‹ Aventures de TélémaqueChapitre 142 sur 158 · LIVRE XXIII · texte numérisé non relu

LIVRE XXIII

maque^ quelle différence il y a entre la valeur dans les combats et le courage dans les affaires : vous n'ayez point craint les armes d'Âdraste, et vous craignez la tristesse d'Idoménée. Voilà ce qui déshonore les princes qui ont fait les plus grandes actions : après avoir paru des héros dans la. guerre, ils se montrent les derniers des hommes dans les occasions communes, où d'autres se soutiennent avec vigueur.

Télémaque, sentant la vérité de ces paroles, et piqué de ce reproche, partit brusquement sans sfécouter lui-même; mais à peine commença-t-il à paraître dans le lieu où Idoménée était a^is, les yeux baissés, languissant et abattu de tristes9e^ qu'ib se craignirent Fun l'autre;ils n'osaient se regarder. Ils s'entendaient sans se rien dire, et chacun craignait que l'autre ne rompit le silence ; ils se mirent tous deux à pleurer. Enfin Idoménée, pressé d'un excès de douleur, s'écria : A quoi sert de chercher la vertu ^ si eUe récompense si mal ceux qui l'aiment? Après m'a voir montré ma faiblesse^ on m'abandonne! hé bien! je vais retoipber dans tous mes malheurs : qu'on ne me parle plus de bien gouverner; non, je ne puis le faire; je suis las des hommes! Où voulez-vous aller, Télé-»

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maque? Votre père n'est plus, toqs le cherchez inutîlemenL Ithaque est en proie à vos ennemis; ils TOUS feront périr^ si vous y retournez : quelqu'un d'entre eux aura épousé votre mère. De* meurez ici ; vous serez mon gendre et mon héritier; vous régnerez après moi. Pendant ma vie même , vous aurea ici un pouvoir absolu ; ma confiance en vous sera sans bornes. Que A vous êtes insensible à tous ces avantages^ du moins laissez^^noi Mentor , qui est toute ma ressource. Parlez ) répondez-moi^ n'endurcissez pas votre cœur, ayez pitié du plus malheureux de tous les hommeSc Quoi ! vous ne dites rien ! Ah ! je comprends combien les dieui me sont cruels ; je le sens encore plus rigoureusement qu'en Crète ^ lorsque je perçai mon propre fils.

Enfin Télémaque lui répondit d'une voix troublée et titnide : Je ne suis point à moi; les destinées me rappellent dans ma patrie. Mentor, qui a la sagesse des dieux, m'ordonne en leur nom de partir. Que voulez-vous que je fasse ? Renoncerai-je k mon père, à ma mère , k ma patrie , qui me doit être encore plus chère qu'eux 7 Etant né pour être roi , je ne suis pas destiné à une vie douce et tranquille , ni k sui* Tre mes inclinations. Votre royaume est plus

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