LIVRE QUINZIÈME
Télëmaque montrait son courage dans les périls de la gueire. En partant de Salente, il s'appliqua à gagner l'afTection des vieux capitaines , dont la réputation et Texpérience étaient au comble. Nestor^ qui Payait déjà vu à Pylos, et qui avait toujours aimé Ulysse^ le traitait comme s'il eût été son propre fils. Il lui don* nait des instructions qu'il appuyait de divers exemples; il lui racontait toutes les aventures de sa jeunesse ^ et tout ce qu'il avait vu faire de plus remarquable aux héros de l'âge passé. La mémoire de ce sage vieillard, qui avait vécu trois âges d'homme , était comme une histoire des anciens temps gravée sur le marbre ou sur l'airain.
Philoctète n'eut pas d'abord la même inclination que Nestor pour Télémaque : la haine qu'il avait nourrie si long-temps dans son cœur contre Ulysse l'éloignait de son fils; et il ne pouvait voir qu'avec peine tout ce qu'il sem-
lia TÉLÉMAQUE.
comme un moyen assuré de réveiller Tamour d'Hercule , toutes les fois qu'il paraîtrait la négliger pour en aimer quelque autre. Cette tunique , pleine du sang venimeux du Centaure , renfermait le poison des flèches dont ce monstre avait été percé. Vous savez que les flèches d'Hercule, qui tua ce perfide Centaure, avaient été trempées dans le sang de l'hydre de Lerne , et que ce sang empoisonnait ces flèches, en sorte que toutes les blessures qu'elles faisaient étaient incurables.
Hercule, s'étant revêtu de cette tunique, sentit bientôt le feu dévorant qui se glissait jusque dans la moelle de ses os : il poussait des cris horribles , dont le mont Œta résonnait et faisait retentir toutes les profondes vallées ; la mer même en paraissait émue : les taureaux les plus furieux, qui auraient mugi dans leurs combats , n'auraient pas fait un bruit aussi affreux. Le malheureux Lychas^ qui lui avait apporté de la part de D^'anire cette tunique, ayant osé s'approcher de lui , Hercule , dans le transport de sa douleur, le prit, le fit pirouetter comme un frondeur fait avec sa fronde tourner la pierre qu'il veut jeter loin de lui. Ainsi Lychas, lancé du haut de la montagne par la puis-