LIVRE XIV
industries pour faire plaisir à tous ses voisins.
Hégésippe s'avance vers cette grotte, il la trouve vide et ouverte ; car la pauvreté et la simplicité des mœurs de Philoclès faisaient qu'il n'avait , en sortant , aucun besoin de fermer sa porte. Une natte de jonc grossier lui servait de lit. Riaurement il allumait du feu, parce qu'il ne mangeait rien de cuit t il se noui^rissait , pendant l'été, de fruits nouvisUement cueillis, eti^ en hiver , de dattes et de figues sèches. Une claire fontaine^ qui faisait une nappe d'eau en tombant d'un rocher, le désaltérait. Il n'avait dans sa grotte que les instrumens nécessaires à la sculpture , et quelques livres quHl lisait k certaines heures, non pour orner son esprit ni pour contenter sa curiosité, mais pour s'instruire en se délassant de ses travaux , et pour apprendre à être bon. Pour la sculpture, il no s'y appliquait que pour exercer son corps, fuir l'oisiveté ^ et gagner sa vie sans avoir besoin de personne^
Hégésippe, en entrant dans la grotte, admira les ouvrages qui étaient commencés. Il remar^ qua un Jupiter dont le visage serein était si plein de majesté qu'on le reconnaissait aisément pour le père des dieux et des hommes. D'un
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aulre cuté paraissait Mara avec uoe fierté rude et menaçante. Mais ce qui était de plus touchant^ c'était une Minenre qui animait les arts; son visage était noble et doux ^ sa taiUc grande et libre : elle élait dws une action si vive qu'on aurait pu croire qu'elle allait marcher.
Hégésippe ayant pris plaisir à voir ces statues y sortit de la grotte^ et vit de loin ^ sous un grand arbre^ Pkiioclés qui lisait sur le gazon : il va vera lui; et Pbilodès qui l'aperçoit, ne sait que croii*e. Nestlé point là, dit- il en lui-même, Hégés^ipe , avec qui j'ai si long-tomps vécu en Crète? Mais quelle apparence qu'il vienne dans une lie si éloignée? Ne serait-ce point sou ombre qui viendrait après sa mort des rives du Styx?
Pendant qu'il était dans ce doute, Hégésippe arriva si proche de lui qu'il ne put s'empêcher de le reconnaître et de l'embrasser. £st-<e donc vous 9 dit -il, mon cher et ancien ami? quel hasard , quelle tempête vous a jeté sur ce ri* vage? pourquoi avez -^ vous abandonné l'ile de Crète? est-ce une disgr&ce semblable à la mienne qui vous a arraché à notre patrie ?
Hégésippe • lui répondit : Ce n'est point une disgrâce; au contraire, c'est la faveur des dieux