‹ Aventures de Télémaque suives du recueil des Fables. Composées pour l'éducation de Monseigneur le Duc de BourgogneChapitre 103 sur 228 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

dans les plus extrêmes périïs; mais sachez que Minerve ne vous abandonnera point.

A œs mots , Télémaque crut sentir la présenee de la déesse ; et il eût même reconnu que c'était elle qui parlait pour le remplir de confiance , si la déesse n*eùt rappelé ridée de Mentor, en lui disant : N'oubliez pas, mon fils , tous les soins quej'ai pris pendant votre en&nce , pour vous rendre sage et courageux comme votre père. Ne faites rien qui ne soit digne de ses grands exemples, et des maximes de vertu que J'ai tâché de vous inspirer.

Le soleil se levait déjà , et dorait le sommet des montagnes, quand les rois sortirent de Salente pour rejoindre leurs troupes. Ces troupes , campées autour de la ville , se mirent en mardie sous leurs commandants. On voyait de tous côtés briller le fer des piques hérissées; i*éc1at des boucliers éblouissait les yeux ; un nuage de poussière s'é* levait Jusqu'aux nues. Idoménée, avec Mentor, conduisait dans la campagne les rois alliés, et s'éloignait des murs de la ville. Enfin ils se séparèrent, après s'être donné de part et d'autre les marques d'une vraie amitié ; et les alliés ne douimnt plus que la paix ne fût durable, lorsqu'ils connurent la bonté du cœur d'Idoménée, qu'on leur avait représenté bien différent de ce qu'il était : c'est qu'on ju-geait de lui, non par ses sentiments naturels, mais par les conseils flatteurs et injustes auxquels il s'était livre.

Après que l'armée fut partie, Idoménée mena Mentor dans tous les quartiers de la ville. Voyons, disait Men-^ tor, combien vous avez d'hommes et dans la ville et dans la campagne voisine; faisons-en le dénombrement. Examinons aussi combien vous avez de laboureurs parmi ces hommes. Voyons combien vos terres portent dans les an-

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nées médiocres , de blé, de vin , d*haile^ et des autres dbo^ ses utiles : nous saurons par cette voie si la t^rre foamit de quoi nourrir tous ses habitants, et si elle produit eneore de quoi faire un commerce utile de son superflu avec les pays étrangers. Examinons aussi combien tous avez de vaisseaux et de matelots ; c'est par là qu'il fout Juger de votre puissance. Il alla visiter le port, et entra dans chaque vaisseau. Il s'informa des pays où chaque vaisseau allait pour le commerce; quelles marchandises il y apportait; celles qu'il prenait au retour; quelle était la dépense du vaisseau pendant la navigation; les prêts que les marchands se faisaient les uns aux autres; les sociétés qu'ils faisaient entre eux , pour savoir si elles étaient équitables et fidèlement observées; enfin, les hasards des naufrages et les autres malheurs du commerce, pour prévenir la ruine des marchands , qui , par l'avidité du gain , entreprennent souvent des choses qui sont au delà de leurs forces.

Il voulut qu'on punit sévèrement toutes les l>anqueroutes, parce que celles qui sont exemptes de mauvaise foi ne le sont presque jamais de témérité. £n même temps , il fit des règles pour faille en sorte qu'il fût aisé de ne faire ja* mais banqueroute. Il établit des magistrats à qui les mar-* chauds rendaient compte de leurs effets, de leurs profits.» de leurs dépenses, et de leurs entreprises. Il ne leur était jamais permis de risquer le bien d'autrui, et ils ne pouvaient même risquer que la moitié du leur. De plus, ils faisaient en société les entreprises qu'ils ne pouvaient faire seuls; et la police de ces sociétés était inviolable, par la rigueur des peines imposées à ceux qui ne les suivaient pas. D'ailleurs , la liberté du commerce était entière : bien loin de le gêner par des impôts , on promettait une récompense

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