‹ Aventures de TélémaqueChapitre 112 sur 158 · LIVRE XX. a8i · texte numérisé non relu

LIVRE XX. a8i

Vible reluit dans ses yeux; on le prendrait jpour Minerve niéme^ tant il parait sage et mesuré au milieu des plus grands périls. Le dard lancé par Âdraste est repoussé par le bouclier. Alors Âdraste se hâte de tirer son épée, pour ôter au fils d'Ulysse l'avantage de lancer son dard à son tour. Télémaque, voyant Adraste Fépée à la main , se hâte de la mettre aussi, et laisse son dard inutile.

Quand on les vit ainsi tous deux combattre de prés, tous les autres combattans, en silence, mirent bas les armes pour les regarder attenti* vement, et on attendit de leur combat la décision de toute la guerre. Les deux glaives, brillans comme les éclairs d'où partent les foudres, se croisent plusieurs fois, et portent des coups inutiles sur les armes polies , qui en re* ten tissent. Les deux combattans s'alongent , se replient, s'abaissent, se relèvent tout à coUp, et enfin se saisissent. Le lierre , en naissant au pied d'un ormeau, n'en serre pas plus étroitement le tronc dur et noueux par ses rameaux entrelacés jusqu'aux pluA hautes branches de l'arbre, que ces deux combattans se serrent l'un l'autre. Adraste n'avait encore rien perdu de sa force; Télémaque n'avait pas encore toute

a8a TÉLÉBIAQUE.

la sienne. Âdraste fait plusieilrs efforts pour surprendre son ennemi et pour l'ébranler. Il t&che de saisir Fépée du jeune Grec , mais eh vain : dans le moment où il la cherche , Télémaque Fenlève de terre , et le renverse sur le sable. Alors cet impie ^ qui avait toujours méprisé les dieux , montre une Tâche crainte de la mort : il a honte de demander la vie, et il ne peut s'empêcher de témoigner qu'il la désire : il tâche d'émouvoir la compassion de Télémaque.

Fils d'Ulysse, dit-il, enfin c'est maintenant que je connais les justes dieux; ils me punissent comme je l'ai mérité : il n'y a que le malheur qui ouvre les yeux des hommes pour voir la vérité; je la vois, elle me condamne. Mais qu'un roi malheureux vous fasse souvenir de votre père, qui est loin d'Ithaque, et touche votre coeur !

Télémaque , qui , le tenant sous ses genoux , avait déjà le glaive levé pour lui percer la gorge , répondit aussit^ : Je n'ai voulu que la victoire et la paix des nations que je suis venu secourir ; je n'aime point à répandre le sang. Vivez donc, à Âdraste ; mais vivez pour réparer vos fautes : rendez tout ce que vous avez usurpé : rétablissez le calme et la justice sur la côte de la grande

Page 1