‹ Aventures de TélémaqueChapitre 17 sur 158 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

née; elle a soin de traire ses vaches et ses brebis , et on voit couler des ruisseaux de lait ; elle fait un grand feu autour duquel toute la famille innocente et paisible prend plaisir à chanter tout le soir en attendant le doux sommeil : elle prépare des fromages, des châtaignes, et des fruits conservés dans la même fraîcheur que si on venait de les cueillir.

Le berger revient avec sa flûte, et chante à la famille assemblée les nouvelles chansons qu'il a apprises dans les hameaux voisins. Le laboureur rentre avec sa charrue ; et ses bœufs fatigués marchent, le cou penché, d'un pas lent et tardif, malgré l'aiguillon qui les presse. Tous les maux du travail finissent avec la journée. Les pavots que le sommeil , par l'ordre des dieux, répand sur la terre, apaisent tous les noirs soucis par leurs charmes, et tiennent toute la nature dans un doux enchantement; chacun s'endort sans prévoir les peines du lendemain.

Heureux ces hommes sans ambition , sans défiance, sans artifice, pourvu que les dieux leur donnent un bon roi qui ne trouble point leur joie innocente! Mais quelle horrible inhuma* nité que de leur arracher , pour des desseins

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pleins de faste et d'ambition , les doux fruits de leur terre , qu'ils ne tiennent que de la libérale nature et de la sueur de leur front ! La nature seule tirerait de son sein fécond tout ce qu'il faudrait pour un nombre infini d'hommes modérés et laborieux; mais c'est l'orgueil et la mollesse de certains hommes, qui en mettent tant d'autres dans une affreuse pauvreté.

Que ferai-je, disait Idoménée, si ces peuples que je répandrai dans ces fertiles campagnes négligent de les cultiver?

Faites^ lui répondit Mentor, tout le contraire de ce qu'on fait communément. Les princes avides et sans prévoyance ne songent qu'il charger d'impôts ceux d'entre leurs sujets qui sont les plus vigilans et les plus industrieux pour f^aiire valoir leurs biens; c'est qu'ils espèrent en être payés plus facilement : en même temps, ils chargent moins ceux que la paresse rend plus misérables. Renversez ce mauvais ordre , qui accable les bons , qui récompense le vice, et qui introduit une négligence aussi funeste au roi même qu'à tout Fétat. Mettes des taxes, des amendes, et même, s'il le faut, d'autres peines rigoureuses sur ceux qui néglir gerpjQt leurs champs , comme vous puniriez des

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