-moi. Je sais des retraites inaccessibles. Allons, mon cheval... partons.
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11 fît quelques pas et chancela. On le regardait dans une sombre stupeur.
— Mais suivez-moi donc ! dil-il en faisant un nouvel eflort.
Mais il ne put avancer, et il fût tombé si Thérèse et Fontevieux ne l'eussent soutenu. Le malheureux porta autour de lui un regard désespéré. L'attitude morne de tous ceux qui l'entouraient sembla le frapper pour la première fois. •
— Taburel! Taburel! s'écria-t-il tout à coup, sois vrai, dis-moi, faut-il mourir?... suis-je perdu T...
— Eh bien! dit Taburel d'un ton résolu, si vous avez encore quelques ordres à donner, hâtez-vous , car la mort vient.
— La mort ! quoi ! la mort! la mort!... s'écria la Rouarie avec une rage indicible. Mourir! mourir!... répéta-t-il avec des sanglots déchirants. Pas encore... non... pas avant d'avoir vu le triomphe de notre cause.... Fou que j'étais , d'attendre !.... un autre sauvera la France , un autre aura ma gloire!... Non, non, cela ne sera pas. Sonnez le tocsin, reprit-il d'une voix haletante et en se débattant entre les bras de Thérèse... battez le tambour.
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Commençons commençons Aux
armes !... aux armes !... je ne suis point mort , je ne mourrai pas !
Il s'échappa des mains qui le tenaient et parvint à se tenir debout ; il parcourut la chambre et avait la tête haute , l'œil étincelant d'un feu vitreux , la voix rauque mais puissante.
— Vous , la Berillais , dit-il , vous guiderez vos soldats par Vannes et la Roche- Bernard. Vous, Perbruck, prenez d'abord Machecoul , c'est la tête de Nantes. Vous, Paradèze , vous irez... vous irez...