LIVRE XX. v
Malheureux^ disait-il, d'avoir été père, et d^a* voir vécu si long-temps! Hélas! cruelles destinées i^ pourquoi n'avez -vous pas fini ma vie, ou à la chasse du sanglier de Calydon , ou au voyage de Colchos, ou au premier siège de Troie ? Je serais mort avec gloire et sans amertume; maintenant je traîne une vieillesse douloureuse, méprisée et impuissante; je ne vis plus que pour les maux ; je n'ai plus de sentiment que pour la tristesse. mon fils! 6 cher Pisistrate ! quand je perdis ton frère Ântiloque , je t'avais pour me consoler; je ne t'ai plus, je n'ai plus rien , et rien ne me consolera : tout est fini pour moi. L'espérance, seul adoucissement des peines des hommes, n'est plus un bien qui me regarde. Ântiloque, Pisistrate, d chers enfans, je crois que c'est aujourd'hui que je vous perds tous deux ; la mort de l'un rouvre la plaie que l'autre avait faite au fond démon cœur. Je ne vous verrai plus! qui fermera mes yeux ? qui recueillera mes cendres ? Pisistrate! tu es mort, comme ton frère, en homme courageux; il n'y a que moi qui ne puis mourir.
En disant ces paroles, il voulut se percer lui-même d'un dard qu'il tenait; mais on ar-
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réta sa main ^ on lui arracha le corps de son Bis : et comme cet infortuné vieillard tombait en défaillance, on le porta dans sa tente ^ où , ayant un peu repris ses forces, ti voulut retourner au combat; mais on le retint malgré lui.
Cependant Àdraste et Philoctète se cherchaient; leurs yeux étaient étincelans comme ceux d'un lion et d'un léopard qui cherchent à se déchirer l'un l'autre dans les campagnes qu'arrose le Caîstre. Les menaces, la fureur guerrière et la cruelle vengeance , éclatent dans leurs yeux farouches; ils portent une mort certaine partout où ils lancent leurs traits; tous les combattans les regardent avec effroi. Déjà ils se voient l'un l'autre , et Philoctète tient en main une de ces flèches terribles qui n'ont jamais manqué leur coup dans ses mains, et dont les blessures sont irrémédiables; mais Mars, qui favorisait le cruel et intrépide Adraste , ne put souffrir qu'il périt sitôt; il voulait, par lui , prolonger les horreurs de la guerre, et multiplier les carnages. Adraste était encore dû à la justice des dieux pour punir les hommes , et pour verser leur sang.
Dans le moment où Philoctète veut l'atta-