‹ Aventures de Télémaque [microforme]Chapitre 6 sur 13 · SOMMAIRE · texte numérisé non relu

SOMMAIRE

T'élémaque raconte qu'il fut pris dans le vaisseau tyrien

par la flotte de Sésostris, et emmené capüf en Egypte.

Î! dépeint la beauté de ce pays et la sagesse du gou-

vernement de son roi. Il ajoute que Mentor fut envoyé

esclave en Ethiopie ; que'lui-même, Télémaque, fat réduit à conduire un troupeau dans le désert d'Ousis ; que

Termosiris, prêtre d'Apollon, le consola, en lui appre-

nant à imiter À pollon, qui avait été autrefois berger chez

le roi Admète ; que Sésostris avait enfin appris tout ce qu'il faisait de merveilleux parmi les bergers: qu'il l'avait rappelé, étant persuadé de son innocence, et lui avait promis de le renvoyer à Ithaque ; mais que la mort de ce rci l'avait replongé dans de nouveaux malheurs; qu’on le mit en prison dans une tour sur le bord de la mer, d’où

il vit le nouveau roi Bocchoris qui périt dans un combat

contre ses sujets révoltés et secourus par les T'yriens,

1. LES Tyriens, par leur fierté, avaient irrité contre eux le grand roi Séostris qui régnait en Egypte, et qui avait conquis tant de royaumes. Les richesses qu’ils ont acquises par le commerce, et la force de l’imprenable ville de Tvyr, située dans la mer, avaient enflé le cœur de ces peuples : ils avaient refusé de payer à Sésostris le tribut qu’il leur avait imposé en revenant de ses conquêtes ; et ils avaient fourni des troupes à son frère, qui avait voulu le massacrer à son retour, au milieu des réjonissarces d'un grand festin.

2. Sésostris avait résolu, pour abattre leur orgueil, de troubler leur commerce dans toutes les mers. Ses vaisseaux allaient de tous côtés cherchant les Phéuiciens. Une flotte égyptienne nous renconîra comme nous commencions à perdre de vue les montagnes de la Sicile: le port et la terre sem-

jame bour que

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blaient fuir derrière nous et se perdre dans les nues. En mème temps nous voyons approcher les navires des Ewyptiens, semblables à une ville flottante, Les Phéniciens les reconnurent et voulaurent s’en éloigner: mais il n’était plus temps; leurs voiles étaient meilleures que les nôtres; le vent les favarisait; leurs rameurs étaient en plus grand nombre : ils nous abordent, nous prennent, et nous emmeênent prisonniers en Egypte.

3. En vain je leur représentai que nous n'étions pas Phéniciens: à peine daignèrent-ils m’écouter : ils nous regardèrent comme des esclaves dont les Phéniciens trafiquaient ; et ils ne songèrent qu'au profit d’une telle prise, Déja nous remarquons Jes eaux de la mer qui blanchissent par le mé- Jange de celles du Nil, et nous voyons la côte d'Egypte presque aussi basse que la mer. En suite nous arrivons à l'ile de Pharos, voisine de la ville de No. De là nous remontons le. Nil jusqu'a Memphis,

4, Si la doulenr de notre captivité ne nous eût rendus insensibles à tons les plaisirs, nos yeux auraient été charmés de voir cette fertile terre d'Egypte, semblable à un jardin délicieux arrosé d'un nombre infini de canaux. Nous ne pouvions Jeter les yeux sur deux rivages, sans apercevoir des villes opulentes, des maisons de campagne agréablement situées, des terres qui se couvraient teus les ans d’une moisson dorée sans se reposer jamais, des prairies pleines de troupeaux, des laboureurs qui étaient accablés sous le poids des fruits que la terre épanchait de son sein, des bergers qui faisaient répéter les doux cons de leurs A4

les € ons Ge icurs nitites et

de leurs chalumeaux à tous les échos d’alentour.

5. Heureux, disait Mentor, le peuple qui est conduit par un sage roi ! il est dans l'abondance, il vit heureux, et aime celui à qui il doit tout son bonheur. C’est ainsi, ajoutait-il, Ô Télémaque, que vous devez régner, et faire la joie de vos peuples, si jamais les Dieux vous font posséder le royaume de votre père. Aimez vos peuples comme vos enfans; goûtez le plaisir d’être aimé d'eux, et faites qu’ils ne puissent jamais sentir la paix et la joie sans se ressouvenir que c’est un bon roi qui leur a fait ces riches présens. Les rois qui ne songent qu’à se faire craindre et qu’à abattre leurs sujets pour les rendre plus soumis, sont les fléaux du genre humain. Ils sont crainte comme ils le veulent être ; mais ils sont haïs, détestés ; et ils ont encore plus à craindre de leurs sujets, que leurs sujets n’ont à craindre d’eux.

6. Je répondais à Mentor: Hélas ! il n'est pas question de songer aux maximes suivant lesquelles où doit régner ; il n’y a plus d'Ithaque pour nous : nous ne reverrons jamais ni notre patrie ni Pénélope: et quand même Ulysse retournerait plein de gloire dans son royaume, il n’aura Jamais la joie de m'y voir: jamais je n'aurai celle de lui obéir pour apprendre à commander. Mourons, mon cher Mentor, nulle autre pensée ne nous est plus permise ; mourons, puisque les Dieux n’ont aucune pitié de nous.

T. En parlant ainsi, de profonds soupirs entrecoupaient toutes mes paroles. Mais Mentor, qui craignait les maux avant qu'ils arrivassent, ne savait plns ce que c'était que de les craindre dès qu'ils étaient arrivés, Indigne fils du sage Ulysse ! s'écriait-i; quoi donc | vous vous laissez vaincre

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à vos malheurs ! Sachez que vous reverrez un jour :

l'ile d'Ithaque et Pénélope. Vous verrez mème däns sa première gloire celui que vous n'avez point connu, l’invincible Ulysse, que la fortune ne peut abattre, et qui, dans ses malheurs encore plus grands que les vôtres, vous apprend à ne ous décourager jamais. Oh! s’il pouvait apprendre, dans les terres éloignées où la tempête l’a jeté, que son fils ne sait imiter ni sa patience ni son Courage, cette nouvelle l’accablerait de honte, et lui serait plus rude que tous: les malheurs qu'il souffre depuis si longtemps,

8. Ensuite Mentor me faisait remarquer la joie et l'abondance répandues dans toute la campagne d'Egypte, où l’on comptait jusqu’à vingt-deux mille villes. Il admirnit la bonne police de ces villes ; la justice exercé: en faveur du pauvre con. tre le riche ; la bonne éducation des enfans, qu’on accoutumait à l’obéissance, au travail, à la sobriété, à l'amour des arts ou des lettres : l'exactitude pour toutes les cérémonies de la religion ; le désintéressement, le désir de l'honneur, la fidélité pour les hommes et la crainte pour les Dieux, que chaque père inspirait à ses enfans, Il ne se Jassait point d'admirer ce bel ordre. “Heureux, me disait. il sans cesse, le peuple qu'un:sage roi conduit ainsi | mais encore plus heureux le roi qui fait le bonheur de tant de peuples, et qui trouve le sien dans sa vertu! Il tient les hommes par un lien cet? fois pius fort que celui de la crainte ; c’est ce-

lui de l'amour. Non-seulement on lui OJéit, mais

encore on aime à lui obéir, Il règne dans tous

ieé cœurs; chacun, bien loinde vouloir s’en défaire,

craint de le perdre et donnerait [ @: ,

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