‹ Aventures de TélémaqueChapitre 101 sur 158 · LIVRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE XX

Adraste. Mais c'était nourrir et réchauffer dans son' sein une vipère venimeuse toute prête à faire une blessure mortelle.

On surprit un autre transfuge , nommé Arion , qu'Acante envoyait vers Adraste pour lui àpr prendre l'état du camp des alliés, et pour lui assurer qu'il empoisonnerait^ le lendemain, les principaux rois avec Télémaque , dans un festin que celui-ci leur devait donner. Arion, pris^ avoua sa trahison. On soupçonna qu'il était d'intelligence avec Acante, parce qu'ils étaient bons amîs ; mais Acante , profondément dissimulé et intrépide , se défendait avec tant d'art qu'on ne pouvait le convaincre ni découvrir le fond de la conjuration.

Plusieurs des rois furent d'avis qu'il fallait, dans le doute ^ sacrifier Acante à la sûreté publique. Il faut , disaient-ils , le faire mourir ; la vie d'un seul homme n'est rien quand il s'agit d'assurer celles de tant de rois. Qu'importe qu'un innocent périsse, quand il s'agit de conserver ceux qui représentent les dieux au milieu des hommes 7

Quelle maxime inhumaine! quelle politique barbare ! répondait Télémaque. Quoi ! vous êtes si prodigues du sang humain , 6 vous qui êtes

2fio TÉLÉMAQUE.

établis les pasteurs des hommes^ et qui ne com*niandez sur eux que pour les conserver , comme un pasteur conserve son troupeau! vous êtes donc les loups cruels, et non pas les pasteurs; du moins vous n'êtes pasteurs que pour tondre et pour égorger le troupeau, au lieu de le conduire dans les pâturages. Selon vous, on est coupable dès qu'on est accusé ; un soupçon mérite la mort ; les innocens sont à la merci des envieux et des calomniateurs : à mesure que la défiance tyrannique croîtra dans vos cœurs , il faudra aussi vous égorger plus de victimes.

Télémaque disait ces paroles avec une autorité et une véhémence qui entr^iinait les cœurs, et qui couvrait de honte les auteurs d'un si lâche conseil. Ensuite, se radoucissant, il leur dit : Pour moi, je n'aime pas assez la* vie pour vouloir vivre à ce prix ; j'aime mieux qu'Acante soit méchant, que si je l'étais; et qu'il m'ar^ rache la vie par une trahison, que si je le faisais périr injustement, dans le doute. Mais écoutez, ô vous qui^ étant établis rois, c'est-àdire juges des peuples , devez savoir juger les honimes avec justice , prudence , et modération , laissez - moi interroger Acante en votre présence.

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