LIVRE XV- in
santé main d'Hercule ^ tomba dans les flots de la mer, où il fut changé tout à coup en un rocher qui garde encore la figure humaine, et qui^ étant toujours battu par les vagues inîtées, épouvante de loin les sages pilotes.
Après ce malheur de Lycbas, je crus que je ne pouvais plus me fier à Hercule; je songeais à me cacher dans les cavernes les plus profondes. Je le voyais déraciner sans peine d'une main les hauts sapins et les vieux chênes, qui, depuis plusieurs siècles, avaient méprisé les vents et les tempêtes. De l'autre main il tâchait en vain d'arracher de dessus son dos la fatale tunique; elle s'était coUée sur sa peau, et comme incorporée à ses membres. A mesure qu'il la déchirait, il déchirait aussi sa peau et sa chair; son sang ruisselait et trempait la terre. Enfin sa vertu surmontant sa douleur, il s'écria : Tu vois , 6 mon cher Philoctète , les maux que les dieux me font souffrir : ils sont justes; c'est moi qui les ai offensés; j'ai violé l'amour conjugal. Après avoir vaincu tant d'ennemis , je me suis lâchement laissé vaincre par l'amour d'une beauté étrangère : je péris, et je suis content de périr pour apaiser les dieux. Mais, hélas! cher ami, où est-ce que tu fuis? L'excès de la
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douleur m'a fait commettre, il est vrai, contre ce misérable Lychas, une cruauté que je me reproche : il n'a pas su quel poison il me présentait; il n'a point mérité ce que je lui ai fait souffrir : mais crois-tu que je puisse oublier l'amitié que je te dois, et vouloir t'arracher la vie? Non y non , je ne cesserai point d'aimer Philoctéte. Pkiloctéte recevra dans son sein mon âme prête à s'envoler : c'est lui qui recueillera mes cendres. Où es-tu donc, ô mon cher Philoctète , Philoctéte , la seule espérance qui me reste ici-bas ?
A ces mots, je me hâte de courir vers lui , il me tend les bras et veut m'embrasser ; mais il se retient, dans la crainte d'allumer dans mon sein le feu cruel dont il est lui-même brûlé. Hélas ! dit-il , cette consolation même ne m'est plus permise. En parlant ainsi, il assemble tous ces arbres qu'il vient d'abattre; il en fait un bûcher sur le sommet de la montagne ; il monte tranquillement sur le bûcher; il étend la peau du lion de Némée , qui avait si long-temps couvert ses épaules lorsqu'il allait d'un bout de la terre à l'autre abattre les monstres, et délivrer les malheureux; il s'appuie sur sa massue, et il m'ordonne d'allumer le feu du bûcher.