‹ Aventures de TélémaqueChapitre 80 sur 158 · LIVRE XYin. 2a · texte numérisé non relu

LIVRE XYin. 2a

tu ne peux plus faire aucun mal; te Toilà devenu esclave de tes esclaves mêmes : les dieux ont été lents à faire justice ; mais enfin ils la font.

A ces dures paroles ^ Nabopharzan se jetait le visage contre terre, arrachant ses cheveux dans un excès de rage et de désespoir. Mais Garon disait aux esclaves : Tirea>-le par sa chaîne ; relevez->le malgré lui : il n'aura pas même la consolation de cacher sa honte ; il faut que toutes les ombres du Styx en soient témoins, pour justifier les dieux , qui ont souffert si long-temps que cet impie régnât sur la terre. Ce n'est encore là, ô Babylonien, que le commencement de tes douleurs; prépare-toi à être jugé par l'inflexible Minos, juge des enfers.

Pendant ce discours du terrible Caron, la barque touchait déjà le rivage de l'empire de Pluton : toutes les ombres accouraient pour considérer cet homme vivant qui paraissait au milieu de ces morts dans la barque : mais, dans le moment où Télémaque mit pied à terre, elles s'enfuirent, semblables aux ombres de k nuit que la moindre clarté du jour dissipe. Caron , montrant au jeune Grec un front moins ridé et des yeux moins farouches qu'à l'ordinaire, lui dit : Mortel chéri des dieux, puisqu'il t'est donné

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d'entrer dans le royaume de la nuit, inaccessible aux autres vivans , hàte-toi d'aller où les destins t'appellent; va, par ce chemin sombre, au palais de Pluton, que tu trouveras sur son trône; il te permettra d'entrer dans les lieux dont il m'est défendu de te découvrir le secret.

Aussitôt Télémaque s'avance k grands pas; il voit de tous côtés voltiger des ombres, plus nombreuses que les grains de sable qui couvrent les rivages de la mer; et, dans l'agitation de cette multitude infinie, il est saisi d'une horreur divine, observant le profond silence de ces vastes lieux. Ses cheveux se dressent sur sa tête quand il aborde le noir séjour de l'impitoyable Pluton; il sent ses genoux chancelans ; la voix lui manque ; et c'est avec peine qu'il peut prononcer au dieu ces paroles : Vous voyez , ô terrible divinité , le fils du malheureux Ulysse; je viens vous demander si mon père est descendu dans votre empire, ou s'il est encore errant sur la terre.

Pluton était sur un trône d'ébéne : son visage était pâle et sévère ; ses yeux , creux et étincelans; son front, ridé et menaçant; la vue d'un homme vivant lui était odieuse, comme la lumière offense les yeux des animaux qui ont accoutumé de ne sortir de leurs retraites que pen-

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