‹ Aventures de TélémaqueChapitre 141 sur 158 · LIVRE XXni · texte numérisé non relu

LIVRE XXni

jours la commission à quelque autre personne^ plutât que de parler eux-*mémes avec une douce fermeté dans ces occasions : ils se laisseraient plutôt arracher les grÀces les plus injustes; ib gâteraient leurs afXsiires les plus importantes ^ faute de savoir décida contre le sentiment de ceux auxquels ib ont affaire tous les jours.

Cette faiblesse ) iiVion sent en eux, fait que chacun ne songe qu'à s'en préyaloir : on les presse, on les importune, on les accable, et on réussit en les accablant. D'abord on les flatte et on les encense pour s'insinuer; mais dés qu'on est dans leur confiance, et qu^on est auprès d'eux dans des emplob de quelque au-»

torité, on les mène loin , on leur impose le joug : mais ib le portent toute leur vie. Ib sont jaloux de ne paraître point gouvernés, et ib le sont toujours : ils ne peuvent même se passer de l'être; car ib sont semblables à ces faibles tiges de vigne qui, n'ayant par elles-mêmes aucun soutien, rampent IXMijours autour du tronc de quelque grand arbre.

Je ne souflrirai point ^ 6 Télémaque , que vous tombi^ dans ce dtfaut , qui rend un homme imbécile pour le gouvernement. Vous qui êtes tendre jusqu'à n'oser parler à Idoménée, vous

nt serez plus touché de ses peines dès que vous serez sorti de Salente; ce n'est point sa douleur qui TOUS attendrit^ c'est sa présence qui vous embarrasse. Allez parler vous-même à Idoménée; apprenez en cette occasion à être tendre et ferme tout ensemble ; montrez-lui votre douleur de. le quitter; mais montrez-lui aussi d'un ton décisif la nécessité de notre départ.

Télémaque n'osait ni résister à Mentor, ni aller trouver Idoménée ; il était honteux de sa crainte , et n'avait pas le courage de la surmonter : il hésitait; il faisait deux pas, et revenait incontinent pour alléguer à Mentor quelque nouvelle raison de différer. Mais le seul regard de Mentor lui ôtait la parole , et faisait disparaître tous ses beaux prétextes. Est-ce donc là , disait Mentor en souriant , ce vainqueur des Dauniens, ce libérateur de la grande Hespérie, ce fils du sage Ulysse^ qui doit être après lui l'oracle de la Grèce ? il n'ose dire à Idoménée qu'il ne peut plus retarder son retour dans sa patrie , pour revoir son père ! peuple d'Ithaque , combien serez-vous malheureux un jour , si vous avez un roi que la mauvaise honte domine, et qui sacrifie les plus grands intérêts à ses faiblesses sur les plus petites choses ! Voyez , Télé-

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