LIVRE XX. a
quer ^ il est blessé lui-même par un coup de lance que lui donne Âmphimaque , jeune Lucanien, plus beau que le fameux Nirée, dont la beauté ne cédait qu'à celle d'Achille parmi tous les Grecs qui combattirent au siège de Troie. A peine Philoctète eut reçu le coup , qu'il tira sa flèche contre Amphimaque; elle lui perça le cœur. Aussitôt ses beaux yeux noirs s'éteignirent, et furent couverts des ténèbres de la mort i sa bouche, plus vermeille . que les roses dont l'aurore naissante sème l'horizon , se flétrit ; une pâleur affreuse ternit ses joues : ce visage si tendre et si gracieux se défigura tout à coup. Philoctète lui-même en eut pitié. Tous les combattans gémirent , en voyant ce jeune homme tomber dans son sang, où il se roulait , et ses cheveux , aussi beaux' que ceux d^ApoUon , traînés dans la poussière.
Philoctète , ayant vaincu Amphimaque , fut contraint de se retirer du combat; il perdait 3on sang et ses forces; son ancienne blessure même, dans l'effort du combat, semblait prête à se rouvrir, et à renouveler ses douleurs : car les enfans d'Esculape, avec leur science divine, n'avaient pu le guérir entièrement. Le voilà prêt à tomber dans un monceau de corps son-
glana qui l'environnent, Archidame, le plus fier et le plus adroit de tous les Œbaliens y qu'il avait menés avec lui pour fonder Pétille, l'enlève du combat dans le moment où Adraste l'aurait abattu sans peine à ses pieds. Adraste ne trouve plus rien qui ose lui résister, ni retarder sa victoire. Tout tombe, tout s'enfuit j c'est un torrent qui j ayant surmonté ses bords ^ entraine, par ses vagues furieuses, les moissons, les troupeaux , les bergers et les villages.
Télémaque entendit de loin les cris des vain-« queurs, et il vit le désordre des siens, qui fuyaient devant Adraste, comme une troupe de cerfs timides traverse les vastes campagnes , les bois, les montagnes, les fleuves même les plus rapides, quand ils sont poursuivis par des chasseurs.
Télémaque gémit, l'indignation parait dans ses yeux : il quitte les lieux où il a combattu long-temps avec tant de danger et de gloire.
Il court pour soutenir les siens; il s'avance tout couvert du sang d'une multitude d'ennemis qu'il a étendus sur la poussière. De loin, il pousse un cri qui se fait entendre aux deux armées.
Minerve avait mis je ne sais qiioi de terrible