‹ Aventures de TélémaqueChapitre 6 sur 158 · LIVRE XII. i · texte numérisé non relu

LIVRE XII. i

Mentor répondait à ces paroles avec douceur pour le consoler. Voici , lui disait-il , une séparation bien dilTérente : elle est volontaire , elle sera courte; vous allez chercher la victoire. Il faut, mon fils, que vous m'aimiez d'un amour moins tendre et plus courageux : accoutumezvous à mon absence; vous ne m'aurez pas toujours : il faut que ce soit la sagesse et la vertu , plutôt que la présence de Mentor, qui vous inspirent ce que vous devez faire.

En disant ces mots, la déesse, cachée sous la figure de Mentor, couvrait T^maque de son égide ; elle répandait au dedans de lui l'esprit de sagesse et de prévoyance, la valeur intrépide et la douce modération^ qui se trouvent si rarement ensemble.

Allez, disait Mentor, au milieu des plus grands périls, toutes les fois qu'il sera utile que vous y alliez. Un prince se déshonore encore plus en évitant les dangers dans les combats, qu'en n'allant jamais à la guerre. Il ne faut point que le courage de celui qui commande aux autres puisse être douteux: S'il est nécessaire k un peuple de conserver son chef ou son roi, il lui est encore plus nécessaire de ne le, voir point dans une réputation douteuse sur la va-

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leur. Souvenez-vous que celui qui commande doit être le modèle de tous les autres; son exemple doit animer toute Parmée. Ne craignez donc aucun danger, ô Télémaque, et périssez dans les combats plutôt que de faille douter de votre courage. Les flatteurs qui auront le plus d'empressement pour vous empêcher de vous exposer au péril dans les occasions nécessaires , seront les premiers à dire en secret que vous manquez de cœur, s'ils vous trouvent facile h arrêter dans ces occasions.

Mais aussi n'allez pas chercher les périls sans utilité. La valeur ne peut être une vertu qu'autant qu'elle est réglée par la prudence. Autrement, c'est un mépris insensé de la vie, et une ardeur brutale ; la valeur emportée n'a rien de s&r. Celui qui ne se possède point dans les dangers est plutôt fougueux que brave; il a besoin d'être hors de lui pour se mettre au-dessus de la crainte , parce qu'il ne peut la surmonter par la situation naturelle de son cœur. En cet état , s'il ne fuit pas, du moins il se trouble; il perd la liberté de son esprit , qui lui serait nécessaire pour donner de bons ordres, pour profiter des occasions, pour renverser les ennemis, et pour servir sa patrie. S'il a toute l'ardeur d'un soldat ,

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