LIVRE XIII
tonner^ lui arracha le poignard , s'en sertit contre lui et contre les deux autres : en même temps il cria. On accourut; on enfonça la porte; on dégagea Philoclès des mains de ces trois hommes, qui, étant troublés, l'avaient attaqué faiblement. Ils furent pris , et on les aurait d'abord déchirés, tant l'indignation de l'armée était grande , si Philoclés n'eût arrêté la multitude. Ensuite il prit Timocrate en particulier , et lui demanda avec douceur ce qui l'avait obligé à commettre une action si noire. Timocrate , qui craignait qu'on ne le fit mourir , se h^ta de montrer l'ordre que je lui avais donné par écrit de tuer Philoclès ; et, comme les traîtres sont toujours lâches, il ne songea qu'à sauver sa vie en découvrant à Philoclés toute la trahison de Prôtésilas.
Philoclés, effrayé de voir tant de malice dans les hommes, prit un parti plein de modération : il déclara à toute l'armée que Timocrate ét^t innocent : il le mit en sûreté, le renvoya en Crète, déféra lé commandement de l'armée à Polymène, que j'avais nommé, dans mon ordre écrit de ma main , pour commander quand on aurait tué Philoclès. Enfin il exhorta les troupes à la fidélité qu'elles me devaient, et
&6 TÉLÉAIAQUE.
passa pendant la nuit dans une légère banque , qui le conduisit dans Tile de Samos^ où il vit tranquillement dans la pauvreté et dans la solitude, travaillant à faire des statues pour gagner sa vie, ne voulant plus entendre parler des hommes trompeurs et injustes , mais surtout des rois , qu'il croit les plus malheureux et les plus aveugles de tous les hommes.
En cet . endroit Mentor arrêta Idoménée : Hé bien ! dit-il , fûtes-vous long-temps à découvrir la vérité? Non, répondit Idoménée; je compris peu à peu les artifices de Protésilas et de Ttmocrate : ils se brouillèrent même; car les méchans ont bien de la peine à demeuJrer unis. Leur division acheva de me montrer le fond de Tabime où ils m'avaient jeté. Hé bien ! reprit Mentor , ne prites-vous point le parti de vous défaire de l'un et de l'autre 7 Hélas ! répondit Idoménée^ est-ce , mon cher Mentor, que vous .ignorez la jaiblesse et l'embairras des.priùces? Quand ils sont une fois livrés à des hommes corrompus et hardis qui ont Tart de se rendre nécessaires, ils ne peuvent plus espérer aucune liberté. Ceux qu'ib méprisent le plus sont ceux qu'ils traitent le mieux et qu'ils comblent de bienfaits : j'avais horreur de Protésilas; et je