LIVRE XV
OU plutôt quel vent favorable t'a conduit ici pour Bnir mes maux ! Il me répondit : Je suis de nie de Scyros; j'y retourne; on dît que je suis fils d'Achille : tu sais tout.
Des paroles si courtes ne contentaient pas ma curiosité; je lui dis r fils d'un père que j'ai tant aiifné! cher nourrisson de Lycomède, comment viens-tu donc ici? d'où viens-tu? Il me répondit qu'il venait du siège de Troie. Tu n'étais pas, lui dis-je , de la première expédition. Et toi, me dit-il, en étais-tu 7 Alors je lui répondis : Tu ne connais , je le vois bien , ni le nom de Philoctéte, ni ses malheurs. Hélas! infortuné que je suisl mes persécuteurs m'insultent dans ma misère : la Grèce ignore ce que je souffre ; ma douleur augmente. Les Atrides m'ont mis en cet état : que les dieux le leur rendent!
Ensuite je lui racontai de quelle manière les Grecs m'avaient abandonné. Aussitôt qu'il eiit écouté mes plaintes, il me fit les siennes. Après la mort d'Achille, me dit-il.... D'abord je l'interrompis, en lui disant : Quoi! Achille est mort! Pardonne-moi, mon fils, si je trouble ton récit par les larmes que je dois a ton père. Néoptolèmc me répondit : Vous me consolez en m'in-
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terrompanl; : qu'il m^e.sl doux de voir Pbiloctéte pleurer mon père !
Néoptolème, reprenant son discours, me dit :
Après la mort d'Achille, Ulysse et Phénix me vinrent chercher, assurant qu'on ne pouvait sans moi renverser la ville de Troie. Ils n'eurent aucune peine à m'emmener, car la douleur de la mort d'Achille, et le désir d'hériter de sa gloire dans cette célèbre guerre , m'engageaient assez à les suivre. J'arrive à Sigée ; Tarmée s'assemble autour de moi : chacun jure qu'il revoit Achille; mais, hélas! il n'était plus. Jeune et sans expérience, je croyais pouvoir tout espérer de ceux qui me donnaient tant de louanges. D'abord je demande aux Atrides les armes de mon père ; ils me répondent cruellement : Tu auras le reste de ce qui lui appartenait; mais pour ses armes, elles sont destinées à Ulysse.
Aussitôt je me trouble, je pleure, je m'emporte ; mais Ulysse , sans s'émouvoir, me disait : Jeune homme, tu n'étais pas avec nous dans les périls de ce long siège; tu n'as pas mérité de telles armes ; et tu parles déjà trop fièrement ; jamais tu ne les auras. Dépouillé injustement par Ulysse, je m'en retourne dans l'île de Scyros, moins indigne contre Ulysse que contre les