‹ Aventures de TélémaqueChapitre 38 sur 158 · LIVRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE XIV

qui m'ainéne ki: Aiisai(ôl il lui raconta la kuH g»e tyrannie de Protésilas ; ses intrigues avec XfODOcrate; les malheurs où Us avaient précipité Idoménée; la cbutQ de ce prince; sa fuite sur les côtes d'Italie; la fondation de Salente; l'arri* yée de Mentor et de Télémaque; les sages maximes dont Mentor avait rempli l'esprit du roi , et la di^ràce des deux traîtres. Il ajouta qu^il les avait menés À Samos, pour y soufXnr l'exil qu'ils avaient fait souffrir k Philoclès ; et il finit en lui disant qu'il avait ordre de le conduire à Salente^ où le roi, qui connaissait son înAo* cence, voulait lui confier ses affaires, eit le combler de biens.

Voyez» vous, lui répondit Philoclès, cette grotte, plus propre à cacher des bètes sauvages qu'à être habitée par des hommes? j'y ai goûté depuis taiil» d'années plus de douceur et de repos que dans les palais dorés de l'ile de Crète. Les hommes ne me trompent plus; car je ne vois plus les liommes , je n'entends plus leuirs discours flatteurs et empoisonnés : je n'ai plus besoin - d'eux ; mes mains endurcies au travail me donnent facilement la nourriture simple qui m'est nécessaire : il ne me faut, comme vous voyez , qu'une légère étoffe pour nxe couvrir

ga TÉLÉMÂQUE.

N'ayant plus de besoins , jouissant d'un calme profond et d'une douce liberté , dont la sagesse de mes livres m'apprend à faire un bon usage, qu'irais-je encore chercher parmi les hommes, jaloux, trompeurs et inconstans? Non^ non, mon cher Hégésippe^ ne m'enviez point mon bonheur. Protésilas s'est trahi luî-méme, voulant trahir le roi, et me perdre. Mais il ne m'a fait aucun mal ; au contraire , il m'a fait le plus grand des biens, il m'a délivré du tumulte et de la servitude des affaires : je lui dois ma chère solitude, et tous les plaisirs innocens que j'y goùtc.

Retournez, ô Hégésippe, retournez vers le roi ) aidez-lui à supporter les misères de la gran^deur, et faites auprès de lui ce que vous vouf* driez que je fisse. Puisque ses yeux , si lon§^ temps fermés à la vérité , ont été enfin ouverts par cet homme sage que vous nommez Mentor, qu'il le retienne auprès de lui. Pour moi, après mon naufrage , il ne me convient pas de quitter le port où la tempête m'a heureusement jeté, pour me remettre à la merci des flots. ! que les rois sont à plaindre ! ô ! que ceux qui les servent sont dignes de compassion I S'ils sont méchans , combien font-ils souffrir les hommes !

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