‹ Aventures de TélémaqueChapitre 144 sur 158 · LIVRE XXIH · texte numérisé non relu

LIVRE XXIH

chemin jusqu'à votre cœur , pour vous méitre en défiance contre les conseils désintéressés , vous êtes perdu. Ne vous laissez point abattre mollement à la douleur; mais efforcez-vous de suivre la vertu. Tai dit à Philoclès tout ce qu'il doit faire pour vous soulager , et pour n'abuser jamais de votre confiance; je puis vous répondre de lui : les dieux vous l'ont donné comme ils m'ont donné a Télémaque. Chacun doit suivre courageusement sa destinée ; il est inutile de s'affliger. Si jamais vous aviez besoin de mon secours , après que j'aurai rendu Télé« maque à son père et à son pays, je reviendrais vous voir. Que pourrais-je faire qui me donnât un plaisir plus sensible? Je ne cherche ni biens ni autorité sur la terre ; je ne veux qu'aider ceux qui cherchent la justice et la vertu. Pourrais-je oublier jamais la confiance et l'amitié que vous m'avez témoignée?

A ces .mots , Idoménée fut tout à coup changé; il sentit son cœur apaisé, comme Neptune de son trident apaise les flots en courroux et les plus noires tempêtes : il restait seulement en lui une douleur douce et paisible; c'était plutôt une tristesse et un sentiment tendre qu'une vive douleur. Le courage, la confiance^

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la vertu, l'espérance du secours des dieux, commencèrent à renaître au dedans de luL

Hé bien ! dit-il , mon cher Mentor , il faut donc tout perdre et ne se poiqt décourager!

Do moins souvenez-yous d'Id<Hnénée quand vous serez arrivé à Ithaque, où votre sagesse vous comblera de prospérité. INCoubfiez pas que Salente fut votre ouvrage^ et que vous y avez laissé un roi malheureux qui n'espère qu'en vous* Allez , digne fib d'Ulysse , je ne veus retiens plus, je n'ai garde de résister aux dieux, qui m'avaient prêté un si grand trésor. Allez aussi. Mentor, le plus grand et le plus sage de tous les hommes (si toutefois l'humanité peut faire ce que j'ai vu on vous, et si vous n'êtes point une divinité sous une forme empruntée pour instruire les hommes faibles et ignorans), allez conduire le fils d'Ulysse, plus heureux de vous avoir que d'être le vainqueur d'Adraste. Allez tous deux : je n'ose plus parler, pardonnez mes soupirs. Allez, vivez, soyez heureux ensemble; il ne me reste plus rien au monde que le souvenir de vous avoir possédés ici.

beaux jours , trop heureux jours ! jours dont je n'ai pas assez connu le prix! jours trop rapi« dément écoulés! vous ne reviendrez jamais!

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