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meubles de chaque maison fussent simples , et faits de manière à durer long-temps. En sorte que les Salentins, qui se plaignaient haute* ment de leur pauvreté , commencèrent à sentir combien ils avaient de richesses superflues; mais c'étaient des richesses trompeuses qui les appauvrissaient; et ils devenaient effectivement riches à mesure qu'ils avaient le courage de s'en dépouiller. C'est s'enrichir , disaient -ils eux-mêmes , que de mépriser de telles richesses, qui épuisent l'état, et que de diminuer ses besoins, en les réduisant aux vraies nécessités de la nature.
Mentor se hâta de visiter les arsenaux et tous les magasins, pour savoir si les armes, et toutes les autres choses nécessaires à la guerre , étaient en bon état'; car il faut^ disait-il, être toujours prêt à faire la guerre , pour n'être jamais réduit au malheur de la faire. Il trouva que plusieurs choses manquaient partout. Aussitôt on assembla des ouvriers pour travailler sur le fer, sur l'acier et sur l'airain. On voyait s'élever des fournaises ardentes, des tourbillons de fumée et de flammes semblables à ces feux souterrains que vomit le mont Etna. Le marteau résonnait sur l'enclume, qui gémis-
sait sous les coups redoublés. Les montagnes voisines et les rivages de la mer en retentissaient ; on eût cru être dans cette ile où Vulcain , animant les cyclopes , forge des foudres pour le père des dieux ; et , par une sage prévoyance, on voyait dans une profonde paix tous les préparatifs de la guerre.
Ensuite Mentor sortit de la ville avec Idomenée , et trouva une grande étendue de tenues fertiles qui demeuraient incultes; d'autres n'étaient cultivées qu'à demi , par la négligence et par la pauvreté des laboureurs, qui, manquant d'hommes et de bœufs, manquaient aussi de courage et de force de corps pour mettre l'agriculture dans sa perfection. Mentor , voyant cette campagne désolée, dit au roi : La terre ne demande ici qu'à enrichir ses habitans; mais les habitans manquent à la terre. Prenons donc tous ces artisans superflus qui sont dans la ville, et dont les métiers ne serviraient qu'à dérégler les mœurs, pour leur faire cultiver ces plaines et ces collines. Il est vrai que c'est un malheur que tous ces hommes exercés à des arts qui demandent une vie sédentaire , ne soient point exercés au travail; mais voici un moyen d'y remédier. Il faut partager entre eux les terres
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vacantes, et appeler à leur secours des peuples voisins , qui feront sous eux le plus rude travail. Ces peuples le feront , pourvu qu'on leur promette des récompenses convenables sur les fruits des terres mêmes qu'ils défricheront ; \h pourront, dans la suite, en posséder une partie, et être ainsi incorporés à votre peuple ^ qui n'est pas assez nombreux. Pourvu qu'ils sioient laborieux et dociles aux lois, vous n'aurez point de meilleurs sujets , et ils accroîtront votre puissance. Vos artisan? de la ville , transplantés dans la campagne , élèveront leurs enfans au travail et au goût de la vie champêtre. De plus , tous l«s maçons des pays étrangers , qui travaillent à bâtir votre ville, se sont engagés à défricher une partie de vos terres, et à se faire laboureurs : incorporez-les à votre peuple dès qu'ils auront achevé leurs ouvrages de la ville. Ces ouvriers sont ravis de s'engager à passer leur vie sous une domination qui est maintenant si douce. Comme ils sont robustes et laborieux, leur exemple servira pour exciter au travail les artisans transplantés de la ville à la campagne, avec lesquels ils feront mêlés. Dans la suite , tout le pays sera
peuplé de familles vigoureuses et adonnées k l'agriculture.
Au reste ^ ne soyez point en peine de la multiplication de ce peuple; il deviendra bientôt innombrable , pourvu que vous facilitiez les mariages. La manière de les faciliter est bien simple : presque tous les hommes ont l'inclination de se marier; il n'y a que la misère qui les en empêche. Si vous ne les chargez point d'impôts^ ils vivront sans peine avec leurs femmes et leurs enfans; car la terre n'est jamais ingrate, elle nourrit toujours de ses fruits ceux qui la cultivent soigneusement ; elle ne refuse ses biens qu'à ceux qui craignent de lui donner leurs peines. Plus les laboureurs ont d'enfans ^ plus ils sont riches, si le prince ne les appauvrit pas : car leurs enfans , dès leur plus tendre jeunesse , commencent à les secourir. Les plus jeunes conduisent les moutons dans les pâturages ; les autres, qui sont plus grands^ mènent déjà les grands troupeaux; les plus âgés labourent avec leur père. Cependant la mère de toute la famille prépare un repas simple à son époux et à ses chers enfans , qui doivent revenir fatigués du travail de la jour*