‹ Aventures de TélémaqueChapitre 129 sur 158 · LIVRE XXII. 3ft · texte numérisé non relu

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à broyer des couleurs et à préparer des pinceaux? non , c'est l'occupation de ses élèves. Il se réserve le soin de penser; il ne songe qu'à faire des traits hardis qui donnent de la noblesse, de la vie, et de la passion à ses figures. Il a dans la tête les pensées et les sentimens des héros qu'il veut représenter; il se transporte dans leurs siècles et dans toutes les circonstances où ils Qnt été : à cette espèce d'enthousiasme il faut qu'il joigne une sagesse qui le retienne, que tout soit vrai, correct, et proportionné l'un à l'autre. Croyez -vous, Télémaque , qu'il faille moins d'élévation de génie et d'effort de pensée pour faire un grand roi que pour faire un bon peintre? Concluez donc que l'occupation d'un roi doit être de penser , de former de grands projets, et de choisir les hommes propres à les exécuter sous lui.

Télémaque lui répondit : Il me semble que je comprends tout ce que vous dites ; mais si les choses allaient ainsi , un roi serait souvent trompé, n'entrant point par lui-même dans le détail. C'est vous-même qui vous trompez, repartit Mentor : ce qui empêche qu'on ne soit trompé , c'est la connaissance générale du gouvernement. Les gens qui n'ont point de prin-

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cipes dans les aflaires, et qui n'ont point le vrai discernement des esprits , vont toujours comme à tâtons; c'est un hasard quand ils ne se trompent pas ; ils ne savent pas même précisément ce qu'ils cherchent, ni à quoi ils doivent tendre; ils ne savent que se défier, et se défient plutôt des honnêtes gens qui les contredisent que des trompeurs qui les flattent. Au contraire , ceux qui ont des principes pour le gouvernement, et qui se connaissent en hommes, savent ce qu'ils doivent chercher en eux , et les moyens d'y parvenir; ils reconnaissent assez ^ du moins en gros, si les gens dont ils se servent sont des instrumens propres à leurs desseins, et s'ils entrent dans leurs vues pour tendre au but qu'ils se proposent. D'ailleurs , comme Hs ne se jettent point dans de^ détafls accablans, ils ont l'esprit plus libre pour envisager d'une seule vue le gros de l'ouvrage , et pour observer s'il s'avance vers la fin principale. S'ils sont trompés, du moins ils ne le sont guère dans l'essentiel. D'ail- . leurs ils sont au-dessus des petites jalousies qui marquent un esprit borné et une âme basse; its comprennent qu'on ne peut éviter d^être trompé dans les grandes affaires, puisqu'il faut s'y servir des hommes, qui sont si souvent trom-

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