‹ Aventures de TélémaqueChapitre 53 sur 158 · LIVRE XV. laS · texte numérisé non relu

LIVRE XV. laS

Atridcs. Que. quiconque est leur ennemi puisse être l'ami des dieux! O Philoctète^ j'ai tout dit.

Alors je demandai à Néoptoléme comment Ajax Télamonien n'avait pas empêché cette iojustice. Il est mort, me répondit-il. Il est mort! m'écriai-j'e ; et Ulysse ne meurt point ! au contraire, il fleurit dans l'armée! Ensuite je lui demandai des nouvelles d'Antiloque, fils du sage Nestor, et de Patrocle, si chéri par Achille. Ils sont morts aussi , me dit-il. Aussitôt je m'écriai encore : Quoi! morts! Hélas! que me dis-tu? La cruelle guerre moissonne les bons, et épargne les méchans. Ulysse est donc en vie? Thersite y est aussi sans doute? Voilà ce que font les dieux, et nous les louerions cncor^j

Pendant que j'étais dans cette fureur contre votre père , Néoptoléme continuait à me tromper ; il ajouta ces tristes parcrfes : Loin de l'armée grecque, où le mal prévaut sur le bien , je vais vivre content dans la sauvage ile de Scyros.

Adieu : je pars. Que les dieux vous guérissent!

Aussitôt je lui dis : mon fils, je te conjure, par les mânes de ton père , par ta mère , par tout ce que tu as de plus cher sur la terre , de ne me laisser pas seul dans ces maux que tu vois. Je n'ignore pas combien je te serai à charge;

i2(> TÉLÉMAQUE.

mais il y aurait de la honte à m'abandonner:

jette-moi à la proue, à la poupe , dans la sentine même, partout où je t'incommoderai le moins.

Il n'y a que les grands cœurs qui sachent combien il y a de gloire à être bon. Ne me laisse point en un désert où il n'y a aucun vestige d'homme; mén&-moi dans ta patrie, ou dans l'Eubée^ qui n'est pas loin du mont OEta, de Trachine, et des bords agréables du fleuve Sperchius : rendfr>moi à mon père. Hélas! je crains qu'il ne soit mort 1 Je lui avais mandé de m'envoyer un vaisseau : ou il est mort, ou bien ceux qui m'avaient promis de lui dire ma misère ne l'ont pas fait. J'ai recours à toi, ô mon (ils ! souvien&-toi de la fragilité des choses humaines. Celui qui est dans la prospérité doit craindre d'en abuser, et secourir les malheureux. YoiUi ce que l'excès de la douleur me faisait dire àNéoptolème; il me promit de m'emmener.

Alors je m'écriai encore : heureux jour! ô aimable Néoptolème , digne de la gloire de son père! Chers compagnons de ce voyage, souffrez que je diae adieu à cette triste demeure. Voyez où j'ai vécu, comprend ce que j'ai souffert : nul autre n'eût pu le souffrir; mais la nécessité m'avait instruit, et elle apprend aux honunes

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