‹ Aventures de TélémaqueChapitre 139 sur 158 · LIVRE xxin · texte numérisé non relu

LIVRE xxin

absolu (le son père. Elle monte un cheval écumant, fougueux , et semblable à ceux que Castor domptait pour les combats; elle le conduit sans peine : une troupe de jeune filles la suit avec ardeur ; elle parait au milieu d'elles comme Diane dans les forêts. Le roi la voit ^ et il ne peut se lasser de la voir; en la voyant , il oublie tous ses malheurs passés. Télémaque la voit aussi , et il . est encore plus touché de la modestie d'Antiope, que de son adresse et de toutes ses grâces.

Les chiens poursuivaient un sanglier d'une grandeur énorme, et furieux comme celui de Calydon ; ses longues soies étaient dures et hé* rissées comme des dards; ses yeux étincelans étaient pleins de sang et de feu y son souffle se faisait entendre de loin , comme le bruit sourd des vents séditieux quand Éole les rappelle dans son antre pour apaiser les tempêtes : ses défenses, longues et crochues comme la faux tranchante des moissonneurs , coupaient le trcHic des arbres. Tous les chiens qui osaient en approcher étaient déchirés ; les plus hardis chasseurs , en le poursuivant, craignaient de l'atteindre.

Antiope, légère à la course comme les vents^ ne craignit point de l'attaquer de près , elle lui lance un trait qui le perce au-dessus de l'épaule.

:i5o TÉLÉMAQUE.

Le sang de l'animal farouche ruisselle, et le rend plus furieux; il se tourne vers celle qui l'a blessé. Aussitôt le cheval d'An tiope , malgré sa fierté^ frémit et recule ; le sanglier monstrueux s'élance contre lui, semblable aux pesantes machines qui ébranlent les murailles des plus fortes villes. Le coursier chancelle, et est abattu : Antiope se voit par terre, hors d'état d'éviter le coup fatal de la défense du sanglier animé contre elle. Mais Télémaque, attentif au danger d' Antiope, était déjà descendu de cheval. Plus prompt que les éclairs, il se jette entre le cheval abattu et le sanglier, qui revient pour venger son sang; il tient dans ses mains un long dard, et l'enfonce presque tout entier dans le flanc de l'horrible animal , qui tombe plein de rage.

A l'instant , Télémaque en coupe la hure^ qui fait encore peur quand on la volt de prés, et qui étonne tous les chasseurs : il la présente à Antiope. Elle rougit; elle consulte des yeux son père , qui , après avoir été saisi de frayeur, est transporté de joie de la voir hors de péril, et lui fait signe qu'elle doit accepter ce don. En le prenant, elle dit à Télémaque : Je reçois de vous, avec reconnaissance, un autre don plus grand, car je vous dois la vie. A peine eut-elle parlé

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