‹ Aventures de TélémaqueChapitre 130 sur 158 · LIVRE XXII · texte numérisé non relu

LIVRE XXII

peurs. On perd plus dans Pirrésolution où jetle la défiance qu'on ne perdrait à se laisser un peu tromper. On est trop heureux quand on nVst trompé que dans des choses médiocres ; les grandes ne laissent pas de s^acheminer , et c'est la seule chose dont un grand homme doit' être en peine. Il faut réprimer sévèrement la tromperie, quand on la décourre; mais il faut compter sur quelque tromperie, si l'on ne veut point être Téritablement trompé. Un artisan, dans sa boutique, yoit tout de ses propres yeux , et fait tout de ses propres mains ; mais un roi, dans un grand état, ne peut tout faire ni tout voir. Il ne doit faire que les choses que nul autre ne peut Are sous lui ; il ne doit voir que ce qui entre dans la dëcisiovi des choses importantes..

Enfin Mentor dit à Télémaqne : Les dieux vous aiment et vous préparent un règne plein de sagesse. Tout ce que tous voyez ici est (ait moins pour la gloire d'Idoménée que pour vo^ Ire instruction. Tous ces sages établissemem que vous admireai dans Salente ne sont que l'ombre de ce que vous ferez un jour k Ithaque, si vous répondez par vos vertus k votre haute desiinée. Il est temps que nous songions à partir

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d'ici j Idoménée tient un vaisseau prêt pour notre retour.

Aussitôt Télémaque ouvrit son cœur à son ami, mais avec quelque peine , sur un attachement qui lui faisait regretter Salente. Vous me blâmerez peut-être, lui dit-il , de prendre trop facilement des inclinations dans les lieux où je passe ; mais mon cœur me ferait de continuels reproches, si je vous cachais que j'aime Antiope , fille d'Idoménée. Non , mon cher Mentor, ce n'est point une passion aveugle comme celle dont vous m'avez guéri dans Tile de Calypso; j'ai bien reconnu la profondeur de la plaie que l'Amour m'avait faite auprès d'Eucharis:

je ne puis encore prononce son nom sans être troublé; le temps et l'absence n'ont pu l'eflacer. Cette expérience funeste m'apprend à me défier de moi-même. Mais pour Antiope, cq que je sens n'a rien de semblable; ce n'est point amour passionné ; c'est goût , c'est estime , c'est persuasion que je serais heureux, si je passais ma vie avec elle. Si jamais les dieux me rendent mon père , et qu'il me permette de choisir une femme , Antiope sera mon épouse. Ce qui me touche en elle, c'est son silence , sa modestie, sa retraite , son travail assidu , son industrie pour

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