LIVRE XX. a7i
dieu son père ; mais l'eau de cette fontaine est encore amère; Therbe du rivage ne fleurit ja-* mais j et on ne trouve d'autre ombrage que celui des cyprès sur ces tristes bords.
Cependant Âdraste, qui apprit que Télémaque répandait de tous côtés la terreur, le cherchait avec empressement. Il espérait de vaincre facilement le fils d'Ulysse dans un âge encore si tendre, et il menait autour de lui trente Dauniens d'une force , d'une adresse et d'une audace extraordinaires , auxquels il avait promis de grandes récompenses s'ils pouvaient, dans le combat, faire périr Télémaque, de quelque manière que ce pût être. S'il l'eût ren* contré dans ce commencement du combat, sans doute ces trente hommes , environnant le char de Télémaque, pendant qu'Âdraste l'aurait attaqué de front, n'auraient eu aucune peine à le tuer ; mais Minerve les fit égarer.
Adraste crut voir et entendre Télémaque dans un endroit de la plaine enfoncé, au pied d'une colline , où il y avait une foule de combattans; il court, il vole, il veut se rassasier de sang ; mais , au lieu de Télémaque , il aperçoit le vieux Nestor qui, d'une main tremblante, jetait au hasard quelques traits inutiles.
A7a TÉLËIMLAQUE.
Âdraste, 4ans sa fureur, veut le percer; maûi une troupe de Pylîens se jeta autour de Nestor.
Alors une nuée de traits obscurcit Pair et couvrit tous les combattans; on n'entendait que les cris plaintifs des mourans, et le bruit des armes de ceux qui tombaient dans la mêlée ; la terre gémissait sous un monceau de morts ; des ruisseaux de sang coulaient de toutes parts. Bellone et Mars, avec les furies infernales, vêtues de robes toutes dégouttantes de sang , repaissaient leurs yeux cruels de ce spectacle , et renouvelaient sans cesse la rage dans les cœurs. Ces divinités, ennemies des hommes, repoussaient loin des deux partis la pitié généreuse , la valeur modérée , la douce humanité. Ce n'était plus, dans oet amas confus d'hommes acharnés les uns sur les autres , que massacre , vengeance , désespoir, et fureur brutale; la sage et invincible Pallas elle-même l'ayant vu , frémit , et recula d'horreur.
Cependant Philoctéte, marchant à pas lents, et tenant dans ses mains les flèches d'Hercule , se hâtait d'aller au secours de Nestor. Âdraste, n'ayant pu atteindre le divin vieillard^ avait lancé ses traits sur ^usieurs Pyliens, auxquels il avait fait mordre la poudre. Déjà il avait