‹ Aventures de TélémaqueChapitre 26 sur 158 · LIVRE Xni · texte numérisé non relu

LIVRE Xni

est entré dans le dessein de Philoclès, et ils se sont raccommodés à vos dépens. Vous savez que c'est Protésilas qui vous a pressé d'envoyer Philoclés contre les Carpathiens. Depuis un certain temps il a cessé de vous parler contre lui ^ comme il le faisait souvent autrefois. Au contraire y il le loue , il l'excuse en toute occasion : ib se voyaient depuis quelque temps avec assez d'honnêteté. Sans doute Protésilas a pris avec Philoclès des mesures pour partager avec lui la conquête de Carpathie. Vous voyez même qu'il a voulu qu'on fit cette entreprise contre toutes les régies , et qu'il s'expose à faire périr votre armée navale^ pour contenter son ambition.

Croyez-vous qu'il voulût servir ainsi à celle de Philoclés s'ils étaient encore mal ensemble?

non , non , on ne peut plus douter que ces deux hommes ne soient réunis pour s'élever ensemble à une grande autorité , et peut-être pour renverser le trône où vous régnez. En vous parlant ainsi , je sab que je m'expose à leur ressentiment, si, malgré mes avis sincères, vous leur laissez encore votre autorité dans les mains : mais qu'importe, pourvu que je vous dise l^ vérité?

Ces dernières paroles de Timocrate firent

Sa TÉLEMAQUE.

une grande impressmi sur moi : je ne doufeai plus de la trahison de Phiioclès , et je me défiai de Protésilas comme de son ami. Cependant Timocrate me disait sans cesse : Si vous attendez que Philoclés ait conquis Pile de Carpathie, il ne sera plus temps d^arréter ses desseins, hàtez-^ous de tous en assurer pendant que vous le pouvez. J'avais horreur de la profonde dissimulation des hommes; je ne savais plus à qui me fier. Âpres avoir découvert la trahison de Philoclés, je ne voyais plus d'homme sur la terre dont la vertu pût me rassurer. J'étais résolu de faire au plus tôt périr ce perfide ; mais je craignais Protésilas, et je ne savais comment faire à son égard. Je craignais de le trouver coupable , et je craignais aussi de me fier à lui.

Enfin, dans mon trouble, je ne pus m'empécher de* lui dire que Philoclés m'était devenu suspect. Il en parut surpris; il me représenta sa conduite droite et modérée; il m'exagéra ses services; en un mot , il fit tout ce qu'il fallait pour me persuader qu'il était trop bien avec lui. D'un autre côté , Timocrate ne perdait pas un moment pour me faire remarquer cette intelligence, et pour m'obliger

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