LIVRE XVI
à régler sa famille et à instruire ses enfans. Mais il est prompt et rapide dans Texécution : semblable à un fleuve impétueux qui non*seulement roule avec précipitation ses flots écumeux, mais qui entraîne encore dans sa coursé les plus pesans vaisseaux dont il est chargé.
Philoctète^ Nestor, les chefs des Manduriens. et des autres nations, sentent dans le fils d'Ulysse je ne sais quelle autorité à laquelle il faut que tout cède : Pexpéripnce des vieillards leur manque ; le conseil et la sagesse sont ôtés à tous les commandans; la jalousie même, si naturelle aux hommes y s'éteint dans les cœurs ; tous se taisent ; tous admirent Télémaque; tous se rangent pour lui obéir, sans y faire de réflexion, et comme s'ils y eussent été accoutumés. Il s'avance, et monte sur une colline, d'où il observe la disposition des ennemis : puis tout à coup il juge qu'il faut se hâter de les surprendre dans le désordre où ils se sont mis en brûlant le camp. Il fait le tour en diligence, et tous les capitaines les plus expérimentés le suivent.
Il attaque les Dauniens par-derrière, dans' un temps où ils croyaient l'armée des alliés enveloppée dans les flammes de l'embrasement.
Cette surprise les trouble ; ils tombent sous la
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main de Télémaque ^ comme les feuilles, dans les derniers jours de l'automne, tombent des forêts, quand un fier aquilon , ramenant l'hiver, fait gémir les troncs des vieux arbres, et en agite toutes les branches. La terre est couverte des hommes que Télémaque renvei*se. De son dard , il perça le cœur d'Iphiclés , le plus jeune des enfans d'Âdraste ; celui-ci osa se présenter contre lui au combat, pour sauver la vie de son père , qui pensa être surpris par Télémaque. Le fils d'Ulysse et Iphiclès étaient tous deux beaux, vigoureux, pleins d'adresse et de courage, de' la même taille, de la même douceur, du même âge, tous deux chéris de leurs parens; mais Iphiclès était comme une fleur qui s'épanouit dans un champ , et qui doit être coupée par le tranchant de la faux du moissonneur. Ensuite Télémaque renverse Euphorion, le plus célèbre de tous les Lydiens venus en Étrurie. Enfin, son glaive perce Gléomènes, nouveau marié, qui avait promis à son épouse de lui porter les riches dépouilles des ennemis^ et qui ne devait jamais la revoir.
Âdraste frémit de rtige, voyant la mort de son cher Gis , celle de plusieurs capitaines , et la victoire qui échappe de ses mains. Phalante,