‹ Aventures de TélémaqueChapitre 111 sur 158 · LIVRE XX. a · texte numérisé non relu

LIVRE XX. a

dans sa voix, dont les montagnes voisines retentirent. Jamais Mars, dans la Thrace, n'a fait entendre plus fortement sa cruelle voix , quand il appelle ces furies infernales, la guerre et la mort. Ce cri de Télémaque porte le courage et l'audace dans le cœur des siens ; il glace d'épouvante les ennemis : Âdraste même a honte de se sentir troublé. Je ne sais combien de funestes présages le font frémir ; et ce qui l'anime est plutôt un désespoir qu'une valeur tranquille. Trois fois ses genoux trembkns commencèrent à se dérober sous lui, trois fois il recula sans songer à ce qu'il faisait; une pâleur de défaillance et une sueur froide, se répandit dans tous ses membres; sa voix enrouée et hésitante ne pouvait achever aucune parole; ses yeux, pleins d'un feu sombre et étincelant , paraissaient sortir de sa tête; on le voyait, comme Oreste, agité par les furies; tous ses mouvemens étaient convulsifs. Alors ib commença à croire qu'il y a des dieux : il s'imaginait les voir iinrités, et entendre une voix sourde qui sortait du fond de l'abime pour l'appeler dans le noir Tartare : tout lui faisait sentir une main céleste et invisible, suspendue sur sa tête, qui allait s'appesantir pour le frapper; l'espérance était éteinte

!i8o TÉLÉMAQUE.

au fond de son cœur : son audace se dissipait , comme la lumière du jour disparaît quand le soleil se couche dans le sein des ondes , et que la terre s'enveloppe des ombres de la nuit.

L'impie Adraste, trop long- temps souffert sur la terre , trop long^temps ^ si les hommes n'eussent eu besoin d'un tel châtiment , l'impie Adraste touchait enfin à sa dernière heure. Il court, forcené, au devant de son inévitable destin : l'horreur, les cuisans remords, la consternation , la fureur, la rage, le désespoir, marchent avec lui. A peine voit -^ il Télémaque, qu'il croit voir l'Averne qui s'ouvre , et les tourbillons de flammes qui sortent du noir Phlégéton prêtes à le dévorer. Il s'écrie , et sa bouche demeure ouverte sans qu'il puisse prononcer aucune parole : tel qu'un homme dormant, qui, dans un songe affreux , ouvre la bouche et fait des efforts pour parler; mais la parole lui manque toujours, et il la cherche en vain. D'une main tremblante et précipitée, Adraste lance son dard contre Télémaque. Celui-ci, intré^ pide , comme l'ami des dieux ^ se couvre de son bouclier; il semble que la Victoire, le couvrant de ses ailes, tient déjà une couronne suspendue au-dessus de sa tète : le courage doux et pai-i

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