UVRE XII
soldats qui abandonneraient leurs postes dans la guerre : au contraire^ donnez des grâces et des exemptions aux familles qui ^ se multipliant^ augmentent à proportion la culture de leurs terres. Bientôt les familles se multiplieront ^ et tout le monde s'animera au travail; il deviendra même honorable. La profession de laboureur ne sera plus méprisée^ n'étant plus accablée de tant de maux. On reverra la charrue en honneur, maniée par des mains victorieuses qui auront défendu la patrie. Il ne sera pas moins beau de cultiver l'héritage reçu de ses ancêtres, pendant une heureuse paix, que de l'avoii' défendu généreusement pendant les troubles de la guerre. Toute la campagne refleurira : Gérés se couronnera d'épis dorés; Bacchus, foulant à ses pieds les raisins, fera couler, du penchant des montagnes, des ruisseaux de vin plus doux que le nectar : les creux vallons retentiront des concerts des bergers , qui , le long des clairs ruisseaux , joindront leurs voix avec leurs flûtes, pendant que leurs troupeaux bondissans paîtront sur l'herbe et parmi les fleurs, sans craindre les loups.
Ne serez-vous pas trop heureux , 6 Idoménée,
d'être la source de tant de biens, et de faire vivre, à Tombre de votre nom, tant de peuples dans un si aimable repos? Cette gloire n'est-elle pas plus touchante que celle de ravager la terre , de répandre partout, et presque autant chez soi^ au milieu même des victoires, que chez les vaincus, le carnage, le trouble, Thorreur, la langueur , la consternation , la cruelle faim , et le désespoir?
heureux le roi assez aimé des dieux , et d'un cœur assez grand , pour entreprendre d'être ainsi les délices des peuples, et de montrer / à tous les siècles , dans son régne , un si charmant spectacle! la terre entière, loin de se défendre de sa puissance par des combats , viendrait à ses pieds le prier de régner sur elle.
Idoménée lui répondit : Mais quand les peuples seront ainsi dans la paix et dans l'abondance , les délices les corrompront , et ils tourneront contre moi les forces que je leur aurai données. *
Ne craignez point, dit Mentor^ cet inconvénient : c'est un prétexte qu'on allègue toujours pour flatter les princes prodigues qui veulent accabler leurs peuples* d'impôts. Le remède est facile. Les lois que nous venons