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n'étaient pas assez secrets dans leurs entreprises. Nestor, dans ce déclin de l'Âge, se plaisait trop à raconter ce qui pouvait lui attirer quelque louange : Philoctéte naturellement parlait moins, mais il était prompt; et, si peu qu'on excitât sa vivacité, on lui faisait dire ce qu'il avait résolu de taire. Les gens artificieux avaient trouvé la clef de son cœur , pour en tirer les plus importans secrets. On n'avait qu'à l'irriter: alors , fougueux et hors de lui-même , il éclatait par des menaces ; il se vantait d'avoir des moyens sûrs de parvenir à ce qu'il voulait. Si peu qu'on parût douter de ses moyens , il se hâtait de les expliquer inconsidérément ; et le secret le plus intime échappait du fond de son cœur. Semblable à un vase précieux, mais fêlé, d'où s'écoulent toutes les liqueurs les plus délicieuses, le cœur de ce grand capitaine ne pouvait rien garder.
Les traîtres, corrompus par l'argent d'A-»
draste , ne manquaient pas de se jouer de la faiblesse de ces deux rois. Us flattaient sans cesse Nestor par de vaines louanges ; ils lui rapp^ laient ses victoires passées , admiraient sa prévoyance, ne se lassaient jamais d'applaudir.
D'un autre côté , ils tendaient des pièges con-
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tinuels à Thumeur impatiente de Philoctète; ils ne lui parlaient que de difficultés, de contretemps, de dangers, d'inconvéniens, de fautes irrémédiables. Aussitôt que ce naturel prompt était enflammé, sa sagesse Tabandonnait, et il n'était plus le même homme,
Télémaque, malgré les défauts que nous avons vus, était bien plus prudent pour garder un secret : il y était accoutumé par ses malheurs, et par la nécessité où il avait été dès son enfance de cacher ses desseins aux amans de Pénélope. Il savait taire un secret sans dire aucun mensonge : il n'avait point même un certain air réservé et mystérieux qu'ont d'ordi^ naire les gens secrets; il ne paraissait point chargé du poids du secret qu'il devait garder ; on le trouvait toujours libre, naturel, ouvert comme un homme qui a son cœur sur ses lè~ vres. Mais en disant tout ce qu'on pouvait dire sans conséquence, il savait s'arrêter précisément et sans affectation aux choses qui pouvaient donner quelque soupçon et entamer son secret : par-là son cœur était impénétrable et inaccessible. Ses meilleurs amis même ne savaient que ce qu'il croyait utile de leur découvrir pour en tirer de sages conseils, et il n^y
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avait que le seul Mentor pour lequel il n'avait aucune réserve. Il se confiait à d'autres amis , mais à divers degrés, et à proportion de ce qu'il avait éprouvé leur amitié et leur sagesse.
Télémaque avait souvent remarqué que les résolutions du conseil se répandaient un peu trop dans le camp ; il en avait averti Nestor et Philoctète. Mais ces deux hommes si expéri*mentés ne firent pas assez d'attention à un avis si salutaire : la vieillesse n'a plus rien de souple , la longue habitude la tient comme enr chaînée; elle n'a presque plus ^ de ressource contre ses défauts. Semblables aux arbres dont le tronc rude et noueux s'est durci par le nombre des années, et ne peut plus se redresser, les hommes, à un certain âge, ne peuvent presque plus se plier eux-mêmes contre certaines habitudes qui ont vieilli avec eux , et qui sont entrées jusque dans la moelle de leurs os. Souvent ils les connaissent , mais trop tard ; ils en gémissent en vain ; et la tendre jeunesse est le seul âge où l'homme peut encore tout sur lui-même pour se corriger.
Il y avait dans l'armée ua Dolope , nommé Eurymaque, flatteur insinuant, sachant s'accommoder à tous les goûts et à toutes les in-
clinations des princes; inventif et industrieux pour trouver de nouveaux moyens de leur plaire. A Tentendre, rien n'était jamais difficile. Lui demandait-on son avis, il devinait celui qui serait le plus agréable. U était plaisant , railleur contre les faibles, complaisant pour ceux qu'il craignait, habile pour assabonner ,une louange délicate qui fut bien reçue des hommes les plus modestes. Il était grave avec les graves, enjoué avec ceux qui étaient d'une humeur enjouée : il ne lui coûtait rien de prendre toutes sortes de formes. Les hommes sincères et vertueux, qui sont toujours les mêmes, et qui s'assujettissent aux règles de la vertu , ne sauraient jamais être aussi agréables aux princes ^ que leurs passions dominent. Eurymaque savait la guerre; il était capable d'affaires : c'était un aventurier qui s'était donné à Nestor, et qui avait gagné sa confiance^ Il tirait du fond de son cœur, un peu vain et sensible aux louanges, tout ce qu'il en voulait savoir.
Quoique Philoctéte ne se confiât point k lui , la colère et l'impatience faisaient en lui ce que la confiance faisait dans Nestor. Eurymaque n'avait qu'à le contredire; en l'irritant, il découvrait tout Cet homme avait reçu de grandes