LIVRE XII. ai
Mentor, qu'il a fait de grandes fautes; mais cherchez dans la Grèce , et dans tous les autres pays les mieux policés, un roi qui n'en ait point fait , d'inexcusables. Les plus grands hommes ont, dans leur tempérament et dans le caractère de leur esprit , des défauts qui les entraînent; et les plus louables sont ceux qui ont le courage de connaître et de réparer leurs égaremens. Penséz-vous qu'Ulysse, le'grsmd Ulysse votre père, qui est le modèle des rois de la Grèce, n'ait pas aussi ses faiblesses et ses défauts? Si Minerve ne l'eût conduit pas à pas, combien de fois aurait-il succombé dans les périls et dans les embarras où la fortune s'est jouée de lui! Combien d&fois Minerve l'a-t-elle retenu ou redressé pour le conduire toujours à la gloire par le chemin de la vertu ! N'attendez pas même, quand vous le verrez régner avec tant de gloire à Ithaque, de le trouver sans imperfections; vous lui en verrez, sans doute. La Grèce, l'Asie, et toutes les iles des mers, l'ont admiré malgré ces défauts : mille qualités merveilleuses les font oublier. Vous serez trop heureux de pouvoir l'admirer aussi, et de l'étudier sans cesse comme votre modèle.
Accoutumez-vous donc, 6 Télémaque, à
la TÉLÉMAQUE.
n'attendre des plus grands hommes que ce que lliumanité est capable de faire. La jeunesse^ sans expérience ) se livre à une critique pr^ somptueuse qui la dégoûte de tous les modèles qu'elle a besoin de suivre, et qui la jette dans une indocilité incurable. Non-seulement vous devez aimer, respecter, imiter votre père, quoi« qu'il ne soit point parfait , mais encore vous devez avoir une haute estime pour Idoménée, malgré tout ce que j'ai repris en lui. Il est naturellement sincère, droit, équitable, libéral, bienfaisant; sa valeur est parfaite; il déteste la fraude quand il la connaît , et qu'il suit librement la véritable pente de son cœur. Tous ses talens extérieurs sont grands et proportionnés à sa place. Sa simplicité à avouer son tort; sa douceur, sa patience pour se laisser dire par moi les choses les plus dures ; son courage contre lui-même pour réparer publiquement ses fautes , et pour se mettre par-là au-dessus de toute la critique des hommes , montrent une àme véritablement grande. Le bonheur ou le conseil d'autrui peuvent préserver de certaines fautes un homme très-médiocre; mais il n^y a qu'une vertu extraordinaire qui puisse engager un roi , si long-temps séduit par la flatterie , à