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reçues, ou bien est-ce un assassinat?
— Il les a reçues, dit alors la Rouarie d'une voix solennelle, dans le plus héroïque sacrifice que personne ait jamais pu accomplir, pour notre salut à tous.
. Je sais ce qui s'est passé, la Châtaigneraie , reprit la Jlouarie , Lambert m'a tout dit. Mais apprenez-nous comment vous avez été sauvés de cette horrible clïute.
— Quelle chute, et qu'est-ce que cela veut dire? reprit le marquis de Perbruck, qui ne savait rien de ce qui s'était passé entre Morillon et les deux héroïques jeunes gens.
La Rouarie reprit la parole, et il ra-
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conta ce dont Lambert avait été le témoin, jusqu'au moment où les deux jeunes gens avaient disparu par la fenêtre.
Le récit de la Remarie avait ému tous ceux qui l'écoutaieni. M. de Perbruck était anéanti. Mais si l'on eût interrogé cette douleur accablée, on y eût trouvé peut-être qu'il pensait moins au courage et à la mort de son fils qu'à la perte des
espérances ambitieuses qu'il avait fondées sur la vie de Césaire.
Cependant la Rouarie reprit bientôt en s'adressant à la Châtaigneraie :
— Et maintenant que j'ai dit par quel sublime héroïsme vous nous avez sauvés, dites-nous comment s'est accompli votre salut.
— Par un dévoûment non moins grand, reprit la Châtaigrïerie.
— Oh ! s'écria la Rouarie, noble pays où tout malheur à son dévoûment près de lui.
— Vous devez comprendre, dit la Châtaigneraie, que daps la position où nous étions, le comte a dû atteindre la terre
avant moi. Je tombai donc sur lui. Après le premier étourdissement causé par la violence de cette chute . j'essayai de me relever. Je pus d'abord me remettre sur les genoux, je me penchai sur Gésaire, il respirait encore , je l'appelai doucement.
— Pourrez-vous marcher? me dit-il.
— Je l'espère, lui répondis-je.
— Eh bien ! fit-il, si vous avez les mains libres comme moi, dénouez la corde qui nous tient et tachez de vous sauver; j'ai les deux jambes brisées, ne pensez pas à moi.
— En effet, reprit la Châtaigneraie, on nous avait lié les poignets, mais je pou-
vais remuer les mains. Je parvins à défaire le nœud qui tenait liés les bras de Césaire. A son tour, et malgré les affreuses douleurs que lui causaient ses blessures, il parvint à me rendre le même service.
« — Maintenant, dit-il, partez, et dites à mon père que je meurs content .d'avoir pu montrer en mourant que je n'étais pas indigne du nom que je porte. »
M. de Perbruck murmura quelques mots, et la Châtaigneraie reprit :
— - Comme vous devez le croire, je ne voulus point abandonner celui qui avait tant souffert; je parvins à le relever, et je le chargeai sur mes épaules. Je ne sa-
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vais de quel côté me diriger, lorsque des coups de feu partis dans l'intérieur du château jetèrent une telle alarme parmi les quelques gardes nationaux restés à la grande porte, que je pus la franchir avec mon précieux fardeau.
— Je comprends, dit la Rouarie; ce fut sans doute au moment ou Delbenne et Morillon s'attaquèrent en croyant nous aborder. Continuez.
— Hélas ! reprit la Châtaigneraie, ma bonne volonté était plus grande que mes forces. Je fus obligé de m'arrêter avec Césaire à peu de distance du château.
Nous y restâmes toute la nuit. C'est de là, reprit-il d'une voix triste, que j'ai vu
l'incendie de votre noble demeure, monsieur de laRouarie; c'est de là que j'ai vu la retraite de ces brigands qui s'appellent entre eux citoyens. Ils passaient à quelques pas de nous, furieux de n'avoir trouvé ni femmes, ni vieillards, ni enfants à égorger pour pouvoir se vanter d'une victoire; dix fois je voulus élever la voix pour les insulter. Mais Césaire avait raison : c'était appeler la mort sans que notre sang versé profitât à notre sainte cause. Nous les laissâmes passer.
« Cependant ce repos, au lieu de ranimer nos forces, n'avait fait que rendre plus lourds nos membres endoloris. C'est
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à peine si je pouvais me relever ; comment aurais-je pu sauver mon malheureux ami ? Je prévoyais qu'il nous faudrait l'un et l'autre mourir de faim dans le champ de genêts où nous étions cachés, lorsque vers le soir même de ce jour épouvantable je crus entendre marcher à quelques pas de nous. Au risque de m'adressera des ennemis, j'appelai, et je vis paraître la jeune fille qui nous avait appris le matin même le malheur de Césaire.
— Quoi! Marguerite? dit Thérèse Moëllien.
— Elle-même ! dit la Châtaigneraie.
— Pauvre et noble fille! reprit Thé-
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rèse avec des larmes, elles nous avait suivis, moi et Armand; elle était présente au récit que nous fit Lambert de votre noble dévoûment. — « Ils doivent
être morts, nous disait ce brave vieillard. — Mort ou vivant, s'écria Marguerite,
je veux le revoir ; je trouverai son corps
sous les ruines du château, et du moins
il ne restera pas exposé aux injures de
l'air ; il me semble qu'il doit avoir froid! »
Et aussitôt elle nous quitta.
— Marguerite nous a dit tout cela, lit
la Châtaigneraie, lorsqu'elle nous eut
retrouvés. Mais ce n'était pas assez pour
elle , il fallait nous sauver. Mais que
faire? Comment emporter Césaire,? C'est
tout au plus si j£ pouvais me traîner moi-même. Eh bien ! Messieurs, dit la Châtaigneraie d'une voix altérée par les larmes, cette héroïque fille courut, alla, chercha, et au bout d'une heure elle ramena du château une misérable brouette qu'elle avait découverte dans les bâtiments intérieurs que l'incendie n'avait pas atteints. Nous y assîmes l'infortuné Césaire.Oh ! quel courage d'un côté et quel dévouaient de l'autre ! Lui, Césaire, dont les jambes brisées pendaient endehors de la brouette, dévorait ses douleurs, ne poussait pas un cri et plaisantait même, pour nous donner du courage, sur l'étrange équipage avec lequel