LIVRE xsm
riche et plus puissant que celui de mon père ; mais je dois préférer ce que les dieux me destinent à ce que vous avez la bonté de m'oRrir» Je me croirais heureux si j'avais Antiope pour épouse, sans^espérance de votre royaume ; mais ^ pour m'en rendre digne , il faut que j'aille où mes devoirs m'appellent ^ et que ce soit mon père qui vous la demande pour moi. Ne m'a* vez-vous pas promb de me renvoyer à Ithaque 7 N'est-ce pas sur cette promesse que j'ai com* battu pour vous contre Adraste avec les alliés ? U est temps que je songe à réparer mes malheurs domestiques. Les dieux, qui m'ont donné à Mentor, ont aussi donné Mentor au fils d'Ulysse pour lui faire remplir ses destinées. Voulezvous que je perde Mentor, après avoir perdu tout le reste? Je n^ai plus ni biens, ni retraite , ni père, ni mère, ni patrie assurée; il ne me reste qu'un homme sage et vertueux , qui est le plus précieux don de Jupiter : jugez vousmême si je puis y renoncer, et consentir qu'il m'abandonne. Non , je mourrais plutôt. Arrachez^moi la vie; la vie n'est rien : mais ne m'arrachez pas Mentor.
A mesure que Télémaque parlait, sa voix devenait plus forte, et sa timidité disparaissait.
36a TÉLÉMAQUE.
Idoménée ne savait que répondre , et ne pouvait demeurer d'accord de ce que le fils d'Ulysse lui disait. Lorsqu'il ne pouvait plus parler^ du moins il tâchait, par ses regards et par ses gestes, de faire pitié. Dans ce moment , il vit paraître Mentor, qui lui dit ces graves paroles :
Ne vous affligez point : nous vous quittons^ mais la sagesse qui préside aux conseils des dieux demeurera sur vous : croyez seulem^at que vous êtes trop heureux que Jupiter nous ait envoyés ici pour sauver votre royaume^ et pour vous ramener de vos égaremens. Philo* clés , que nous vous avons rendu , vous sei^vira fidèlement : la crainte des dieux y le goût de la vertu, l'amour des peuples, la compassion pour les misérables , seront toujours dans son cœur. Ecoutez4e , servez-vous de lui avec confiance et sans jalousie. Le plus grand service que vous puissiez en tirer est de l'obliger à vous dire tous vos défauts sans adoucissement. Voilà en quoi consiste le plus grand courage d'un bon roi,, que de chercher de vrais amis qui lui fassent remarquer ses fautes. Pourvu que vous ayez ce courage , notre absence ne vous nuira point , et vous vivrez heureux; mais si la flatterie, qui se glisse comme un serpent, retrouve un